Freaky Friday.

Aujourd’hui 19dpo et hier donc, 18. Tu peux me croire hier, la journée ne partait pas pour être merveilleuse.

Il y avait déjà ce putain de SPM qui tiraillait le ventre de Madame Pimpin, et des sensations de coulées d’utro qui la précipitaient régulièrement aux WC de la Grande Boîte pour faire des points réguliers sur la situation.

Il y a eu une présentation importante le matin, pendant laquelle Madame Pimpin n’avait pas du tout la tête à ce qu’elle racontait au point à un moment donné de ne plus suivre le fil de ses propres propos (ça va que c’était vendredi, les Gougniafiers étaient fatigués et n’ont pas semblé remarquer le blanc qui a suivi, le temps qu’elle reprenne ses esprits).

Au déjeuner, ambiance de marde rapport à Madame Poulette (cf N. dans l’article « ironie« ) plombe l’ambiance et ne décoince pas un mot rapport à ses perpétuels bads injustifiés (foirage d’IAC1 ? Nan mais attends c’est rien par rapport au fait qu’elle, la pauvre, son mec ne s’est pas mis à pleurer de compassion quand elle lui a annoncé que la Grande Boîte allait étendre le périmètre de son service, alors ta gueule). Elle n’est pas au courant pour IAC2, mais qu’elle le sache ne changerait rien, il n’y a qu’elle qui compte. Heureusement il y a aussi un autre chouette collègue avec qui Madame Pimpin peut échanger deux ou trois calembours le long du repas (c’est chouette les garçons, c’est jamais ouin-ouin), utilisons comme toujours l’humour pour exorciser l’angoisse. Madame Poulette ne sourit même pas mais je peux te dire un truc, Madame Pimpin s’en tamponne le coquillard de ses états d’âme.

En sortant de la cantine, elle tombe sur LE Jean-Claude Convenant de la Grande Boîte. Quand il lui demande si elle se plait à Village Sur Mer, elle sent venir l’embrouille. Ça ne rate pas : « Bah et alors Madame Pimpin t’attends quoi pour te reproduire ?« . Le Chouette Collègue baisse la tête, Madame Poulette SOURIT presque. (connasse va). Madame Pimpin le revoie dans ses buts en lui demandant « et toi t’arrêtes quand, parce que vu ton âge………. » (il a cinquante piges et vient d’avoir un bébé avec une seconde épouse, tandis qu’il a largué il y a peu la première épouse et les deux gosses qui allaient avec), mais la réflexion de marde l’atteint comme une flèche en ce jour de pré-J1, et le comportement de Madame Poulette la laisse également plutôt perplexe.

Retour au bureau, nouvelle réunion téléphonique, ça se passe très mal. Madame Pimpin est obligée de passer un savon à un Gougniafier et une Gougniafière et elle déteste ça, passer des savons. Pendant la conversation elle sent son J1, autant te dire que pour le coup… le savon glisse tout seul entre ses mains.

16h39 un dernier pipi au bureau. Pas de J1. Décision prise de tester asap en arrivant à la maison, au risque de ne pas croire au négatif (oui mais c’est pas le pipi du matin alors peut-être il dit négatif mais il faudra refaire demain) (on en est toutes capables, de celle-là).

17h00 sortie du bureau, qu’est ce qu’ils ont tous à me retarder et vouloir absolument me souhaiter un bon week end, mais cassez vous là, bordel.

17h34 arrivée à la maison. Monsieur Pimpin n’est pas là.

17h36 le gobelet, le tg et Madame Pimpin sont dans les WC. Le TG tombe dans le pot, qu’est ce qu’il reste ?

UN FUCKING SABLIER QUI CLIGNOTE.

Ca n’en finit pas.

Bordel il clignote mais il affiche enceinte ? Chuis enceinte ? (crise cardiaque #1)

Ah non (crise cardiaque #2) chuis pas enceinte, c’est parce qu’il doit commencer par afficher le mot commun quel que soit le résultat (pas enceinte / enceinte 1-2 / enceinte 2-3 / enceinte 3+) (c’est la première fois que Madame Pimpin offre un TG décent à son pipi, elle n’est pas habituée).

Oh putain. Ca y est il s’est calmé. Enceinte 2-3 (crise cardiaque #3). C’est positif et c’est en ligne avec la datation alors que c’est un pipi du soir. Ouf.

Yeux humides, de joie. Vraiment, les premières minutes, seulement de la joie. Après deux fausses couches Madame Pimpin ne pensait jamais pouvoir ressentir seulement de la joie en faisant virer un TG.

Coup de fil à Monsieur Pimpin, pour savoir l’heure à laquelle il envisage de rentrer. 18h30, ça va. Madame Pimpin se force à parler d’une voix neutre. Elle a décidé qu’elle annoncerait la nouvelle dignement à son mari, dignement et joliment. Parce que même pour G1, c’était déjà la panique. Ils avaient regardé le test virer ensemble, contemplant à deux les gouttelettes de pipi les yeux dans le vague pendant de longues secondes. Puis Monsieur Pimpin, content de voir le test virer, avait regardé sa femme paniquée avec un grand sourire. Et je te dis pas comme il s’était fait engueuler en mode ouais ben ne nous réjouissons pas trop vite (visionnaire la mère Pimpin ? en tous cas sur le coup, aigrie par la peur, oui). Et pour G2, si tu ne t’en souviens pas je te laisse regarder les articles de fin février 2013, moi je n’y retourne pas.

Pendant la demi-heure précédent l’arrivée de son époux, Madame Pimpin a joué le même morceau sur son piano en boucle, ce morceau qu’elle aime tant. Elle ne pouvait s’occuper à rien d’autre. Seule cette activité mécanique et automatique lui permettait de rester en contrôle. Et à mesure qu’elle jouait, des frissons lui parcouraient les bras puis le dos. Elle a respiré très très fort et s’est dit qu’il fallait avoir confiance, que perdre confiance ne changerait en aucun cas les choses en bien. Que c’est une jolie nouvelle, et même si ce n’est pas la première fois, c’est tout de même une fois unique, à chaque fois, et quoi qu’il arrive. Elle s’est rappelé les fois où n’étant pas enceinte, elle regardait les photos d’elle prises au cours des si rares instants heureux où elle portait la vie. Elle s’est souvenue de l’envie ressentie en regardant ces photos. Et elle s’est dit qu’aujourd’hui, même si peut-être pas demain, elle pouvait être à la fois celle qui vit et à la fois celle qui regarde. Qu’il fallait savourer et faire, de chaque minute passée dans cette grossesse et qu’importe le temps qu’elle durera, une minute de conscience et de contentement. Pour celle qu’elle sera plus tard, pour celle qu’elle a été avant, parce qu’on n’a pas le droit de gâcher ça.

Alors quand Monsieur Pimpin est entré, elle a laissé la mélodie en suspens et s’est levée du tabouret de son piano. Le TG caché derrière son dos, elle a embrassé son mari et lui a dit qu’elle jouait pour son bébé parce qu’il allait être papa. Et elle lui a tendu le TG. Il ne s’y attendant pas parce qu’elle avait tu ses interrogations des derniers jours, parce qu’il pensait que la dead line ne serait que deux jours plus tard. Alors pour la première fois dans sa vie, il a eu cette jolie surprise, entendu ces jolis mots, ceux que prononcent les autres, les gens normaux. Et il a serré très fort sa femme dans ses bras.

Ils le savent bien les Pimpin que tout est incertain. Que dans ces mots il y a presque de la provocation envers DNLP. Qui d’autre, mieux qu’eux, peut savoir à quel point le fait qu’un TG vire ne garantit pas que le Monsieur sera papa… Mais rien ne peut le garantir… Alors il faut juste vivre au jour le jour et tirer de chaque moment ce qu’on peut y trouver de meilleur.

C’est aussi pour ça que Madame Pimpin a décidé de ne pas faire de prise de sang, enfin plutôt de ne pas se faire délivrer les résultats de la prise de sang faite tout à l’heure. Le résultat ira directement chez le Caméléon. En parallèle Madame Pimpin prendra rendez-vous avec lui pour d’ici deux ou trois semaines, pas avant qu’on soit supposé voir quelque chose à l’écho. Si d’ici là quelque chose va vraiment mal (saignements ou douleurs), ce n’est pas une pds qui sauvera la situation et il sera assez tôt d’aller aux urgences. Si le taux est inquiétant, le Caméléon l’appellera. Si d’ici là Madame Pimpin se met à baliser, elle prendra RDV avec le Maître Reiki. Si d’ici là tout se passe bien, eh bien, tant mieux, hein.

Alors voilà. Le follicule en patate, pour le moment, a fait le job. Étrangement, Madame Pimpin se sent très calme. Lucide et calme. Et c’est sûrement bien meilleur pour elle que d’aller se stresser la vie en faisait des courbes de BHCG comme l’année dernière. Seul l’avenir nous dira si la Patate est vraiment là et si elle décide de pousser, mais une chose est bien sûre : que quelqu’un s’approche prématurément de moi avec une seringue de MTX, et je le tue à mains nues, et avec mes dents, et je n’en laisserai rien.

Les jolies filles se font toujours attendre (2).

Le début c’est par là.

Commence alors le temps des souvenirs pour Madame Pimpin. Les plus beaux sont ceux ramassés entre la Loire et L’Erdre, le temps des vacances chez ses grands-parents. Ils prennent toute la place de l’enfance comme si le reste n’existait pas.

Il y a d’abord l’odeur de la cuisine de la grand-mère, et la joie de toute la famille à s’asseoir autour de sa table pour s’en délecter. L’odeur de la cuisine du sud, l’ail et l’huile d’olive, les poivrons doux qu’elle seule sait cuisiner décemment. L’huile d’olive, elle t’en mettrait partout même dans le quatre quarts et la pâte à crêpes si tu la laissais faire. C’est elle qui a donné à Madame Pimpin l’envie de savoir faire à manger.

Il y a aussi l’odeur de cigarette, mêlée au café ou au pastis, l’odeur grisante des adultes. Le parfum des tantes, et leurs voix qui résonnent jusqu’à devenir un bourdonnement lorsqu’elles s’entremêlent et que l’on s’endort juste à côté.

Il y a le bruissement doux et frais des feuilles de peupliers. La stridente sonnerie du passage à niveau en haut de la rue. Les rires des cousins, les promenades en tramway, sans but précis.

Il y a des feux d’artifice, des siestes sous les noisetiers.

Il y a les histoires. La grand-mère s’assoit au bord du lit, fait tourner la mappemonde. Elle sent si bon, l’odeur de laque de son chignon. Quand la planète en boule s’arrête de tourner, là où le doigt sera posé, Madame Pimpin s’envolera au son de la voix qui inventera une histoire d’esquimau, de kangourou ou de petit prince du désert. Il y a les histoires qu’elle écrit, les histoires du désert. C’est elle qui a transmis à Madame Pimpin le goût de tenir une plume et de faire chanter les mots.

Il y a les livres. Des tas de livres. Des livres de la littérature, des romans oubliés, la bibliothèque rose, délectables souvenirs des malheurs de Sophie, bêtises imitées. Découvertes dans l’odeur de poussière du grenier. Les premiers élans d’amour pour la finesse de la langue française. Les premiers émois en lisant Léa et sa bicyclette bleue. La découverte de la guerre et ses secrets. Puis Zola, puis de Beauvoir et Colette. Boulimie de pages emportées sous le noisetier.

Il y a le bureau du grand-père. L’odeur de l’industrie et l’apprentissage de son amour, c’est l’odeur de la poussière sur le calque des plans industriels. Dessin technique, volts, ampères, kilojoules. C’est à travers la fierté dans le regard de son grand-père, ingénieur autodidacte, que Madame Pimpin cherche encore aujourd’hui à toujours apprendre, toujours s’élever, s’éduquer, comprendre. C’est un peu pour lui qu’elle a appris à aimer l’industrie.

Il y a les longues heures passées à écouter les histoires de voyage, les histoires du très beau pays, et celles du pays des sables et des hommes bleus. Les histoires de Village Sur Mer à l’époque, aussi. Et puis il y a leurs histoires de voyages d’agrément, la soif de voir Ailleurs. Et les voyages d’affaire du grand-père, leur mystère, New York en Concorde, Manchester, Virginia sur le grand sweat-shirt bleu canard déballé de la valise.

Et toutes ces petites choses, les bains moussants, les orgies de gaufres, les grandes robes du grenier avec leurs fanfreluches, quand on se déguisait l’hiver et qu’on sautait sur les lits. La messe, les premiers verres de vin, les mains fraîches sur le visage et les chasses aux trésors. La maison entre la Loire et L’Erdre a été vendue et n’existe plus depuis quelques années maintenant. Mais les trésors qu’elle abrite, eux, existeront toujours dans cet amour inconditionnel et ces souvenirs palpables.

Malgré leurs petits travers propres à leur histoire, les grands-parents de Madame Pimpin, bien qu’ils ne l’aient pas élevée, l’ont en grande partie construite. Ils sont sa culture, son histoire, ses rêves, ses ailes et ses racines. Ils ont bâti ses valeurs, son courage, sa force et son ambition. Ils savent tout entendre et savent tout d’elle, même le moche. Ils ont en eux une immense bienveillance et portent le respect des confidences. Ils sont la raison pour laquelle elle se bat, parce qu’elle veut plus que tout au monde leur ressembler avec une ribambelle de tous petits de ses petits. Ils lui ont appris à reconnaître son mari, celui qu’elle a choisi en mesurant dans ses yeux la bonté et la douceur du grand-père qu’il serait un jour, celui de ses petits-enfants.

Et parce qu’ils sont tout ça, les grands-parents de Madame Pimpin sont les seules personnes de sa famille au courant de l’existence de ce blog qu’ils ne lisent pas, au courant des liens que tisse leur petite-fille avec toi et toi et toi et du réconfort que tu lui apportes. Ils ne trouvent pas ça bizarre. Seuls eux savaient que cet après-midi de novembre, si elle rentrait en retard, c’était parce qu’en compagnie de l’une d’entre toi et toi et toi, elle n’avait pas vu le temps filer.

Lorsqu’elle les a prévenus de son retard cet après-midi là, leur réponse était si semblable à eux-mêmes qu’elle a fait briller quelques étoiles de tendresse dans les yeux de Madame Pimpin. Du bout des doigts, sur l’écran d’un i-phone, ils lui ont répondu. A leur image. Étonnamment moderne, avec des mots si beaux qu’ils pourraient être le titre d’une jolie chanson ou même d’un livre.

Ne t’inquiète pas nous t’attendons. Les jolies filles se font toujours attendre.

Les jolies filles se font toujours attendre (1).

Madame Pimpin est très attachée à ses grands-parents maternels. Attachée à eux en tant qu’individus, attachée à eux en tant que pilier de la famille, attachée à eux pour leur histoire.

Ses grands-parents sont nés à Village Sur Mer et y sont très attachés (les scènes de ripaille fermière dans l’histoire de Laxmi sont directement issues de leurs souvenirs). Mais ce n’est pas à Village Sur Mer qu’ils ont grandi. Juste après la guerre, alors qu’ils étaient encore des enfants, bien avant de se connaître, leurs deux familles ont quitté la France Métropole pour un très beau pays, un pays qui à cette époque était administrativement lié à la France. Un pays de murailles rouges, de sable chaud et de vent tiède. Un pays où la brise porte l’odeur rosée de l’écorce des oranges, l’odeur du jasmin et du thé à la menthe. C’est là qu’ils ont grandi tandis qu’en métropole le souvenir de la guerre salissait tout, ils étaient très loin d’être à plaindre.

Ils sont devenus adolescents. Ils ne se connaissaient toujours pas, jusqu’à ce que la chorale de la timide jeune fille donne une représentation à laquelle assistait le beau jeune homme. Il est tombé amoureux d’elle immédiatement et a tout fait pour la revoir, au point d’intégrer la chorale (et d’en ruiner le potentiel artistique). Ils se sont épuisés quelques années durant, à chercher des ruses pour passer du temps ensemble, fausser la surveillance des parents. Il y avait toujours le chaperon ou les commères de voisines. Alors pour faire simple et parce que la chorale, ça va bien cinq minutes, il l’a demandée en mariage et a pu l’avoir pour lui tout seul.

Les choses se sont gâtées entre la métropole et le très beau pays. Ils l’aimaient eux, ce pays qui était devenu le leur, et ils ont eu beaucoup de mal à comprendre quand on les en a chassés. En fait ils n’ont jamais compris. Il a fallu alors tout quitter et tout abandonner pour rentrer en France. Blessure dans leur chair, la rancœur et l’amertume resteront à jamais présentes à l’évocation de ces évènements. Nausée sur le gros bateau gris qui les rapatrie, odeur d’échappements, écœurant roulis de l’océan. Dans une petite ville nichée entre la Loire et l’Erdre, il a fallu tout reconstruire. Au marché, la jeune fille ne comprenait pas qu’il était mal vu de marchander avec les commerçants. Mais ils s’aimaient tellement qu’ils étaient très loin d’être à plaindre.

Les semaines passant, la nausée du gros bateau ne s’en allait pas et la jeune femme était souvent bien fatiguée. Madame vous allez avoir un bébé, dans un peu moins de sept mois. Joie et peur entremêlées. A cette époque là, on ne parlait pas tellement de ces choses là avec une maman bigote. La joie n’a pas duré longtemps. Elle a eu mal, si mal, et si peur, si seule. Cinquante trois ans plus tard, elle sera la seule personne à pouvoir consoler sa petite-fille et lui expliquer que même quand on perd un petit à trois mois de grossesse on peut toujours connaître ensuite la joie immense de contempler sa formidable famille et ses sept petits-enfants. Ces mots-là, elle ne les avait dits à personne. Ce jour-là, la poisse a sauté une génération mais l’émotion était vive et intense et au-delà d’une confidence partagée, c’est une bouée de sauvetage qu’elle a lancé parce que c’est à cette vision que s’accroche, encore aujourd’hui, Madame Pimpin quand la tempête fait rage.

La cigogne n’a pas mis bien longtemps à revenir. Trois fois en cinq ans. Au milieu, la Maman de Madame Pimpin. Les premières années sont difficiles, le jeune papa est souvent absent. Il enchaîne de longues périodes en Afrique, du côté des déserts de sable, des chacals et des hommes bleus. Il accompagne l’industrie. Quarante-trois ans plus tard, quand sa petite-fille partira au loin et à l’inconnue pour accompagner l’industrie dans un non moins étrange pays, elle pensera beaucoup à lui. Quarante-trois ans plus tard, quand son mari partira de longs mois à l’aventure, sa petite-fille cherchera l’inspiration et le courage de la jeune maman pour supporter l’attente dignement et sans se plaindre.

Les choses s’éternisent au pays du sable. Quand la petite famille débarque pour les vacances scolaires, on célèbre les trois ans de la Maman de Madame Pimpin dans l’avion. Les valises sont faites pour deux mois, ce sera finalement pour rester trois ans. Maudit télégramme jamais arrivé. Trois ans plus tard, l’école locale devient juste pour les enfants qui grandissent. Le petit frère souffre de rachitisme, il est temps de rentrer. De retour entre la Loire et l’Erdre, la vie est bien douce et s’écoule paisiblement. Les enfants passent le bac et se marient. Trente-trois ans après, Madame Pimpin se mariera avec Monsieur Pimpin. Le modèle de son amour, son idéal pour son mariage, seront cette grand-mère et ce grand-père. La Maman de Madame Pimpin met sa première fille au monde puis la deuxième dans la foulée. Avec le Papa de Madame Pimpin, plus par hasard qu’autre chose puisque cette ville leur est totalement inconnue, la petite famille de quatre prend son envol et se pose… A Village Sur Mer.

La Chouette Clinique.

La première fois que Madame Pimpin y a mis les pieds, c’était l’année de ses dix-huit ans, par la grande porte du grand hall clair et luxueux. Elle venait d’emménager dans son appartement de jeune fille (celui que le Chat a pris un goût unique à vandaliser) mais n’avait pas encore le permis. Alors toute vexée, pour se rendre à son opération des dents de sagesse, elle avait demandé à sa môman de l’emmener et venir la chercher. Entre les deux la môman était venue lui rendre visite, mais Madame Pimpin, shootée par l’AG, ne s’en souvenait même pas le matin. En voyant la propreté et la beauté de la Chouette Clinique, Madame Pimpin s’était dit que la môman avait eu une curieuse idée d’aller pondre le frère au CHU d’ex-URSS (celui de l’opération de l’œil où l’on mélange les ponctions de FIV et les cataractes par box de 6), et qu’à choisir, si un jour le projet saugrenu de pondre un bébé lui titillait l’envie, elle viendrait plutôt ici. Tu noteras qu’à l’époque, l’hôpital servait à pondre des bébés, dans l’esprit de Madame Pimpin. Pas à les fabriquer.

La seconde fois que Madame Pimpin s’est rendue à la Chouette Clinique, à nouveau par la grande porte, elle avait vingt-trois ans et rendait visite à une amie plus âgée qui venait d’accoucher. Elle a effectivement constaté que pour pondre un bébé, c’était rudement mieux. Les dames étaient gentilles, la bouffe presque appétissante, les chambres flambantes neuves. La troisième et la quatrième fois que Madame Pimpin s’est rendue à la Chouette Clinique, c’était l’année suivante, à nouveau les bras chargés de cadeaux Roimagesques, pour accueillir en ce bas monde des jolis bébés joufflus fabriqués à la maison par de chouettes amis plus âgés, et pondus dans l’immensité de blanc et de pureté de cette Chouette Clinique. les bébés joufflus sont a présent bien grands.

La cinquième fois que Madame Pimpin s’est rendue à la Chouette Clinique, elle allait sur ses vingt-neuf ans. Elle est probablement entrée par la grande porte. Elle ne se souvient pas des lumières du grand hall. Elle se souvient seulement qu’elle avait mal à son âme et qu’elle était en avance de six mois et qu’il était pourtant déjà trop tard pour que son bébé soit pondu pour de vrai dans la Chouette Clinique. L’anesthésiste, une fille, et le brancardier, un garçon, ont été si gentils avec elle qu’elle en a eu les larmes aux yeux de reconnaissance et de fatigue soulagée quand ils ont posé sur elle le masque qui l’endormirait. Un deux trois elle n’était plus là. A peine le temps d’apercevoir le Docteur Colley et sa blouse trop grande pour son corps maigre. Un deux trois. Le curetage. Un deux trois. Plus là.

La sixième fois que Madame Pimpin s’est rendue à la Chouette Clinique, elle allait sur ses trente ans et elle n’est pas rentrée par la grande porte du Grand Hall. Le pur et le blanc, c’était dehors, sur la neige. Dedans c’était tout sombre, et oppressant, parce que c’était les Urgences. Dedans, il y avait de l’Espoir interdit, et du Danger peut-être. Un deux trois ne bougez plus. Un deux trois la piqûre de MTX. Un deux trois, l’espoir, plus là.

Maintenant, Madame Pimpin se rend souvent à la Chouette Clinique alors elle ne compte plus. Elle va sur ses trente et un ans. Elle ne rentre plus par la grande porte du grand Hall, avec ses grandes lumières. Elle ne rentre pas par derrière, dans le noir. Elle passe par l’entrée des artistes, sur le petit côté. Mais elle les voit tout de même, de loin, ceux qui ressortent par la grande porte. Ils sortent dans la lumière, et le pur, et le blanc les accompagne très très loin, comme si leur lumière attirait la lumière. Ils portent des petits couffins remplis, et des grands sourires sur leurs lèvres. Comme ses copines plus âgées, avant. Mais Madame Pimpin n’apporte plus de cadeaux Roimagesques, non. Elle apporte son classeur. Pour l’année des trente et un ans, Madame Pimpin ne vient pas pour ses dents se sagesse, il n’y en a plus. Elle ne vient pas rendre visite, elle n’a plus le cœur, on le lui a arraché deux fois. Elle ne vient plus pour qu’on la sauve de l’Espoir, non, plus jamais s’il vous plait. Et elle ne vient pas non plus pondre un bébé, ben non.

Par l’entrée des artistes, plusieurs fois dans la semaine, Madame Pimpin vient essayer de fabriquer un bébé. Elle n’est pas toute seule pour faire ça. Elle a le classeur, le chéri et le Docteur. A nous tous, on essaie de faire en sorte qu’un jour elle s’en aille pour toujours Madame Pimpin, par la Grande Porte du Grand Hall, dans la lumière blanche et pure, avec un grand sourire et un couffin rempli qu’elle porterait maladroitement. Il y aurait aussi de l’Espoir, du vrai, et pas de Danger. Peut-être aussi que par une fenêtre, l’anesthésiste, une fille, et le brancardier, un garçon, la regarderaient en étant contents. Et de l’autre côté, au dessus de l’entrée des artistes, le Caméléon. Fatigué d’avoir fait du bon boulot. Il y aurait Monsieur Pimpin, il serait heureux. Et puis peut-être des cadeaux Roimagesques, que des amis auraient apporté.

Et alors, on marcherait dehors, comme dans un film, un peu au ralenti. Et alors, l’histoire serait terminée et on entendrait une musique, et elle irait drôlement bien avec la scène.

La vieille maison.

La vieille maison, du haut de ses cent trente ans, elle a du en voir passer des décoratrices en herbe, des jeunes épouses pressées de mettre leur pâte après le règne de la belle-mère… Pressées de remplir l’espace…

C’est à ça que Madame Pimpin pensait hier, en regardant le plafond de la chambre d’amis.

Tu te demande peut-être comment elle en est venue à contempler le plafond de la chambre d’amis.

Les Pimpin étaient dans le salon, après le dîner. Madame Pimpin geekait sur internet, surfant discrètement sur les pages « déco enfant » des sites internet de deux grandes enseignes suédoise qu’elle bénit de tout son être pour leur cheapisme, leur classisme, et leur customisisme (ou le MEGA KIFF quand une collègue un peu pointue du slip te demande d’où vient ta petite robe et que tu lui réponds H&M, et la tête qu’elle fait… Pareil pour la petite commode « vintage » qui en fait vient de chez Ikéa mais qu’on ne reconnait plus après ajout de nouvelles poignées et d’un coup de peinture). Et donc oui, Madame Pimpin à J3 de sa stim, elle reluquait les meubles et la déco pour LES chambres de SES futurs enfants, c’est fou ce qu’un esprit bien entraîné peut rapidement oublier une grosse baffe, on va finir par s’étouffer dans l’optimisme si ça continue.

M’enfin, elle ne devait pas être si discrète que ça Madame Pimpin puisque Monsieur Pimpin a fini par s’approcher et lui demander « tu regardes quoâââ ? ». De fil en aiguille, on en est arrivés à revoir la distribution des pièces. Depuis le début, les deux petites chambres du haut sont réservées auX futurS enfantS (optimisme optimisme). Elles sont actuellement toutes belles toutes propres, toutes de blanc vêtues, abritant qui un petit bureau qui la table à repasser et quelques bricoles. Il y a aussi la chambre des Pimpin, premiers servis, et la chambre d’amis. La chambre d’amis est plus grande, et plus accessible (les deux petites chambres sont un étage plus haut, par un escalier comment dire… vintage (pour de vrai, vintage).

Le plan initial c’était : on pond un bébé rapidos dans la foulée de l’emménagement, juste après le mariage (bisounours land bonjour). Il dort dans la chambre parentale pendant deux mois, et une fois qu’il est sevré et qu’il fait ses nuits (oui-oui), hop on l’envoie dans sa petite chambre du haut N°1. Et BIM un an après on remet ça, deux mois avec papa-maman puis direction la petite chambre du haut N°2. Ca laissait tout plein de temps pour refaire la chambre d’amis, qui mérite un peu de déco, un grand dressing et une bibliothèque parce que Madame Pimpin souffre de voir tous ses livres entassés dans des cartons de marde. Le petit bureau et la planche à repasser pourraient facilement y être recasés. Et puis c’est important une chambre d’amis… C’est bien, pour les amis…

Hier soir, le plan initial de distribution a bien failli succomber sous les coups de l’infertilité. Quand Monsieur Pimpin a surpris Madame Pimpin flirtant avec les suédois, il a suggéré que l’actuelle chambre d’amis revienne à l’Enfant. Et s’il n’y en avait qu’un d’abord ? Et puis les amis… Quand les Pimpin ont acheté la Vieille Maison, ils imaginaient les soirées d’été pleines d’amis dans le jardin, le rosé coulant à flots, la maison remplie de rires… Ils imaginaient l’hiver, les raclettes, les copains autour de la cheminée. Mais au final, avec leur tendance à se renfermer un peu, la tendance de leurs amis à faire des gosses, la chambre d’amis ne sert pas tant que ça. Alors autant commencer à préparer la chambre d’amis pour L’Enfant, lui accorder le pomponnage qu’elle mérite. Alors Madame Pimpin est montée se pose quelques minutes dans la chambre d’amis. Elle s’est allongée sur le lit et elle a regardé le plafond.

Et il n’en est pas question bordel de niouf.

– Pas question de renoncer aux DEUX petiteS chambreS pour LES enfantS.

– Pas question de renoncer un jour à remplir la maison d’amis (et pas juste aux anniversaires).

– Pas question d’installer un mausolée pour un enfant absent en plein milieu de la maison.

– Pas question de partir du principe qu’on en aura qu’un donc autant lui donner la très grande chambre pour lui tout seul.

Voilà ce qu’a dit le plafond de la chambre d’amis. Il est urgent de continuer à vouloir remplir l’espace, don’t give up comme disait Kate (Kate Bush hein. Pas Middleton. N’en parlons plus de cette gougniafière).

Alors on va lui donner son petit coup de propre, à la chambre d’amis, avec une déco en forme de chambre d’amis. Et puis on y installera un grand dressing comme convenu et une bibliothèque comme convenu. Et le moment venu, on commencera par descendre la table à repasser. En espérant qu’une fois le mode d’emploi trouvé, on ne mettra pas quatre ou cinq ans à devoir descendre le bureau également. C’est pas parce qu’on est une Pmette bigeste, nullipare, et un brin désillusionnée qu’il convient de renoncer à ses rêves. Sur ce Madame Pimpin te laisse, elle n’a pas fini de reluquer les petites sorties de bain en imprimé léopard avec des petites oreilles dessus, et faut qu’elle trouve une bibliothèque pour sa chambre d’amis.

Ballade de DPO.

Pour passer le temps cet après-midi, puisque « passer le temps » est devenu leur unique occupation ces derniers jours, Monsieur Pimpin réservait une belle surprise à Madame Pimpin. Tu te souviens peut-être de l’histoire de Laxmi, née d’une balade en mer pendant laquelle Madame Pimpin s’était plus ou moins endormie en contemplant une vieille maison en ruines sur une pointe sauvage découpée dans le granit de la côte de Village Sur Mer. Le reste de l’été, ils ont cherché par tous les moyens à accéder à la maison abandonnée par la grève en contrebas. Faute de pouvoir grimper, ils ont passé des journées à nager autour, déjeuner sur la grève, pêcher, leur minuscule bateau amarré au pied des ruines.

Et bien aujourd’hui, Monsieur Pimpin a emmené sa femme en ballade… Dans la maison de Laxmi. Il a trouvé le chemin pour y accéder, non par la mer mais par la terre ! Ils ont donc parcouru le chemin parcouru par Laxmi et son capitaine, et ont foulé le sol de la cour après avoir descendu le sentier le long duquel Laxmi avait glissé. Sans pour autant y avoir jamais mis les pieds, Madame Pimpin s’était fait une idée assez ressemblante à la réalité de cet endroit tant rêvé. Au détour d’une porte murée, à même le béton gris, un curieux graffiti a accroché l’oeil de Madame Pimpin.

A défaut de leur avoir complètement changé les idées (Madame Pimpin a tellement la tête dans le slip guidon qu’elle a trouvé moyen de checker sa vaniuche dans la maison de Laxmi : elle savait bien que la maîtresse des lieux, sachant ce que c’est, ne s’en serait pas offusquée), les Pimpin ont passé un après-midi charmant et ont découvert tout près de chez eux de superbes endroits qu’ils n’avaient jamais visités.

Le cerveau Pimpinesque fonctionne en mode dégradé, abrégeons mes souffrances verbales si tu veux bien et voyons le reste en images, merci !

Un aperçu général pour commencer :

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Le chemin qui permet d’accéder au sentier qui mène à la maison :

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La maison vue d’en haut (on voit ce qui reste d’une fenêtre) :

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Le débarcadère pour les grands bateaux , et la grève en contrebas :
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La maison en ruines :

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La cour qui surplombe la mer (que l’on ne voit plus beaucoup à cause de la végétation) :

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La fenêtre de Laxmi :

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L’étrange graffiti :

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Le ciel, parce qu’il était joli :IMG_20131229_200653

Fin d’année.

Cette année, Madame Pimpin a décidé de ne pas bouder les fêtes. C’est pas que les choses aillent mieux que l’an passé, mais au final, le boycott n’avait fait qu’empirer les choses. La maison vide de décorations ne faisait que rendre plus palpable l’absence de petit Jesus dans la crèche. Le réveillon du nouvel an, en tête à tête, avait un arrière goût de larmes et d’ailleurs Madame Pimpin avait contenu les siennes à grande peine.

Alors au programme de cette année, il y aura :

– Edification d’un vrai beau sapin et de son habit de lumière. Echéance au début des vacances, fin de semaine 50.

– Renouvellement du stock de décorations de Noël. Même échéance.

– Réveillon du 24 chez les beaux-parents. Là, ça fait un peu chier parce que bon, Madame Pimpin elle préfère ses parents, et du coup elle ne les verra que le 25 mais bon. Noël, l’esprit de la concession, de la famille, tout ça… Monsieur Pimpin sera content. Va juste falloir se préparer à manger du «ma chérie» par ci, «ma chérie» par là. (La belle-mère n’a pas compris que sa belle-fille n’est pas fan de cucuterie).

– Réveillon du 26 ou du 27 avec Madame Zébulon, la BFF, la Besta, la grande coupine que Madame Pimpin n’a pas vue depuis cet été.

Et pour le 31…

Pour le 31 les Pimpin étaient un peu embêtés. Parce qu’ils ont vraiment envie de faire un effort mais ils ne sont pas maso non plus. Il y a le choix entre les amis de Madame Pimpin (avec de l’Ecureuil en cloque inside) ou les amis de Monsieur Pimpin (avec du Chaton en cloque inside). Il y a aussi quelques autres qui se sont montrés un peu gonflants ces derniers temps et que  Madame Pimpin n’a pas envie de voir. La BFF sera rentrée dans sa Grande Ville d’adoption. Le budget ne permet pas de dire « viens chéri on se casse réveillonner à Buenos Aires ». Alors…

Alors qu’elle y pensait hier soir, justement, vvvvt vvvvt, le Chouette Smartphone s’est mis à clignoter, faisant apparaître une invitation de la part… des Souris. Les Souris et la FC1 synchronisée, les Souris et leur C1 trois mois après, les Souris et leur bébé Souris né juste après FC2, les Souris et cette année 2013 au cours de laquelle il a été très difficile de maintenir le lien.

Il y avait ce bébé qui faisait mal même en étant si mignon (surtout en étant si mignon), il y avait la gêne des Souris, qui ne savaient pas bien que faire et que dire, il y avait des soucis de logistique qui rendaient les choses encore moins simples.

Alors cette invitation tombe plus que bien. Elle permettra de recoller les morceaux, de finir 2013 en la réparant un peu. Le bébé Souris, maintenant un peu plus grand, sera plus facile à accepter sans douleur. Madame Pimpin espère juste que l’autre couple d’amis des Souris, invités aussi, sans enfants et en couple depuis si longtemps que Madame Pimpin s’est déjà demandé s’il n’y avait pas galère dans l’air, n’annonceront pas ce soir là de jolie nouvelle. Ce serait dur. Mais quand bien même, il faudrait bien y faire face parce que c’est la vie.

Fragmentation, implication, planification, illusions.

Après avoir stressé toute la matinée d’hier, et après avoir appelé le secrétariat de la PMA une bonne demi-douzaine de fois dans la matinée pour s’entendre dire que les résultats n’étaient pas prêts, Monsieur Pimpin a réussi à obtenir le verdict. Oui, tu lis bien, c’est Monsieur Pimpin qui s’est farci l’attente, le froid dehors parce qu’il faut sortir pour téléphoner discrétion oblige, bref, les réjouissances habituellement subies par sa femme.

Et donc vers midi, il a rappelé Madame Pimpin pour lui annoncer que ses bestioles n’ont pas de problème de fragmentation sur leur ADN. Amen.

L’intégralité des résultats n’a pas été transmise, il est probable qu’ils ne le reçoivent que par l’intermédiaire du Caméléon. On ne saura donc pas tout de suite ce qu’il en est du reste du spermogramme (enfin en trois semaines il y a peu de chance pour que les choses se soient améliorées), mais on sait déjà que Monsieur Pimpin n’aura pas besoin de démissionner de son travail pour cause d’incompatibilité avec la qualité de sa production de gamètes. Convenons-en c’est bien commode, d’autant qu’il n’était pas encore au courant que Madame Pimpin projetait de le faire démissionner et que l’histoire ne nous dit pas s’il aurait été jouasse-jouasse.

Dans la foulée de son implication sur le projet « faisons un gosse », c’est encore Monsieur Pimpin qui a passé le coup de fil de prise de RDV avec le Caméléon pour débriefer de tout ça. Nan mais WHAT THE FUCK ? Il a du se prendre le chou avec le planning croisé des déplacements de sa femme et de ses jours de garde à lui, négocier avec la secrétaire pour obtenir une date au plus tôt mais à une heure qui convienne… bref, les réjouissances habituellement subies par sa femme.

Tu noteras comme l’homme se sent tout de suite plus concerné quand ses bouboules sont sur la table. Madame Pimpin ne va pas s’en plaindre bien au contraire. C’est beaucoup plus agréable quand les tâches sont réparties. C’est juste un peu dommage que cette implication active n’arrive que maintenant.

Et ça ne s’arrête pas là. Hier soir dans la cuisine, Monsieur Pimpin, le regard dans le vague, a laissé échapper une petite réflexion, de celles qui doivent te trotter souvent dans la tête à toi la galérienne de la reproduction.

–          «pffff… avec tout ça on n’a même plus l’impression d’être en train de faire un bébé.»

Ah bah tiens. Maintenant que tu le dis, ça fait deux ans que j’y pense… Bref, les réjouissances habituellement subies par sa femme.

Il ne manquerait plus que Monsieur Pimpin se mette à jouer à DDDJ1 ! D’ailleurs c’est peut-être ce qu’il avait en tête, parce que sans le savoir, il a pris le RDV avec le Caméléon le 2 décembre, soit J28. Anticipation de la planification ? Acte manqué ? Quoi qu’il en soit cette connasse de DNLP a toujours un coup d’avance comme aux échecs. Et ce matin à J17, elle a manifesté ses signes habituels d’intimidation : je te le donne en mille, bonjour le spotting. Spotting d’ovulation, spotting de nidation, mon cul œil.Ca n’arrive jamais, ça, chez Madame Pimpin. C’est du spotting annonciateur de J1. Fallait pas se réjouir trop vite du C9 réparé suite à prise de pilule, ça n’aura pas duré bien longtemps. Et pourtant là, faut que ça tienne encore bordel de marde. Il faut que ça tienne.

Tout de même, ça va faire trois cycles de rang que Madame Pimpin demande audience au Caméléon en visant le J1. Trois mois qu’elle attend qu’il relève et qu’il donne le go pour la stim ou l’IAC. Pour les deux premiers, le J1 s’est tenu à carreau mais il manquait toujours un truc (le 100%, le spermo, l’avis de la PMA…). Ors, cette fois on est dans les clous. On a le 100%. On a fait le spermo qui finalement n’est pas trop foireux pour les IAC, et qui ne nécessite pas de traitement préalable. On a l’avis de la PMA. Alors bordel de J1 de marde, tu vas rester chez toi encore un peu.

Parce que la Mère Pimpin, ok elle est un peu down, niveau moral et niveau énergies de l’Univers. OK elle est pas assez au top pour faire des putains de FIV de marde. OK elle ne chante pas assez la vie pour chanter des berceuses à un potentiel / improbable embryon. Mais elle va se soigner. Et semaine 50 elle ne bouge pas de Village sur Mer, et semaine 51 elle est en vacances, alors ce serait fort pratique pour apprendre à se faire les piqûres, aller faire des échos et des prises de sang le matin et se faire inséminer le 16. Alors J1 de marde, tu vas rester chez toi jusqu’à nouvel ordre, le Caméléon, tu lances les hostilités le 2 décembre, et on féconde technologiquement le boule de Madame Pimpin le 16.

Siouplé.

Et en bonus, on dépose un TG+ sous le sapin pour le nouvel an, on commence 2014 en chantant la vie et sans fumer. Et on le laisse + pendant 9 mois, le TG. Ca fera tout pile un an d’écart avec le Koala de la LOL, et un an d’écart c’est formidable pour lui fabriquer une fiancée. Et puis ça fait un vêlage pendant le mariage de Madame Loutre, ou comment sanctionner sa connerie de deux ans d’âge en lui volant la vedette le jour J. Bon. On se projette un peu là. Mais on a pas dit qu’il fallait avoir la win ? Hein ? Nom de nom de nom de Zeus !

Chez le biologiste (2/2).

Ou bien « back to basics« . Ou bien « la boucle est bouclée« . Ou bien « je suis une petite pierre trimballée au fond du ruisseau« . Ou bien, encore mieux « je suis une commode« . Ouais on va retenir celui-là :

« JE SUIS UNE COMMODE »

Brèfle (comme dirait Drenka), bien d’autres titres plus parlants auraient pu seyer (manifestement ça ne se dit pas, seyer) (je sais, on dit seoir dans la vraie vie) (oui je me dépêche de te raconter) (mais en même temps je réfléchis) (c’est ça les joies du direct et de la télé réalité) pour cet article. Mais comme Madame Pimpin n’a pas pu s’empêcher de noyer son anxiété de salle d’attente dans l’écriture névrotique sur son Chouette Smartphone, le titre était déjà donné.

Au terme de quelques minutes supplémentaires d’attente dans la salle vouée à cet usage, dans laquelle un autre couple pmesque a rejoint les Pimpin, Madame Pimpin précédant son époux est parvenue à franchir la distance qui la séparait du bureau du biologiste sans se liquéfier et sans mourir tomber dans les pommes. Poignée de main franche comme on les aime, un sérieux gaillard ce biologiste, plutôt intimidant du genre à qui tu coupes pas la parole sans lever la main, mais on sent qu’il est sympathique dans le fond et qu’il aurait même un petit côté lol si on n’était pas là pour parler fausses-couches, trou de la sécu et autres jouasseries.

Il jette un oeil au spermogramme, à la lettre du Caméléon (que je voulais te mettre en annexe mais le biologiste me l’a confisquée) et pose quelques questions d’ordre professionnel à Monsieur Pimpin. Aïe. Il semblerait qu’un élément de son boulot que nous tairons ici par souci de protection de son anonymat puisse foutre la marde dans ses bestioles et plus précisément dans l’ADN (non Monsieur Pimpin n’est pas transessual, ni castrat, ni prostipute oh surveille ton langage merci). Alors première chose : il ordonne un nouveau spermogramme pour voir ce qu’il en est de la fragmentation de l’ADN. Si ça merde de ce côté là, on avisera mais on commencera par un traitement à base de vitamines et antioxydants qui règlerait le problème dans 95% des cas. Well well well.

Puis le biologiste examine le dernier bilan hormonal de la mère Pimpin qui le dévisage discrètement tout en faisant de la bisque dans ses petits souliers. Il tourne ses yeux plissés vers elle et lui annonce qu’il va lui poser une question idiote. Vas-y mon p’tit.

« Avez-vous peur d’être enceinte, Madame Pimpin ? »

Black out, sueurs froides et cher de poule.

Tu les sens monter les putes de larmes, ça fout un peu la honte mais tu n’y peux rien, elles sont presque là.

Madame Pimpin avale difficilement sa salive et lui répond, d’une voix faussement assurée, juste pour que ça ait l’air d’un dialogue parce qu’il a bien deviné la réponse, que maintenant oui, elle a peur.

Il hoche la tête.

Et là, c’est le drame déluge, le torrent de larmes, le truc que tu ne peux pas stopper, elles coulent et ça fait du bien. Le biologiste autorise Madame Pimpin a pleurer. Du coup elle arrête, parce qu’elle a quand même l’esprit de contradiction.

**pour mémo, quand le Caméléon a parlé de FIV aux Pimpin, elle n’a pas pleuré devant lui. Pour FC2, elle n’a presque pas pleuré. En fait dans son « parcours » (mon dieu ce terme est à gerber), elle n’a vraiment pleuré que deux fois devant un médecin : à l’annonce dévastatrice de FC1, et quand ce connard d’étudiant en médecine lui a demandé sa DPA alors qu’elle était en pleine FC2**

C’est là qu’intervient la commode. Le biologiste ouvre un tiroir de son bureau.

« Madame Pimpin, la mémoire c’est comme des tiroirs. Pour avancer, il faut y mettre les choses et le refermer (bordel, on dirait Docteur Roots) ».

Il glisse la lettre du Caméléon dans le tiroir et referme le tiroir (d’où la confiscation).

« Vous avez trop de tiroirs ouverts. Si le tiroir reste entr’ouvert, quand on passe devant, on voit à l’intérieur et ça fait un mal de chien. »

Et re-larmes.

Tu le vois venir le verdict du biologiste ? Parce que rendu là, soit Madame Pimpin est vachement perspicace, soit ils se sont tous donné le mot. Le verdict du biologiste, homme de science, homme des math, homme cartésien au possible, le voici mot pour mot.

 » Je vais vous dire quelque chose que je ne dis pas souvent Madame Pimpin. Vous allez être enceinte. Et vous allez avoir un enfant, plusieurs même peut-être. Et vous allez le faire très probablement sans avoir besoin de moi, ni du Caméléon. Il va falloir travailler sur les émotions et sur les énergies. Monsieur Pimpin vous allez faire ce spermogramme demain. Vous aurez les résultats mercredi, vous m’appelez. Madame Pimpin vous allez prendre rendez-vous avec Maître Reiki de ma part. Il va vous aider à débloquer tout ça, il travaille sur les énergies et obtient de bons résultats. Je ne blague pas. Et vous n’aurez probablement pas besoin de la PMA. Au pire, quelques inséminations pourront assurément fonctionner. »

Well well well. Je fais quoi, moi maintenant. Je dois être contente où je dois tout casser ? Après trois semaines de laminage, nous revoilà arrivés à la case départ, à la case « c’est dans ta tête ». Sauf que cette fois ce n’est pas un vieil hurluberlu à moitié hirsute qui le dit, c’est le Ponte de la Ponte Biologique. Un homme de science, de math, un homme cartésien. Alors on fait quoi…

On fait quoi quand on est une commode qui voudrait bien devenir une table…

Chez le biologiste. (1/2)

Nous y voilà. Arrivés 30 minutes en avance (pour toutes les inévitables fois où ils vont devoir arriver à l’arrache), les Pimpin n’en mènent pas large. Enfin surtout Madame Pimpin, parce que depuis deux ans qu’elle googlise leurs trombines en se demandant quand viendra le jour fatal où elle les rencontrera en vrai, ça lui fait tout drôle de les voir aller et venir dans le couloir.

Eux ce sont les pontes de la ponte, le gynécologue en chef de la Clinique de PMA, et le biologiste qui va avec. De la première impression que peut s’en faire Madame Pimpin, lorsqu’ils passent la tête dans l’encadrement de la porte pour appeler les patients, ils semblent accessibles et humain. En même temps après deux ans de suivi chez le Colley, autiste, muet et introverti, même un maton Moldave semblerait diffuser une douce chaleur humaine.

Dans la salle d’attente, deux femmes enceintes dont une manifestement mineure et l’autre accompagnée de son petit frère (les bureaux des pontes sont au meme endroit que les échos obstétricales). Il y a aussi deux couples pmesque. Le classeur, les traits un peu tirés, les regards en coin et les flèches décochées aux deux futures mamans… pas besoin de pancarte.

La salle d’attente se vide, le coeur de Madame Pimpin accélère, elle a juste envie de fuir et se demande si ses jambes pourront la porter jusqu’au bureau du biologiste. Il faudra bien. Le gynécologue ponte prend congé du couple précédent les Pimpin. Petit mot d’encouragement. « A bientôt Madame, enfin peut être pas, si vous êtes enceinte d’ici là ». C’est gentil.

La mineure enceinte s’impatiente. Les joues de Madame Pimpin virent au rouge vif. Elle range sont chouette smartphone car c’est presque leur tour, et puis ses doigts tremblent trop. Elle te racontera le suite plus tard.