Echo des 12 SA.

Les petits vont bien, en cette fin de douzième semaine d’aménorrhée. Ce n’est pas le Caméléon qui a procédé à l’échographie mais son remplaçant (Madame Pimpin a bien failli se barrer en courant quand elle s’en est aperçue) (mais elle avait déjà manqué de tomber dans les pommes dans la salle d’attente, alors bon, fallait pas prendre le risque de s’évanouir en s’enfuyant). Ledit remplaçant a uber galéré avec la machine et a sorti des clichés assez surprenants et contemporains, un bras par ci un fémur par là. Mais le principal c’était en live, de les voir se tourner, barboter, danser, de voir qu’ils allaient bien, et de voir que toutes les mesures sont parfaites, juste un tout petit peu en haut des courbes.

Les clartés nucales sont très fines et les Pimpin ont décidé de ne pas pousser plus loin le vice : ils ne feront pas la PDS de marde qui détermine le pseudo-risque d’anomalie. Ils vont faire confiance, et puis une prochaine écho dans quelques semaines, en 3D et faite par LA pro du coin sera bien plus efficace que toutes les stats du monde (Madame Pimpin t’a déjà dit qu’elle haïssait les stats et les probas ?) et puis quoi, ils les aiment déjà les Pimpin, leurs deux petits polichinelles et quoi qu’il arrive ils les aimeront toujours.

L’ectropion est toujours là, et on ne pourra rien y faire. Les nausées sont toujours là aussi, et peut-être pour encore un moment d’après le remplaçant.

Madame Pimpin a perdu 1 kilo, pour quelqu’un qui cherche à se rapprocher de la mobilité d’une moule, qui a brutalement arrêté de fumer le jour de son TG+, et qui dans le même temps a adopté un régime monomaniaque à base de barres chocolatées, on est pas mal.

Alors voilà, le cerveau de Madame Pimpin va tenter de faire comme elle avait dit : se rendre compte du chemin parcouru, savourer ce jour attendu depuis si longtemps, se décrisper un peu, et compter sur une encore petite mais déjà décelable rondeur de son ventre pour se rassurer en cas de crise.

La prochaine étape, dans une semaine, c’est le RDV pour la déclaration de grossesse (ouais on a pas tout fait le même jour on est jamais trop prudents). Par superstition elle ne parlera pas de tout ça au boulot d’ici là (même si annoncer au Chef Sympathique une grossesse gémellaire et un arrêt pour dans 8 semaines un premier avril, ça aurait été un putain de gros kiffe). En revanche, avec Monsieur Pimpin, ils ont avec plaisir partagé cette bonne nouvelle avec les proches pas encore au courant qui depuis longtemps se tiennent à leurs côté pour les épauler à travers la tourmente.

Avec tout ça Madame Pimpin n’avait pas vu ou pas voulu voir que le printemps s’était installé. Ce n’est que sur la route du retour de la clinique qu’elle a enfin réalisé que les feuilles vertes étaient là.

10 SA + 6.

Pour ne pas faire de suspense pénible et inutile, commençons par hier soir : 10 SA + 5 jours, et deux Polichinelles mignons aux cœurs battant  entraperçus à la faveur de l’écho de contrôle express. Le Caméléon n’était pas en avance, il semblait pressé d’être en week end, peut-être partait-il au ski va savoir, en tous cas c’est allé très vite. Echo sur le ou la De Face, celui ou celle qu’on avait vu dès la première écho, ça a poussé et le coeur bat, à peine vérifié, à peine le temps de respirer une fois, hop on cherche l’autre Polichinelle, le ou la De Profil, celui ou celle qu’on avait pas vu au début, taille identique et coeur qui bat et voilà on coupe, merci bonsoir ! Autant Madame Pimpin a bien kiffé de pouvoir s’assurer de la santé de son troupeau au complet en moins d’une minute, autant elle aurait bien aimé qu’on la refasse moins stressés avec prise de mesure et photo souvenir mais bon, n’oublions pas que ces échos intermédiaires sont un luxe et que le principal est qu’ils aillent bien, alors ça va, on va pas chialer hein c’est pas le genre de la maison bordel.

Le caméléon ne s’est pas tellement ému de l’épisode des urgences, sur lequel nous reviendrons si tu veux bien un peu plus loin. Pour le prélèvement vaginal il est d’accord (merci ILGC)  mais le fera seulement la prochaine fois, c’est à dire qu’à vingt heures du soir passées, le labo est fermé, et les bactéries de Madame Pimpin sont des bactéries de type bactéries normales, si on les laisse toute la nuit à vingt quatre degrès (la Chouette Clinique est surchauffée) elles ne seront plus exploitables. Il a refait les ordonnances pour l’utro et l’acide folique. Quand elle s’était vue remettre son ordonnance pour deux mois d’utro, Madame Pimpin s’était sentie comme prise d’un immense coup de pression : putain deux mois c’est loin. On y est. Encore deux semaines de lutte pour les Polichinelles, deux semaines de prières intensives, et peut-être enfin le cerveau de Madame Pimpin pourra s’asseoir sur un banc et se dire que putain on a fait un bout de chemin. Là tout de suite, entre toi et moi, on en est encore loin.

L’écho officielle du premier trimestre était prévue pour le 24 mars, date calée par rapport à la taille de le ou la De Face le jour de la première écho. Au final, étant donné que ça risque de durer un peu longtemps, vu comme les Polichinelles sont élégamment disposés dans l’utérus de Madame Pimpin, on a recalé ça au vendredi 28. On en sera à 12 SA + 5. Ca va dans le bon sens, même si ça rallonge l’attente… Au moins les 12 SA seront bien tassées. La putain de Déclaration de Grossesse aurait lieu dans la foulée parce que bon, après cette écho il conviendrait de commencer à considérer qu’on est vraiment en cloque par ici, même si Madame Pimpin par mesure de sûreté, aurait préféré attendre d’accoucher pour être bien sûre. C’est dans deux semaines. C’est long et c’est court (comme le temps de l’amour) (avoue que tu kiffes mes références musicales pointues).

A part ça, elle a plein de choses à raconter Madame Pimpin même si elle a du mal à ouvrir WordPress ces derniers temps, par peur de se porter la poisse. Des choses en rapport avec l’oeil du cyclone, d’autres non.

Le Reiki.

C’est fini. Madame Pimpin se demandait si le Maître Reiki lui dirait un jour que le travail est fini. C’est tout de même un peu la preuve suprême pour savoir si on a affaire à quelqu’un d’honnête. Le Docteur Zinzin, lui, aurait toujours trouvé un nouveau prétexte pour planter des aiguilles dans les nichons de Madame Pimpin. A l’issue de la séance (qui tombait à pic, puisqu’elle avait lieu juste après le passage aux urgences), il s’est replongé dans ses notes, et a conclu que Madame Pimpin avait parcouru un sacré chemin depuis sa première séance. Il reste disponible en cas de coup de calgon, ou si les « désagréments » de la grossesse devenaient désagréables (à part l’hypersalivation qui commence à s’estomper, Madame Pimpin, ses symptômes, elle les garde et elle les aime, oui oui, même si elle vomit tous les jours). Alors quand elle a dit au revoir elle était un peu émue, mais contente et fière de ce chemin, aussi.

Loulou.

Les urgences, c’était le 6 mars. Le soir même, Madame Pimpin avait rendez-vous avec Riri Fifi et Loulou ses trois petits cochons neveux. Loulou (qui est une fille), la petite dernière, est née à peu près au moment où les Pimpin ont commencé les essais frénétiques en se penchant sur cette sombre histoire de période d’ovulation. Elle va bientôt rentrer à l’école tu vois un peu le trip. Loulou n’est pas la filleule de Madame Pimpin (on lui a attribué l’aîné, qu’elle adore aussi, premier nouveau né qui lui a donné envie d’être maman un jour, devenu un adorable petit garçon qui se jette dans ses bras quand il la voit) nous disions donc, Loulou n’est pas la filleule de Madame Pimpin. Mais, il a fallu qu’elle bataille un peu Madame Pimpin pour aimer Loulou d’amour, pour faire taire son coeur de connasse infertile, pour la bercer contre son cœur alors que son corps était vide. Bien sûr elle y est arrivé, et de cette bataille est né un attachement très particulier. Ce soir là, Madame Pimpin a longtemps tenue Loulou contre elle, contre ses petits louveteaux à elle. Le nez planté dans ses cheveux, elle cachait ses larmes d’émotion en lui chuchotant des secrets et de la tendresse, pendant que Loulou s’endormait en suçant son pouce, un sourire serein sur le visage.

Léa.

Et puis il y a eu le 9 mars. 9 mars 2012 et la fin de l’innocence avec la fin de cette grossesse déjà trop attendue, à presque 12SA. 9 mars 2013 et la fin programmée de la grossesse de la Petite Chose. 9 mars 2014, l’histoire s’écrit au jour le jour. Mais la vie continue. Et la vie ironique a choisi ce jour particulier pour faire naître, bien en avance, Bébé Ecureuil. Etrangement, ça n’a pas été un drame. Il y avait le souvenir de Léa. Il y avait la vie qui commençait, là-bas. Il y avait la vie peut-être aussi dedans, en double portion pour se venger du temps. Non, finalement Bébé Ecureuil est venu mettre un peu d’espoir et un peu de douceur sur cette journée de souvenir. Ce n’aurait probablement pas été le cas, du moins Madame Pimpin ne l’aurait sûrement pas vu de cette manière là si les Polichinelles n’étaient pas au creux de son ventre. Espérons que le temps lui montre qu’elle n’a pas eu tort d’accepter de laisser entrer un peu de soleil dans tout ça (oui je sais je commence sûrement à te saouler avec mes chansons de marde).

L’état des lieux.

On a presque parcouru une semaine dans le troisième mois de grossesse. C’est foufou. Par précaution plutôt que par nécessité, Madame Pimpin (terrorisée par quelques photos vues sur internet montrant des femmes enceintes de jumeaux énormes, distendues et bousillées du ventre) a commencé à s’oindre l’abdomen d’huile d’amande douce. Ce n’est peut-être pas le produit le plus efficace mais c’est celui qu’elle avait dans son placard, et il était juste hors de question d’acheter quelque chose pour la grossesse avant la fin du mois de mars. J’aime autant te dire qu’elle se sent bien conne à se masser le non-ventre, le soir venu. Mais bon, hein, ça reste bon pour la peau grossesse ou non. Les nausées sont toujours bien présentes au quotidien, les seins douloureux par intermittence. La nouveauté de la semaine c’est que l’utérus commence à faire la gueule et ça fait un peu mal. Alors la douleur, c’est pas grave. La douleur on connait et on gère, la douleur du corps quand c’est pour la bonne cause n’est rien du tout en comparaison avec la douleur de l’attente. Mais le truc, c’est que ce n’est pas spécialement rassurant de sentir des crampes dans son utérus à longueur de journée. Ceci étant il semble que ce soit normal, alors admettons.

Toi.

La semaine qui s’est écoulée, après les urgences, n’a pas été des plus sereines et Madame Pimpin tenait à te présenter ses excuses pour n’avoir pas répondu à tes commentaires sur son dernier article, elle n’a jamais trouvé l’énergie. Mais elle se doit tout de même de dire que ces commentaires là, ils lui ont mis beaucoup de baume au cœur. Et que même si elle n’ouvre pas souvent WordPress ces derniers temps, elle suit tes aventures avec attention.

[écho] [écho]

On ne peut pas dire que la semaine de Madame Pimpin se soit déroulée dans la sérénité à mesure que la date de l’écho approchait. Ce matin, comme pour aller à la guerre, elle s’est préparée minutieusement : jambes clean, sous-vêtements décents, retrait du vernis sur les ongles de pieds au cas où elle doive passer au bloc dans la foulée, puis elle a lorgné le flacon de bétadine et s’est dit que tout de même ce serait ridicule. D’autant qu’il fallait d’abord se farcir la matinée de cours. Ca te donne un bref aperçu de la sérénité avec laquelle Madame Pimpin vit tout ça.

Arrivée en cours, il a fallu assurer un minimum de concentration apparente et supporter la longueur des minutes. A 11h30 Madame Pimpin n’en pouvait plus, l’adrénaline l’assiégeant totalement (tu sais comme si tu étais sur une montagne russe alors que tu bouges même pas), avec les dents du fond qui baignaient pour couronner le tout. A 12h30 enfin le top départ, l’heure de dévaler l’escalier comme un seul homme et de rejoindre Monsieur Pimpin qui faisait déjà le pied de grue devant le bureau du Caméléon.

Petite demi-heure d’attente la boule au ventre. Puis le Caméléon vient chercher les Pimpin et dans le doute, les félicite à nouveau (c’est qu’il doit être contente ma parole). On passe rapidement à la salle d’écho. Madame Pimpin fixe l’un des boutons de la machine, elle ne veut pas regarder l’écran, trop peur. Elle voit que l’écran s’allume, du coin de l’oeil. Elle ne peut pas s’empêcher, elle jette un demi-regard. Et elle le voit son bébé, elle voit qu’il a grandi alors elle est un peu rassurée et regarde avec les deux yeux en guettant le coeur mais elle n’y connait rien alors elle ne sait pas.

Le Caméléon farfouille là dedans. Madame Pimpin regarde toujours l’écran en attendant l’interprétation. Il s’éclaircit la voix.

Alors on avait dit qu’il y en avait deux, hein.

Et à l’écran apparaît une deuxième forme.

OMG.

Hem c’est à dire qu’on avait dit qu’il y en avait un ?!

Eh bien il y en a deux.

Et ils vont bien ?

On va écouter ça.

Monsieur Pimpin, l’air incrédule, entre dans la petite salle d’écho avant que le Caméléon chamboulé ne pense à l’appeler.

Et ce n’est donc pas une seule fois mais deux fois que les Pimpin, presque quatre ans après avoir jeté la fucking dernière pilule, auront enfin eu la permission d’écouter ce bruit, cet écho de vie qui résonne aujourd’hui en double.

Bon le récit est peut-être un peu confus. Mais cette image… elle était bien réelle : il y a deux bébés et ils vont bien, ils font la taille réglementaire pour 7SA+6 (16 et 17 mm) et c’est juste un truc de fou.

Alors après ça je ne te raconte pas l’état dans lequel la mère Pimpin est retournée en cours (oui parce qu’elle est retournée en cours en mode Iron Man tout de même, juste après ça) et comme il lui était difficile de dissimuler son sourire.

Le Caméléon quant à lui était tout soufflé, et n’a probablement que rarement vu dans sa carrière un couple réagir aussi sereinement à l’annonce d’une grossesse gémellaire suite à une annonce de grossesse simple deux semaines plus tôt, faut dire que depuis le temps, ils ont pu se la poser la question des jumeaux, les Pimpin.

Alors voilà. aujourd’hui, c’est la joie. Il y a plus de risques et on est toujours pas rendus au bout du chemin, il va falloir continuer à serrer les dents en croisant les doigts pour que ça passe, c’est sûr. Mais aujourd’hui, c’est une sacrément bonne nouvelle, et c’est une sacrément belle journée pour les Pimpin, quoi que puissent réserver les prochaines.

Aujourd’hui, c’est bien.

Puis il y en a une qui va pouvoir ouvrir son cabinet de voyante parce que sur ce coup là elle a fait fort (n’est-ce pas Marie-Eve ?)

5SA + 6.

Tu constateras qu’on a gagné trois jours rapport au calcul savant du Caméléon, qui, après deux longues heures d’attente (dont une en compagnie de la Famille Groseille, trois gosses – présents et insupportables – la mère édentée et enceinte du quatrième, le père con comme un balai, qui à un moment donné a jeté un oeil circulaire sur le ventre de Madame Pimpin et celui de patiente N°3 en s’indignant « mais je pensais qu’il n’y aurait que des femmes enceintes, s’ils prennent tout le monde c’est pas étonnant qu’on doive poireauter aussi longtemps, pfffff ». Heureusement toi tu n’as pas l’odeur qui va avec le pfffff. Et tu ne vois pas le regard noir et méprisant que lui a jeté Madame Pimpin qui à ce moment précis se demandait où elle en était avec le fait d’être enceinte ou pas.)

Donc au bout de deux heures, le Caméléon a enfin appelé les Pimpin. Il leur a serré la pince façon winner, avec un grand sourire, et les a félicités d’entrée de jeu « alors bravo ça y est, vous avez fait un enfant ! ». Bon. A cet instant Madame Pimpin aurait bien aimé courir vers la salle d’écho, baisser son falzar de suite et s’auto-insérer la sonde avant de répondre. Mais ça n’aurait pas été très poli, elle s’est donc assise en souriant et a répondu « ouh la la, on espère on espère ».

Le Caméléon a ensuite déballé le dossier en demandant à Madame Pimpin si elle avait fait une pds (euh maaais comment sait-il que ça a marché s’il n’a pas vu les résultats de pds ?). Il extirpe le papier et quand Madame Pimpin lui dit qu’ils n’ont même pas voulu regarder le taux, se moque gentiment, regarde, et lui dit que pourtant il n’avait vraiment rien d’inquétant : à 4SA+ 6 on dépassait les 2500, bordal c’est quoi ce taux de ouf ?! Le Caméléon n’en paraît pas perturbé et propose à Madame Pimpin de passer à côté. Youpie. Les 2500 lui donnent la force de franchir les quelques pas qui l’en séparent.

Le Caméléon prépare le matériel, fait tomber son flacon de lubrifiant pour écho-endo (serait-il un peu ému ?) et c’est parti. D’entrée de jeu Madame Pimpin voit la forme de patate. Ce n’est pas une GEU. Ses talents d’échographiste s’arrêtent là, elle s’en remet complètement au Caméléon qui s’écrie au même moment « futur papa, vous pouvez venir ! ».

La visite guidée commence.

« C’est une grossesse intra-utérine, une grossesse embryonnaire, vous le voyez là il mesure… 2,7mm. Comme je vous disais, il est encore trop tôt pour déceler une activité cardiaque… Attendez…. Et non, il y a bien une activité cardiaque, regardez le point clignoter au dessus de la flèche verte… Il est parfalt ce petit… Bon et bien voilà, tout va bien, c’est une grossesse évolutive. »

Alors comme ça, les Pimpin étaient en train de vivre, pour la première fois de leur vie, une échographie qui se passe bien. Ils étaient en train de voir, pour la première fois de leur vie, cette Vie, qu’ils attendent depuis si longtemps… Ce beau miracle, qu’ils n’ont pas eu le droit ou la chance de voir les deux fois précédentes. A ce moment là ils ont échangé un regard tous les deux, par dessus la tête du Caméléon, et Madame Pimpin a senti ses yeux se remplir de larmes.

Le Caméléon a ensuite procédé à quelques vérifications qui ont permis de constater la présence d’un kyste de 27mm sur l’ovaire gauche, a priori sans gravité, Kyste que par ailleurs elle ne sent absolument pas.

De retour au bureau, le Caméléon a refait les ordonnances et demandé spontanément aux Pimpin s’ils désiraient programmer des « points de contrôle intermédiaires » avant l’écho officielle calée aux alentours du 24 mars… Euh comment te dire… La suite ce sera donc un prochain rendez-vous vers le 22 février, et un autre vers le 12 mars. Comme Madame Pimpin n’a plus de rétroviseurs rapport à ses rêves générés par le Reiki, elle n’est pas en mesure de flipper à cause de la concordance de ces dates avec d’autres évènements.

Alors il semblerait que le 3 janvier Madame Pimpin ait bien fait de se lancer dans cette stim clandestine. Il semblerait qu’une petite vie en forme de Patate ait décidé de s’installer. Cette Petite Patate imprimée en gros et en A4 par le Caméléon, il va maintenant falloir qu’elle continue de grandir, de palpiter et d’aller bien, qu’elle s’accroche… Ils le savent bien les Pimpin que la partie n’est pas gagnée. Mais ça ne les empêche pas de déjà donner beaucoup d’amour à cette petite vie, de croire en elle et d’espérer de tout leur coeur qu’elle soit là au prochain rendez-vous.

 

 

Freaky Friday.

Aujourd’hui 19dpo et hier donc, 18. Tu peux me croire hier, la journée ne partait pas pour être merveilleuse.

Il y avait déjà ce putain de SPM qui tiraillait le ventre de Madame Pimpin, et des sensations de coulées d’utro qui la précipitaient régulièrement aux WC de la Grande Boîte pour faire des points réguliers sur la situation.

Il y a eu une présentation importante le matin, pendant laquelle Madame Pimpin n’avait pas du tout la tête à ce qu’elle racontait au point à un moment donné de ne plus suivre le fil de ses propres propos (ça va que c’était vendredi, les Gougniafiers étaient fatigués et n’ont pas semblé remarquer le blanc qui a suivi, le temps qu’elle reprenne ses esprits).

Au déjeuner, ambiance de marde rapport à Madame Poulette (cf N. dans l’article « ironie« ) plombe l’ambiance et ne décoince pas un mot rapport à ses perpétuels bads injustifiés (foirage d’IAC1 ? Nan mais attends c’est rien par rapport au fait qu’elle, la pauvre, son mec ne s’est pas mis à pleurer de compassion quand elle lui a annoncé que la Grande Boîte allait étendre le périmètre de son service, alors ta gueule). Elle n’est pas au courant pour IAC2, mais qu’elle le sache ne changerait rien, il n’y a qu’elle qui compte. Heureusement il y a aussi un autre chouette collègue avec qui Madame Pimpin peut échanger deux ou trois calembours le long du repas (c’est chouette les garçons, c’est jamais ouin-ouin), utilisons comme toujours l’humour pour exorciser l’angoisse. Madame Poulette ne sourit même pas mais je peux te dire un truc, Madame Pimpin s’en tamponne le coquillard de ses états d’âme.

En sortant de la cantine, elle tombe sur LE Jean-Claude Convenant de la Grande Boîte. Quand il lui demande si elle se plait à Village Sur Mer, elle sent venir l’embrouille. Ça ne rate pas : « Bah et alors Madame Pimpin t’attends quoi pour te reproduire ?« . Le Chouette Collègue baisse la tête, Madame Poulette SOURIT presque. (connasse va). Madame Pimpin le revoie dans ses buts en lui demandant « et toi t’arrêtes quand, parce que vu ton âge………. » (il a cinquante piges et vient d’avoir un bébé avec une seconde épouse, tandis qu’il a largué il y a peu la première épouse et les deux gosses qui allaient avec), mais la réflexion de marde l’atteint comme une flèche en ce jour de pré-J1, et le comportement de Madame Poulette la laisse également plutôt perplexe.

Retour au bureau, nouvelle réunion téléphonique, ça se passe très mal. Madame Pimpin est obligée de passer un savon à un Gougniafier et une Gougniafière et elle déteste ça, passer des savons. Pendant la conversation elle sent son J1, autant te dire que pour le coup… le savon glisse tout seul entre ses mains.

16h39 un dernier pipi au bureau. Pas de J1. Décision prise de tester asap en arrivant à la maison, au risque de ne pas croire au négatif (oui mais c’est pas le pipi du matin alors peut-être il dit négatif mais il faudra refaire demain) (on en est toutes capables, de celle-là).

17h00 sortie du bureau, qu’est ce qu’ils ont tous à me retarder et vouloir absolument me souhaiter un bon week end, mais cassez vous là, bordel.

17h34 arrivée à la maison. Monsieur Pimpin n’est pas là.

17h36 le gobelet, le tg et Madame Pimpin sont dans les WC. Le TG tombe dans le pot, qu’est ce qu’il reste ?

UN FUCKING SABLIER QUI CLIGNOTE.

Ca n’en finit pas.

Bordel il clignote mais il affiche enceinte ? Chuis enceinte ? (crise cardiaque #1)

Ah non (crise cardiaque #2) chuis pas enceinte, c’est parce qu’il doit commencer par afficher le mot commun quel que soit le résultat (pas enceinte / enceinte 1-2 / enceinte 2-3 / enceinte 3+) (c’est la première fois que Madame Pimpin offre un TG décent à son pipi, elle n’est pas habituée).

Oh putain. Ca y est il s’est calmé. Enceinte 2-3 (crise cardiaque #3). C’est positif et c’est en ligne avec la datation alors que c’est un pipi du soir. Ouf.

Yeux humides, de joie. Vraiment, les premières minutes, seulement de la joie. Après deux fausses couches Madame Pimpin ne pensait jamais pouvoir ressentir seulement de la joie en faisant virer un TG.

Coup de fil à Monsieur Pimpin, pour savoir l’heure à laquelle il envisage de rentrer. 18h30, ça va. Madame Pimpin se force à parler d’une voix neutre. Elle a décidé qu’elle annoncerait la nouvelle dignement à son mari, dignement et joliment. Parce que même pour G1, c’était déjà la panique. Ils avaient regardé le test virer ensemble, contemplant à deux les gouttelettes de pipi les yeux dans le vague pendant de longues secondes. Puis Monsieur Pimpin, content de voir le test virer, avait regardé sa femme paniquée avec un grand sourire. Et je te dis pas comme il s’était fait engueuler en mode ouais ben ne nous réjouissons pas trop vite (visionnaire la mère Pimpin ? en tous cas sur le coup, aigrie par la peur, oui). Et pour G2, si tu ne t’en souviens pas je te laisse regarder les articles de fin février 2013, moi je n’y retourne pas.

Pendant la demi-heure précédent l’arrivée de son époux, Madame Pimpin a joué le même morceau sur son piano en boucle, ce morceau qu’elle aime tant. Elle ne pouvait s’occuper à rien d’autre. Seule cette activité mécanique et automatique lui permettait de rester en contrôle. Et à mesure qu’elle jouait, des frissons lui parcouraient les bras puis le dos. Elle a respiré très très fort et s’est dit qu’il fallait avoir confiance, que perdre confiance ne changerait en aucun cas les choses en bien. Que c’est une jolie nouvelle, et même si ce n’est pas la première fois, c’est tout de même une fois unique, à chaque fois, et quoi qu’il arrive. Elle s’est rappelé les fois où n’étant pas enceinte, elle regardait les photos d’elle prises au cours des si rares instants heureux où elle portait la vie. Elle s’est souvenue de l’envie ressentie en regardant ces photos. Et elle s’est dit qu’aujourd’hui, même si peut-être pas demain, elle pouvait être à la fois celle qui vit et à la fois celle qui regarde. Qu’il fallait savourer et faire, de chaque minute passée dans cette grossesse et qu’importe le temps qu’elle durera, une minute de conscience et de contentement. Pour celle qu’elle sera plus tard, pour celle qu’elle a été avant, parce qu’on n’a pas le droit de gâcher ça.

Alors quand Monsieur Pimpin est entré, elle a laissé la mélodie en suspens et s’est levée du tabouret de son piano. Le TG caché derrière son dos, elle a embrassé son mari et lui a dit qu’elle jouait pour son bébé parce qu’il allait être papa. Et elle lui a tendu le TG. Il ne s’y attendant pas parce qu’elle avait tu ses interrogations des derniers jours, parce qu’il pensait que la dead line ne serait que deux jours plus tard. Alors pour la première fois dans sa vie, il a eu cette jolie surprise, entendu ces jolis mots, ceux que prononcent les autres, les gens normaux. Et il a serré très fort sa femme dans ses bras.

Ils le savent bien les Pimpin que tout est incertain. Que dans ces mots il y a presque de la provocation envers DNLP. Qui d’autre, mieux qu’eux, peut savoir à quel point le fait qu’un TG vire ne garantit pas que le Monsieur sera papa… Mais rien ne peut le garantir… Alors il faut juste vivre au jour le jour et tirer de chaque moment ce qu’on peut y trouver de meilleur.

C’est aussi pour ça que Madame Pimpin a décidé de ne pas faire de prise de sang, enfin plutôt de ne pas se faire délivrer les résultats de la prise de sang faite tout à l’heure. Le résultat ira directement chez le Caméléon. En parallèle Madame Pimpin prendra rendez-vous avec lui pour d’ici deux ou trois semaines, pas avant qu’on soit supposé voir quelque chose à l’écho. Si d’ici là quelque chose va vraiment mal (saignements ou douleurs), ce n’est pas une pds qui sauvera la situation et il sera assez tôt d’aller aux urgences. Si le taux est inquiétant, le Caméléon l’appellera. Si d’ici là Madame Pimpin se met à baliser, elle prendra RDV avec le Maître Reiki. Si d’ici là tout se passe bien, eh bien, tant mieux, hein.

Alors voilà. Le follicule en patate, pour le moment, a fait le job. Étrangement, Madame Pimpin se sent très calme. Lucide et calme. Et c’est sûrement bien meilleur pour elle que d’aller se stresser la vie en faisait des courbes de BHCG comme l’année dernière. Seul l’avenir nous dira si la Patate est vraiment là et si elle décide de pousser, mais une chose est bien sûre : que quelqu’un s’approche prématurément de moi avec une seringue de MTX, et je le tue à mains nues, et avec mes dents, et je n’en laisserai rien.

Les jolies filles se font toujours attendre (2).

Le début c’est par là.

Commence alors le temps des souvenirs pour Madame Pimpin. Les plus beaux sont ceux ramassés entre la Loire et L’Erdre, le temps des vacances chez ses grands-parents. Ils prennent toute la place de l’enfance comme si le reste n’existait pas.

Il y a d’abord l’odeur de la cuisine de la grand-mère, et la joie de toute la famille à s’asseoir autour de sa table pour s’en délecter. L’odeur de la cuisine du sud, l’ail et l’huile d’olive, les poivrons doux qu’elle seule sait cuisiner décemment. L’huile d’olive, elle t’en mettrait partout même dans le quatre quarts et la pâte à crêpes si tu la laissais faire. C’est elle qui a donné à Madame Pimpin l’envie de savoir faire à manger.

Il y a aussi l’odeur de cigarette, mêlée au café ou au pastis, l’odeur grisante des adultes. Le parfum des tantes, et leurs voix qui résonnent jusqu’à devenir un bourdonnement lorsqu’elles s’entremêlent et que l’on s’endort juste à côté.

Il y a le bruissement doux et frais des feuilles de peupliers. La stridente sonnerie du passage à niveau en haut de la rue. Les rires des cousins, les promenades en tramway, sans but précis.

Il y a des feux d’artifice, des siestes sous les noisetiers.

Il y a les histoires. La grand-mère s’assoit au bord du lit, fait tourner la mappemonde. Elle sent si bon, l’odeur de laque de son chignon. Quand la planète en boule s’arrête de tourner, là où le doigt sera posé, Madame Pimpin s’envolera au son de la voix qui inventera une histoire d’esquimau, de kangourou ou de petit prince du désert. Il y a les histoires qu’elle écrit, les histoires du désert. C’est elle qui a transmis à Madame Pimpin le goût de tenir une plume et de faire chanter les mots.

Il y a les livres. Des tas de livres. Des livres de la littérature, des romans oubliés, la bibliothèque rose, délectables souvenirs des malheurs de Sophie, bêtises imitées. Découvertes dans l’odeur de poussière du grenier. Les premiers élans d’amour pour la finesse de la langue française. Les premiers émois en lisant Léa et sa bicyclette bleue. La découverte de la guerre et ses secrets. Puis Zola, puis de Beauvoir et Colette. Boulimie de pages emportées sous le noisetier.

Il y a le bureau du grand-père. L’odeur de l’industrie et l’apprentissage de son amour, c’est l’odeur de la poussière sur le calque des plans industriels. Dessin technique, volts, ampères, kilojoules. C’est à travers la fierté dans le regard de son grand-père, ingénieur autodidacte, que Madame Pimpin cherche encore aujourd’hui à toujours apprendre, toujours s’élever, s’éduquer, comprendre. C’est un peu pour lui qu’elle a appris à aimer l’industrie.

Il y a les longues heures passées à écouter les histoires de voyage, les histoires du très beau pays, et celles du pays des sables et des hommes bleus. Les histoires de Village Sur Mer à l’époque, aussi. Et puis il y a leurs histoires de voyages d’agrément, la soif de voir Ailleurs. Et les voyages d’affaire du grand-père, leur mystère, New York en Concorde, Manchester, Virginia sur le grand sweat-shirt bleu canard déballé de la valise.

Et toutes ces petites choses, les bains moussants, les orgies de gaufres, les grandes robes du grenier avec leurs fanfreluches, quand on se déguisait l’hiver et qu’on sautait sur les lits. La messe, les premiers verres de vin, les mains fraîches sur le visage et les chasses aux trésors. La maison entre la Loire et L’Erdre a été vendue et n’existe plus depuis quelques années maintenant. Mais les trésors qu’elle abrite, eux, existeront toujours dans cet amour inconditionnel et ces souvenirs palpables.

Malgré leurs petits travers propres à leur histoire, les grands-parents de Madame Pimpin, bien qu’ils ne l’aient pas élevée, l’ont en grande partie construite. Ils sont sa culture, son histoire, ses rêves, ses ailes et ses racines. Ils ont bâti ses valeurs, son courage, sa force et son ambition. Ils savent tout entendre et savent tout d’elle, même le moche. Ils ont en eux une immense bienveillance et portent le respect des confidences. Ils sont la raison pour laquelle elle se bat, parce qu’elle veut plus que tout au monde leur ressembler avec une ribambelle de tous petits de ses petits. Ils lui ont appris à reconnaître son mari, celui qu’elle a choisi en mesurant dans ses yeux la bonté et la douceur du grand-père qu’il serait un jour, celui de ses petits-enfants.

Et parce qu’ils sont tout ça, les grands-parents de Madame Pimpin sont les seules personnes de sa famille au courant de l’existence de ce blog qu’ils ne lisent pas, au courant des liens que tisse leur petite-fille avec toi et toi et toi et du réconfort que tu lui apportes. Ils ne trouvent pas ça bizarre. Seuls eux savaient que cet après-midi de novembre, si elle rentrait en retard, c’était parce qu’en compagnie de l’une d’entre toi et toi et toi, elle n’avait pas vu le temps filer.

Lorsqu’elle les a prévenus de son retard cet après-midi là, leur réponse était si semblable à eux-mêmes qu’elle a fait briller quelques étoiles de tendresse dans les yeux de Madame Pimpin. Du bout des doigts, sur l’écran d’un i-phone, ils lui ont répondu. A leur image. Étonnamment moderne, avec des mots si beaux qu’ils pourraient être le titre d’une jolie chanson ou même d’un livre.

Ne t’inquiète pas nous t’attendons. Les jolies filles se font toujours attendre.

Les jolies filles se font toujours attendre (1).

Madame Pimpin est très attachée à ses grands-parents maternels. Attachée à eux en tant qu’individus, attachée à eux en tant que pilier de la famille, attachée à eux pour leur histoire.

Ses grands-parents sont nés à Village Sur Mer et y sont très attachés (les scènes de ripaille fermière dans l’histoire de Laxmi sont directement issues de leurs souvenirs). Mais ce n’est pas à Village Sur Mer qu’ils ont grandi. Juste après la guerre, alors qu’ils étaient encore des enfants, bien avant de se connaître, leurs deux familles ont quitté la France Métropole pour un très beau pays, un pays qui à cette époque était administrativement lié à la France. Un pays de murailles rouges, de sable chaud et de vent tiède. Un pays où la brise porte l’odeur rosée de l’écorce des oranges, l’odeur du jasmin et du thé à la menthe. C’est là qu’ils ont grandi tandis qu’en métropole le souvenir de la guerre salissait tout, ils étaient très loin d’être à plaindre.

Ils sont devenus adolescents. Ils ne se connaissaient toujours pas, jusqu’à ce que la chorale de la timide jeune fille donne une représentation à laquelle assistait le beau jeune homme. Il est tombé amoureux d’elle immédiatement et a tout fait pour la revoir, au point d’intégrer la chorale (et d’en ruiner le potentiel artistique). Ils se sont épuisés quelques années durant, à chercher des ruses pour passer du temps ensemble, fausser la surveillance des parents. Il y avait toujours le chaperon ou les commères de voisines. Alors pour faire simple et parce que la chorale, ça va bien cinq minutes, il l’a demandée en mariage et a pu l’avoir pour lui tout seul.

Les choses se sont gâtées entre la métropole et le très beau pays. Ils l’aimaient eux, ce pays qui était devenu le leur, et ils ont eu beaucoup de mal à comprendre quand on les en a chassés. En fait ils n’ont jamais compris. Il a fallu alors tout quitter et tout abandonner pour rentrer en France. Blessure dans leur chair, la rancœur et l’amertume resteront à jamais présentes à l’évocation de ces évènements. Nausée sur le gros bateau gris qui les rapatrie, odeur d’échappements, écœurant roulis de l’océan. Dans une petite ville nichée entre la Loire et l’Erdre, il a fallu tout reconstruire. Au marché, la jeune fille ne comprenait pas qu’il était mal vu de marchander avec les commerçants. Mais ils s’aimaient tellement qu’ils étaient très loin d’être à plaindre.

Les semaines passant, la nausée du gros bateau ne s’en allait pas et la jeune femme était souvent bien fatiguée. Madame vous allez avoir un bébé, dans un peu moins de sept mois. Joie et peur entremêlées. A cette époque là, on ne parlait pas tellement de ces choses là avec une maman bigote. La joie n’a pas duré longtemps. Elle a eu mal, si mal, et si peur, si seule. Cinquante trois ans plus tard, elle sera la seule personne à pouvoir consoler sa petite-fille et lui expliquer que même quand on perd un petit à trois mois de grossesse on peut toujours connaître ensuite la joie immense de contempler sa formidable famille et ses sept petits-enfants. Ces mots-là, elle ne les avait dits à personne. Ce jour-là, la poisse a sauté une génération mais l’émotion était vive et intense et au-delà d’une confidence partagée, c’est une bouée de sauvetage qu’elle a lancé parce que c’est à cette vision que s’accroche, encore aujourd’hui, Madame Pimpin quand la tempête fait rage.

La cigogne n’a pas mis bien longtemps à revenir. Trois fois en cinq ans. Au milieu, la Maman de Madame Pimpin. Les premières années sont difficiles, le jeune papa est souvent absent. Il enchaîne de longues périodes en Afrique, du côté des déserts de sable, des chacals et des hommes bleus. Il accompagne l’industrie. Quarante-trois ans plus tard, quand sa petite-fille partira au loin et à l’inconnue pour accompagner l’industrie dans un non moins étrange pays, elle pensera beaucoup à lui. Quarante-trois ans plus tard, quand son mari partira de longs mois à l’aventure, sa petite-fille cherchera l’inspiration et le courage de la jeune maman pour supporter l’attente dignement et sans se plaindre.

Les choses s’éternisent au pays du sable. Quand la petite famille débarque pour les vacances scolaires, on célèbre les trois ans de la Maman de Madame Pimpin dans l’avion. Les valises sont faites pour deux mois, ce sera finalement pour rester trois ans. Maudit télégramme jamais arrivé. Trois ans plus tard, l’école locale devient juste pour les enfants qui grandissent. Le petit frère souffre de rachitisme, il est temps de rentrer. De retour entre la Loire et l’Erdre, la vie est bien douce et s’écoule paisiblement. Les enfants passent le bac et se marient. Trente-trois ans après, Madame Pimpin se mariera avec Monsieur Pimpin. Le modèle de son amour, son idéal pour son mariage, seront cette grand-mère et ce grand-père. La Maman de Madame Pimpin met sa première fille au monde puis la deuxième dans la foulée. Avec le Papa de Madame Pimpin, plus par hasard qu’autre chose puisque cette ville leur est totalement inconnue, la petite famille de quatre prend son envol et se pose… A Village Sur Mer.