Freaky Friday.

Aujourd’hui 19dpo et hier donc, 18. Tu peux me croire hier, la journée ne partait pas pour être merveilleuse.

Il y avait déjà ce putain de SPM qui tiraillait le ventre de Madame Pimpin, et des sensations de coulées d’utro qui la précipitaient régulièrement aux WC de la Grande Boîte pour faire des points réguliers sur la situation.

Il y a eu une présentation importante le matin, pendant laquelle Madame Pimpin n’avait pas du tout la tête à ce qu’elle racontait au point à un moment donné de ne plus suivre le fil de ses propres propos (ça va que c’était vendredi, les Gougniafiers étaient fatigués et n’ont pas semblé remarquer le blanc qui a suivi, le temps qu’elle reprenne ses esprits).

Au déjeuner, ambiance de marde rapport à Madame Poulette (cf N. dans l’article « ironie« ) plombe l’ambiance et ne décoince pas un mot rapport à ses perpétuels bads injustifiés (foirage d’IAC1 ? Nan mais attends c’est rien par rapport au fait qu’elle, la pauvre, son mec ne s’est pas mis à pleurer de compassion quand elle lui a annoncé que la Grande Boîte allait étendre le périmètre de son service, alors ta gueule). Elle n’est pas au courant pour IAC2, mais qu’elle le sache ne changerait rien, il n’y a qu’elle qui compte. Heureusement il y a aussi un autre chouette collègue avec qui Madame Pimpin peut échanger deux ou trois calembours le long du repas (c’est chouette les garçons, c’est jamais ouin-ouin), utilisons comme toujours l’humour pour exorciser l’angoisse. Madame Poulette ne sourit même pas mais je peux te dire un truc, Madame Pimpin s’en tamponne le coquillard de ses états d’âme.

En sortant de la cantine, elle tombe sur LE Jean-Claude Convenant de la Grande Boîte. Quand il lui demande si elle se plait à Village Sur Mer, elle sent venir l’embrouille. Ça ne rate pas : « Bah et alors Madame Pimpin t’attends quoi pour te reproduire ?« . Le Chouette Collègue baisse la tête, Madame Poulette SOURIT presque. (connasse va). Madame Pimpin le revoie dans ses buts en lui demandant « et toi t’arrêtes quand, parce que vu ton âge………. » (il a cinquante piges et vient d’avoir un bébé avec une seconde épouse, tandis qu’il a largué il y a peu la première épouse et les deux gosses qui allaient avec), mais la réflexion de marde l’atteint comme une flèche en ce jour de pré-J1, et le comportement de Madame Poulette la laisse également plutôt perplexe.

Retour au bureau, nouvelle réunion téléphonique, ça se passe très mal. Madame Pimpin est obligée de passer un savon à un Gougniafier et une Gougniafière et elle déteste ça, passer des savons. Pendant la conversation elle sent son J1, autant te dire que pour le coup… le savon glisse tout seul entre ses mains.

16h39 un dernier pipi au bureau. Pas de J1. Décision prise de tester asap en arrivant à la maison, au risque de ne pas croire au négatif (oui mais c’est pas le pipi du matin alors peut-être il dit négatif mais il faudra refaire demain) (on en est toutes capables, de celle-là).

17h00 sortie du bureau, qu’est ce qu’ils ont tous à me retarder et vouloir absolument me souhaiter un bon week end, mais cassez vous là, bordel.

17h34 arrivée à la maison. Monsieur Pimpin n’est pas là.

17h36 le gobelet, le tg et Madame Pimpin sont dans les WC. Le TG tombe dans le pot, qu’est ce qu’il reste ?

UN FUCKING SABLIER QUI CLIGNOTE.

Ca n’en finit pas.

Bordel il clignote mais il affiche enceinte ? Chuis enceinte ? (crise cardiaque #1)

Ah non (crise cardiaque #2) chuis pas enceinte, c’est parce qu’il doit commencer par afficher le mot commun quel que soit le résultat (pas enceinte / enceinte 1-2 / enceinte 2-3 / enceinte 3+) (c’est la première fois que Madame Pimpin offre un TG décent à son pipi, elle n’est pas habituée).

Oh putain. Ca y est il s’est calmé. Enceinte 2-3 (crise cardiaque #3). C’est positif et c’est en ligne avec la datation alors que c’est un pipi du soir. Ouf.

Yeux humides, de joie. Vraiment, les premières minutes, seulement de la joie. Après deux fausses couches Madame Pimpin ne pensait jamais pouvoir ressentir seulement de la joie en faisant virer un TG.

Coup de fil à Monsieur Pimpin, pour savoir l’heure à laquelle il envisage de rentrer. 18h30, ça va. Madame Pimpin se force à parler d’une voix neutre. Elle a décidé qu’elle annoncerait la nouvelle dignement à son mari, dignement et joliment. Parce que même pour G1, c’était déjà la panique. Ils avaient regardé le test virer ensemble, contemplant à deux les gouttelettes de pipi les yeux dans le vague pendant de longues secondes. Puis Monsieur Pimpin, content de voir le test virer, avait regardé sa femme paniquée avec un grand sourire. Et je te dis pas comme il s’était fait engueuler en mode ouais ben ne nous réjouissons pas trop vite (visionnaire la mère Pimpin ? en tous cas sur le coup, aigrie par la peur, oui). Et pour G2, si tu ne t’en souviens pas je te laisse regarder les articles de fin février 2013, moi je n’y retourne pas.

Pendant la demi-heure précédent l’arrivée de son époux, Madame Pimpin a joué le même morceau sur son piano en boucle, ce morceau qu’elle aime tant. Elle ne pouvait s’occuper à rien d’autre. Seule cette activité mécanique et automatique lui permettait de rester en contrôle. Et à mesure qu’elle jouait, des frissons lui parcouraient les bras puis le dos. Elle a respiré très très fort et s’est dit qu’il fallait avoir confiance, que perdre confiance ne changerait en aucun cas les choses en bien. Que c’est une jolie nouvelle, et même si ce n’est pas la première fois, c’est tout de même une fois unique, à chaque fois, et quoi qu’il arrive. Elle s’est rappelé les fois où n’étant pas enceinte, elle regardait les photos d’elle prises au cours des si rares instants heureux où elle portait la vie. Elle s’est souvenue de l’envie ressentie en regardant ces photos. Et elle s’est dit qu’aujourd’hui, même si peut-être pas demain, elle pouvait être à la fois celle qui vit et à la fois celle qui regarde. Qu’il fallait savourer et faire, de chaque minute passée dans cette grossesse et qu’importe le temps qu’elle durera, une minute de conscience et de contentement. Pour celle qu’elle sera plus tard, pour celle qu’elle a été avant, parce qu’on n’a pas le droit de gâcher ça.

Alors quand Monsieur Pimpin est entré, elle a laissé la mélodie en suspens et s’est levée du tabouret de son piano. Le TG caché derrière son dos, elle a embrassé son mari et lui a dit qu’elle jouait pour son bébé parce qu’il allait être papa. Et elle lui a tendu le TG. Il ne s’y attendant pas parce qu’elle avait tu ses interrogations des derniers jours, parce qu’il pensait que la dead line ne serait que deux jours plus tard. Alors pour la première fois dans sa vie, il a eu cette jolie surprise, entendu ces jolis mots, ceux que prononcent les autres, les gens normaux. Et il a serré très fort sa femme dans ses bras.

Ils le savent bien les Pimpin que tout est incertain. Que dans ces mots il y a presque de la provocation envers DNLP. Qui d’autre, mieux qu’eux, peut savoir à quel point le fait qu’un TG vire ne garantit pas que le Monsieur sera papa… Mais rien ne peut le garantir… Alors il faut juste vivre au jour le jour et tirer de chaque moment ce qu’on peut y trouver de meilleur.

C’est aussi pour ça que Madame Pimpin a décidé de ne pas faire de prise de sang, enfin plutôt de ne pas se faire délivrer les résultats de la prise de sang faite tout à l’heure. Le résultat ira directement chez le Caméléon. En parallèle Madame Pimpin prendra rendez-vous avec lui pour d’ici deux ou trois semaines, pas avant qu’on soit supposé voir quelque chose à l’écho. Si d’ici là quelque chose va vraiment mal (saignements ou douleurs), ce n’est pas une pds qui sauvera la situation et il sera assez tôt d’aller aux urgences. Si le taux est inquiétant, le Caméléon l’appellera. Si d’ici là Madame Pimpin se met à baliser, elle prendra RDV avec le Maître Reiki. Si d’ici là tout se passe bien, eh bien, tant mieux, hein.

Alors voilà. Le follicule en patate, pour le moment, a fait le job. Étrangement, Madame Pimpin se sent très calme. Lucide et calme. Et c’est sûrement bien meilleur pour elle que d’aller se stresser la vie en faisait des courbes de BHCG comme l’année dernière. Seul l’avenir nous dira si la Patate est vraiment là et si elle décide de pousser, mais une chose est bien sûre : que quelqu’un s’approche prématurément de moi avec une seringue de MTX, et je le tue à mains nues, et avec mes dents, et je n’en laisserai rien.

Reiki #4.

Jeudi c’était Reiki. Je te le dis tout de suite, il s’est passé un truc étrange pendant cette séance de Reiki.

  • La papote préalable.

Madame Pimpin ressitue l’avancement des choses et commence par un lapsus : on a fait une IAC le 13, IAC qui a fonctionné… Euh pardon, je veux dire l’acte médical a bien fonctionné on a pas eu encore le résultat. Bon ça a bien fonctionné mais c’était très douloureux blablabla… Sors tes rames Madame Pimpin…

Madame Pimpin raconte le rêve où elle délaissait son bébé pour mieux profiter du concert auquel el assistait. Le Maître Reiki lui demande son interprétation. Madame Pimpin y voit :

–          La peur d’être une mauvaise mère, cultivée par cette attente qui dure si longtemps et laisse le champ libre à bien des interrogations. Le Maître Reiki lui répond qu’il n’y a pas de mères parfaites, qu’il ne faut pas cristalliser sur cette notion de perfection. Que les enfants rois à qui l’on cède tout ne font pas de meilleures personnes, qu’il ne faut pas tout faire pour son enfant. Juste faire ce que l’on peut.

–          L’infertilité comme une punition, une sorte de purgatoire dans lequel l’Ordre des Choses la laisse végéter le temps que son vilain état d’esprit évolue assez pour mériter de devenir maman. Le Maître Reiki oriente un peu la conversation sur le pourquoi du mauvais état d’esprit. Madame Pimpin ne le dit pas mais elle repense au sentiment de culpabilité ressenti dernièrement à propos de l’avortement quand elle s’est sentie obligée de justifier des raisons pour lesquelles oui, elle aurait avorté si il lui était arrivé d’être enceinte à un moment où elle considérait qu’avoir un enfant n’était pas possible (putain mais j’imagine même pas le mal que ces inquisitions peuvent faire à celles qui ont vraiment du se retrouver dans ce cas. Et ça me refout en rogne. M’enfin on va pas relancer le débat ça suffit comme ça). Ensuite elle lui parle de celle qu’elle était au début des essais. Son refus de l’allaitement. Ses critiques concernant le congé parental. Ce sont les deux points sur lesquels elle a le plus changé, mais il y a des tas de petites choses dans le fond qui font que cette attente l’a transformée.

–          Le Maître Reiki lui demande ce qu’elle pense de cette attente. Naturellement et sincèrement, Madame Pimpin lui répond que cette attente l’aura probablement rendue meilleure. Par prudence au cas où DNLP l’écoute, elle rajoute que ça ne vaut que pour le cas où ça finirait par fonctionner bientôt, et pas dans des années, sans quoi elle finirait par s’aigrir. Mais oui, il faut bien admettre qu’elle en est convaincue. Jusqu’ici le temps n’a pas été son ennemi. Et encore moins l’ennemi du bébé qui viendra peut-être un jour.

  • Le pendule.

Le pendule est plutôt sage. Madame Pimpin s’ennuie un peu pendant que le pendule oscille au dessus de la représentation du corps humain. A un moment Madame Pimpin se concentre sur le pendule en lui demandant de tourner si elle est enceinte. Une fois ça marche. Deux fois ça marche. Troisième fois, il désobéit. Mouerf. Connard de pendule.

A la fin du pendule, le Maître Reiki demande à Madame Pimpin si elle se sent plus les pieds sur terre en ce moment. Elle prend un peu de temps et répond que dans un certain sens oui, surtout dans sa façon de vivre l’attente cette fois-ci. Moins de questions existentielles. Plus de confiance dans la technique et dans son corps. Plus de confiance en elle concernant sa réaction en cas d’échec. Une attente moins investie qui du coup passe plus vite. Dans les autres domaines aussi, l’impression de s’être débarrassée d’une partie des questions existentielles qui lui polluaient l’esprit. L’impression d’être là à sa place, faisant ce qu’elle peut, et s’en satisfaisant. Dans le boulot comme dans les relations aux autres. Il hoche la tête et lui dit qu’effectivement il la sent « plus connectée ».

  • La manip.

Encore cette fois, l’heure de manipulation passe à la vitesse de la lumière, un quart d’heure en temps ressenti. Aucune senstation physique cette fois. Pas de chaleur dans les yeux ni de tiraillement dans l’utérus.  Ses pensées se baladent, tantôt du côté de son utérus, qu’elle essaie d’encourager au cas où quelque chose soit en train de s’y passer. Elle pense à l’haptonomie qu’elle aimerait vraiment pouvoir pratiquer un jour. Puis elle se balade dans un décor magnifique, au beau milieu des créations de Yosuke Oono (http://www.loftwork.com/portfolios/oonoyusuke) découvertes grâce à Little Miss Shrimp. Le maître Reiki passe les mains sous sa tête.

Elle sent qu’elle plonge plus profondément dans cet espère de coma bizarre. Un étrange image lui apparaît d’abord. Elle commence par la chasser, surprise, car elle ne l’a pas convoquée, l’image s’est imposée, sortant de nulle part. Puis elle saisit une notion d’ouverture, et retient l’image un moment pour mieux la voir. (ouais je sais, on nage en plein délire mais je te jure que c’est vrai et pourtant je suis plutôt sceptique).

L’image représente une sorte de pictogramme lumineux et animé. C’est une sorte de portail noir, plongé dans le noir, qui ne se distingue que par ses contours derrière lesquels on distingue une lumière jaune. Très nettement, d’un mouvement lent mais bien franc, le portail s’ouvre vers le bas, laissant progressivement passer la lumière. Truc de ouf nan ?

  • Le débrief.

Le Maître Reiki demande ce que Madame Pimpin a ressenti. Elle lui parle du portail avec hésitation, l’impression d’être zinzin. Forcément il lui demande de l’interpréter. Forcément, comme une évidence et c’est parce qu’elle le souhaiterait de toutes ses forces, Madame Pimpin lui répond qu’elle y voit le signe que quelque chose s’est ouvert, débloqué en elle. Que peut-être les tiroirs sont à présent rangés. En disant ça, elle baisse les yeux. Peur de paraître comme la fille présomptueuse qui prend ses désirs pour des réalités. Le Maître Reiki lui répond pourtant que son interprétation va dans ce sens également. Madame Pimpin a presque les larmes aux yeux.

On recale une date au 27 février. Le Maître Reiki rappelle à Madame Pimpin que si l’IAC fonctionne, il en faudra quelques unes pour la suite (mouiiii à 50 boules la séance on va pas se quitter comm ça hein ce serait balot). Le problème qu’il semble craindre, ce n’est pas l’infertilité des Pimpin. C’est le risque d’une nouvelle fausse-couche. Gloups. Madame Pimpin elle le sait bien, que quand bien même un jour ce serait gagné, ce ne serait qu’une bataille et pas la guerre. Et quoi qu’il en soit, si ses tiroirs sont maintenant rangés, l’angoisse serait tellement présente malgré tout qu’un peu de coma bizarre ne serait pas malvenu. Note l’emploi du conditionnel au cas où DNLP nous écoute.

Check List pour une IAC à Village Sur Mer.*

*«à Village Sur Mer» : c’est-à-dire, quand la grande maison de la PMA ne vous ouvre pas ses portes parce que vous ne faites pas de FIV mais des IAC, et que le suivi médical est donc réalisé par le Gynéco de ville ou d’ailleurs, la PMA ne prêtant que son labo et les conseils de son biologiste. 

J-7 : Le J1 n’est pas encore dans la place, mais soyons réalistes et arrêtons de rêver cinq minutes, il va débarquer d’ici une semaine. Il est temps de : 

–          Zieuter l’agenda afin de s’assurer qu’il n’y ait pas de déplacements au moment supposé du J1, et commencer à émettre des suppositions quand à la date présumée de J3 pour l’écho de contrôle post-IAC#N-1.
–          Vérifier les stocks de médicaments et de consommables (médicaments, aiguilles et seringues, vaniuches). Le stock de médicaments déterminera l’importance du RDV de J3. En cas de stock liquidé, se débrouiller pour obtenir une ordonnance avant J3, rapport au délai de commande de la pharmacie.
–          Vérifier la validité des pièces administratives constituant le dossier soumis au laboratoire PMA qui prépare les recueils : date du dernier spermogramme, date des sérologies, date du dernier bilan hormonal à J3, validité du 100% (m’enfin à J-7 c’est trop tard).

J1 : Bah voilà hein on s’en doutait un peu. Si c’est un samedi, ou pire un dimanche avec J3 lundi, on est dans la marde si le point de J-7 n’a pas été fait correctement. 

–          Chialer un bon coup.
–          Essayer d’obtenir un RDV le jour même si le stock de médicaments est à zéro.
–          Essayer d’obtenir un RDV à J3 si tout est RAS.
–          Se dépatouiller avec la pharmacie.
–          Voir avec l’infirmière si besoin (surtout en cas de pénurie d’aiguilles).

J3 : normalement, le stock de médicaments est OK, partons sur l’hypothèse d’une secrétaire de gynéco conciliante. 

–          RDV de contrôle post-IAC.
–          Première injection.

J4 :
–          rappeler la secrétaire pour caler les rendez-vous de suivi de stimulation ovarienne.
–          Injection.

J5 :
–          Injection

J6 :
–          Injection

J7 : début du suivi de stimulation ovarienne.
–          Température.
–          Prise de sang au labo de Village Sur Mer de bon matin.
–          Penser à imprimer les résultats et vérifier qu’ils aient été faxés à la Chouette Clinique.
–          Faire la courbe.
–          RDV gynéco.
–          En fonction de l’écho, commencer à tenter de deviner la date de l’IAC pour s’assurer des disponibilités de tout le monde (labo, gynéco, et accessoirement son conjoint et soi-même).
–          Ne pas oublier l’injection.

J8 :
–          Température.
–          Injection

J9 : deuxième RDV de suivi de stimulation ovarienne.
–          Température.
–          Prise de sang au labo de Village Sur Mer de bon matin.
–          Penser à imprimer les résultats et vérifier qu’ils aient été faxés à la Chouette Clinique.
–          Faire la courbe.
–          RDV gynéco.
–          En fonction de l’écho, commencer à tenter de deviner la date de l’IAC pour s’assurer des disponibilités de tout le monde (labo, gynéco, et accessoirement son conjoint et soi-même).
–          Ne pas oublier l’injection.

J10 : 
–          Température.
–          Injection

J11 : troisième RDV de suivi de stimulation ovarienne. 
–          Température.
–          Prise de sang au labo de Village Sur Mer de bon matin.
–          Penser à imprimer les résultats et vérifier qu’ils aient été faxés à la Chouette Clinique.
–          Faire la courbe.
–          RDV gynéco.
–          Très probablement, calage de la date de l’IAC pour J13.
–          Ne pas oublier l’injection habituelle OU la piqûre de déclenchement.

J12 :
–          Température.
–          Prise de RDV avec le labo de la Clinique PMA pour le recueil, prise de RDV avec la secrétaire du Gynéco au cabinet de la Chouette Clinique pour l’IAC.
–          Vérification des papiers du conjoint et de ses propres papiers (carte d’identité, carte vitale, 100%, copie des examens au cas où).
–          Préparer un en-cas pour le lendemain midi.
–          Poney.

J13 : jour de l’IAC.
–          Température.
–          Départ du conjoint pour le recueil à la Clinique PMA.
–          Prise de sang au labo de Village Sur Mer de bon matin.
–          Eventuellement, aller au boulot.
–          Prise de nouvelles auprès du conjt (en évitant de faire sonner son téléphone au moment où il fait sa petite affaire…)
–          Penser à imprimer les résultats de prise de sang et vérifier qu’ils aient été faxés à la Chouette Clinique.
–          Départ pour récupération du recueil à la Clinique PMA.
–          Convoyage du recueil, des ovaires et de l’utérus concernés vers la Chouette Clinique.
–          Massacre cervical et IAC.
–          Penser à récupérer l’ordonnance pour l’utrogestan (à Village sur Mer, la pds pour recherche des BHCG, on s’assoit dessus pour les IAC).
–          Retour à la maison pour grignotage de l’encas et repos d’une heure (si possible…).
–          Retourner au boulot.
–          Pharmacie (utrogestan)
–          Poney si possible (à la maison, hein).

J14 :
–          Poney.
–          Utrogestan.

J15 à J21 :
–          essayer de ne pas penser.
–          Bordel, J21, c’est aussi J-7… il faut recommencer.

Reiki #3.

Jeudi dernier c’était Reiki. Avec une séance perdue au milieu de la stim Madame Pimpin n’a pas trop eu l’occasion de revenir là-dessus, d’autant que sur le coup son ressenti était plutôt mitigé.

Il y a d’abord eu l’habituelle séance de pendule. Le pendule était encore moins agité que la fois précédente, preuve que Madame Pimpin est sur la bonne voie (de la guérison, de la paix intérieure, de la fécondation, on ne sait pas vraiment), sauf qu’intérieurement elle ne ressent aucun changement et commence à se demander si tout ça n’est pas du pipeau.

Après le pendule, place à la séance de papote. Madame Pimpin raconte ses rêves. Le Maître Reiki la laisse interpréter toute seule, la guidant juste un peu. Il en ressort que Madame Pimpin en a ras le pompon de faire des efforts non remarqués auprès de son entourage (essentiellement professionnel et amical) pour se manger en contrepartie une profonde indifférence, voire des reproches. Le Maître Reiki lui dit des choses très sensées, des choses que tout le monde sait mais qu’on a tendance à oublier quand on est dans le feu de l’action.

Que le meilleur moyen de ne pas être déçu des autres, c’est de ne rien attendre d’eux.

Que le meilleur moyen de n’être entourés que de gens qui nous aiment vraiment, c’est de ne pas se forcer à faire des choses juste pour leur plaire.

Que ceux qui ne sont pas capable de voir le bon en nous quand on montre notre vrai visage ne sont pas dignes de notre amitié.

Que se plier en quatre pour faire plaisir à Pierre Paul ou Jacques est bien trop épuisant, qu’on finit par craquer, et que c’est le meilleur moyen de voir les autres vous faire des reproches quand le masque tombe et qu’ils se sentent trompés sur la marchandise.

Alors Madame Pimpin s’est dit why not. Au point où elle en est, autant s’assurer que ses amis sont de bons vrais amis qui l’aiment pour ce qu’elle est et pas seulement pour ce à quoi elle leur sert. De toutes manières elle n’a plus tellement la force de servir à quelque chose pour le moment. Elle s’est mis beaucoup de pression ces derniers temps pour essayer de faire des choses pour faire plaisir aux autres. Au final, quand elle parvient à faire ces choses, tout le monde considère que c’est normal. Et quand elle n’y parvient pas, ça devient un défaut d’engagement. Et elle culpabilise, au point de s’auto-considérer comme une sous-merde. Fuck it. Nan mais laissez moi manger ma banane tout nu sur la plage. Ce sera peut-être l’unique résolution 2014, tiens. Etre plus naturelle, plus vraie, moins se forcer, se préserver un peu plus. Ca fera moins d’heureux mais pour le coup ça rendra très heureux ceux qu’elle tient fort dans son cœur et qui sauront l’apprécier tout de même.

Le Maître Reiki s’est montré très intéressé par la présence des toilettes dans les rêves de Madame Pimpin. Pour lui, ils symbolisent un moyen d’évacuation (tiens tiens, Julys !), nouvelle preuve que Madame Pimpin est en train de vider ses tiroirs. Et puis évacuer, c’est simplifier. Ca va dans le sens du trip «nan mais laissez moi manger ma banane». Exit la pollution.

On est ensuite passé à la séance de Reiki en elle-même. Le Maître Reiki donne une petite couverture à Madame Pimpin, pour ses pieds, et note sur sa fiche qu’elle a tout le temps froid aux pieds. Pendant la séance, Madame Pimpin ne ressent pas grand-chose, ne voit pas d’images, elle est juste détendue (quand le contact physique, qui la dérange tout de même, n’est pas trop appuyé) et pense plutôt à des trucs du genre «qu’est ce qu’on va bouffer ce soir». Elle recommence à se dire que le Reiki c’est bullshit. Cette chaleur quand il traite les yeux (siège des émotions), après tout est ce que ce n’est pas elle qui l’invente ?

A la fin de la séance, le Maître Reiki se met à Reikiser les pieds de Madame Pimpin pour que «tout ça circule mieux», ça la chatouille et la surprend (elle avait oublié qu’elle lui en avait parlé). Ca la fait un peu marrer, parce que depuis toujours elle se souvient d’avoir eu les pieds froids… Et ne voit pas comment ça pourrait changer autrement qu’en mettant des chaussettes.

Séance terminée. Le soir, Madame Pimpin s’endort avec des chaussettes, pour tester. Ah oui, c’est mieux. Tellement mieux que le lendemain, elle oublie les chaussettes. Et le surlendemain. Mais elle n’a pas froid aux pieds pour autant… En fait, elle n’a plus froid aux pieds. Du tout. Même après avoir passé une journée dans des bottes pas étanches un jour de pluie.

Alors elle se dit que ce n’était peut-être pas du pipeau. Et si ça marche pour les pieds, sur un problème facile à vérifier, pourquoi pas pour le reste, ce qui est plus dur à déterminer ? Après tout, elle a un peu progressé, Madame Pimpin depuis la première séance. Elle se vexe moins. Elle évite les situations soulantes. Elle a passé quatre soirées avec des femmes enceintes, sans en ressentir la moindre contrariété (deux avec Madame Ecureuil, et deux autres avec une amie de sa copine Miss Kangourou) et elle est même parvenue à leur poser des questions sur leur grossesse, tout ça, et (accroche toi) elle a eu envie de poser sa main sur le ventre de l’amie de sa copine Miss Kangourou (mais ne l’a pas fait hein, on est pas intimes). Le soir du nouvel an, son J1 a signé l’échec de l’IAC : pas de drame. Au lieu de chouiner, elle a fait des câlins aux tous petits. C’était bien plus apaisant, bien plus énergisant, bien plus réconfortant. Alors… Serait-on sur la voie des tiroirs vides ? Ca ne signifie pas être sur la voie de la grossesse, soyons bien clairs… Mais si ça reste ainsi, l’attente, le vide, et peut-être l’échec définitif seront moins durs à vivre.

Après cette dernière séance, Madame Pimpin a fait un autre rêve. Elle devait s’occuper de son bébé. Mais il y avait des concerts, aussi, donc ça la gonflait un peu de devoir pouponner. Le bébé avait faim, il était sale, il pleurait, mais Madame Pimpin ne voulait pas s’en occuper. La seule chose qui l’empêchait de l’abandonner dans un coin le temps du concert, c’était le jugement de Monsieur Pimpin, absent du rêve, mais dont elle craignait les représailles et les reproches. Ce rêve, elle sait bien ce qu’il vient lui raconter… La peur d’être une mauvaise mère, de ne pas faire bien les choses, de ne pas aimer le bébé comme il faut. Ces peurs jamais avouées mais présentes depuis des années. Peur d’être comme sa grand-mère, de finir comme ces gens-là. Dommage, il n’y avait pas de WC dans le rêve. Ces peurs, Madame Pimpin aurait bien aimé les évacuer… Elle en parlera la semaine prochaine au Maître Reiki en espérant qu’il leur fasse prendre le même chemin que le froid aux pieds.

Carnet de santé.

On en était restés aux projets de décoration de la chambre d’amis. Les Pimpin n’ont pas tellement le temps, dans l’immédiat, de s’en occuper. En revanche cet après-midi, ils ont pris le temps de trier le bazar de la Petite Chambre N°2 (la chambre des papiers, bouquins, la chambre plutôt cérébrale tu vois, tandis que l’autre est plutôt sport & nature avec le matos de pêche et de bateau).

Madame Pimpin a donc retrouvé, pour son plus grand plaisir, un certain nombre de bouquins de cours. Elle a également retrouvé une boîte remplie des petits trésors du Chouette Pays dans lequel elle a vécu un temps (boîtes d’allumettes à l’effigie de EL bar à la mode, billet d’entrée pour le concert de Manu Chao, bouton arraché à la chemise d’un joli garçon -bah quoi j’étais célib je te signale, addition d’un chouette resto, petits mots des copines, post-it qu’elle trimbalait les premiers jours pour ne pas oublier son adresse… grand moment de nostalgie). Elle a aussi retrouvé ses bulletins de salaire depuis le tout début, une lettre d’amour écrite pour Monsieur Pimpin il y a quelques années, et la cagnotte de son enterrement de vie de jeune fille (déguisée en Britney Bitch et affublée d’une moustache, à la fin elle était saoule mais riche de 80 boules, oui madame). Et puis, rangés dans une pochette, le carnet de santé du Chat. Et le sien à elle. Son carnet de santé qu’elle croyait disparu depuis des années.

Sur la page de garde, sa mère a soigneusement écrit son nom et son prénom, celui des parents, l’adresse. Ecriture appliquée et presque enfantine. Elle avait vingt deux ans. A cet âge, Madame Pimpin ne pensait même pas encore à faire des enfants, ne payait pas ses impôts à l’heure, tandis que sa mère reportait soigneusement les premiers évènements de sa vie de bébé.

La section suivante est dédiée aux courbes de poids et de taille. De la première visite à deux mois jusqu’aux dix-sept ans et demie de sa fille, la mère de Madame Pimpin reportait avec soin sa taille et son poids sur le petit carnet. A cet âge-là, Madame Pimpin se souvient de très violentes disputes avec sa mère. Qu’à cela ne tienne. Les vaccins de Madame Pimpin étaient à jour alors qu’elle ne le soupçonnait même pas, même en temps de guerre sa mère veillait sur elle.

A chacune des visites prévues au carnet, 3 mois, neuf mois, un an, dix-huit mois… La date de réalisation de la visite figure sur l’imprimé. A chaque fois, la visite avait lieu le jour même, la veille ou le lendemain. Ponctualité et rigueur. Tant d’application, tant de soin dans l’écriture, tant d’amour maternel dans ces pages. Une toute petite bonne femme d’à peine plus de vingt ans prenant soin de son bébé au début des années 80.

Visite des trois ans, l’arrivée de la petite soeur dans l’année écoulée est mentionnée. La maman a tout de même continué à remplir le carnet, allant jusqu’à préciser le contenu du petit déjeuner, le comportement à l’école.

Sans savoir vraiment pourquoi, cette trouvaille a énormément remué Madame Pimpin. Chacune des pages du carnet l’a émue. L’ensemble lui a un peu collé le bourdon. Comme si dans le fond elle jalousait un peu cette très jeune femme maman de deux petites filles. Comme si, au fond d’elle même, elle se sentait abattue de n’avoir pas su faire pareil. Madame Pimpin n’était pas beaucoup plus âgée que sa mère, finalement, quand elle a commencé à essayer de faire un bébé. Même pas cinq ans de plus, avec plus de vingt ans d’écart ce n’est pas énorme. Ce n’est pas sa faute si près de trois ans plus tard, elle n’a toujours pas de petit carnet à remplir avec soin. Ce n’est pas sa faute, mais c’est trop tard pour faire pareil.

Madame Pimpin n’envie pas la vie de sa mère. Dévouée corps et âme à ses enfants au détriment de sa vie sociale et professionnelle, certes elle s’est épanouie comme ça mais Madame Pimpin sait que cet épanouissement n’aurait pas été possible pour elle. Elle sait aussi que peut-être, si elle n’était pas en train d’en chier des ronds de chapeaux pour faire un bébé, si elle avait eu son bébé « comme tout le monde », elle n’aurait peut-être pas envié le fait de pouvoir s’appliquer à remplir un petit carnet. Elle l’aurait peut-être fait comme ça à l’arrache… Elle aurait peut-être été moins ponctuelle que sa mère pour faire faire les visites périodiques… Elle aurait peut-être gentiment moqué l’application de sa mère… Va savoir.

Il n’y a pas tellement de conclusion à cet article. Madame Pimpin a retrouvé son carnet de santé. Ca l’a émue. Ca l’a attristée et ramenée à son incapacité à faire un bébé. Ca lui a mis dans le coeur un énorme élan de tendresse pour sa mère. Ca l’a confortée sur le fait que cette attente, si elle reste de l’attente et prend fin dans un dénouement heureux un jour, fera d’elle une meilleure mère que celle qu’elle aurait été en obtenant ce qu’elle voulait tout de suite. Alors finalement, il n’y a peut-être pas vraiment de raison à être triste à cause de ce petit carnet.

C’est plutôt comme si la jeune maman de vingt deux ans et quelques venait de poser la main sur son épaule, en lui disant que quelques années de plus ne feront pas d’elle une moins bonne maman. Bien au contraire.

La vieille maison.

La vieille maison, du haut de ses cent trente ans, elle a du en voir passer des décoratrices en herbe, des jeunes épouses pressées de mettre leur pâte après le règne de la belle-mère… Pressées de remplir l’espace…

C’est à ça que Madame Pimpin pensait hier, en regardant le plafond de la chambre d’amis.

Tu te demande peut-être comment elle en est venue à contempler le plafond de la chambre d’amis.

Les Pimpin étaient dans le salon, après le dîner. Madame Pimpin geekait sur internet, surfant discrètement sur les pages « déco enfant » des sites internet de deux grandes enseignes suédoise qu’elle bénit de tout son être pour leur cheapisme, leur classisme, et leur customisisme (ou le MEGA KIFF quand une collègue un peu pointue du slip te demande d’où vient ta petite robe et que tu lui réponds H&M, et la tête qu’elle fait… Pareil pour la petite commode « vintage » qui en fait vient de chez Ikéa mais qu’on ne reconnait plus après ajout de nouvelles poignées et d’un coup de peinture). Et donc oui, Madame Pimpin à J3 de sa stim, elle reluquait les meubles et la déco pour LES chambres de SES futurs enfants, c’est fou ce qu’un esprit bien entraîné peut rapidement oublier une grosse baffe, on va finir par s’étouffer dans l’optimisme si ça continue.

M’enfin, elle ne devait pas être si discrète que ça Madame Pimpin puisque Monsieur Pimpin a fini par s’approcher et lui demander « tu regardes quoâââ ? ». De fil en aiguille, on en est arrivés à revoir la distribution des pièces. Depuis le début, les deux petites chambres du haut sont réservées auX futurS enfantS (optimisme optimisme). Elles sont actuellement toutes belles toutes propres, toutes de blanc vêtues, abritant qui un petit bureau qui la table à repasser et quelques bricoles. Il y a aussi la chambre des Pimpin, premiers servis, et la chambre d’amis. La chambre d’amis est plus grande, et plus accessible (les deux petites chambres sont un étage plus haut, par un escalier comment dire… vintage (pour de vrai, vintage).

Le plan initial c’était : on pond un bébé rapidos dans la foulée de l’emménagement, juste après le mariage (bisounours land bonjour). Il dort dans la chambre parentale pendant deux mois, et une fois qu’il est sevré et qu’il fait ses nuits (oui-oui), hop on l’envoie dans sa petite chambre du haut N°1. Et BIM un an après on remet ça, deux mois avec papa-maman puis direction la petite chambre du haut N°2. Ca laissait tout plein de temps pour refaire la chambre d’amis, qui mérite un peu de déco, un grand dressing et une bibliothèque parce que Madame Pimpin souffre de voir tous ses livres entassés dans des cartons de marde. Le petit bureau et la planche à repasser pourraient facilement y être recasés. Et puis c’est important une chambre d’amis… C’est bien, pour les amis…

Hier soir, le plan initial de distribution a bien failli succomber sous les coups de l’infertilité. Quand Monsieur Pimpin a surpris Madame Pimpin flirtant avec les suédois, il a suggéré que l’actuelle chambre d’amis revienne à l’Enfant. Et s’il n’y en avait qu’un d’abord ? Et puis les amis… Quand les Pimpin ont acheté la Vieille Maison, ils imaginaient les soirées d’été pleines d’amis dans le jardin, le rosé coulant à flots, la maison remplie de rires… Ils imaginaient l’hiver, les raclettes, les copains autour de la cheminée. Mais au final, avec leur tendance à se renfermer un peu, la tendance de leurs amis à faire des gosses, la chambre d’amis ne sert pas tant que ça. Alors autant commencer à préparer la chambre d’amis pour L’Enfant, lui accorder le pomponnage qu’elle mérite. Alors Madame Pimpin est montée se pose quelques minutes dans la chambre d’amis. Elle s’est allongée sur le lit et elle a regardé le plafond.

Et il n’en est pas question bordel de niouf.

– Pas question de renoncer aux DEUX petiteS chambreS pour LES enfantS.

– Pas question de renoncer un jour à remplir la maison d’amis (et pas juste aux anniversaires).

– Pas question d’installer un mausolée pour un enfant absent en plein milieu de la maison.

– Pas question de partir du principe qu’on en aura qu’un donc autant lui donner la très grande chambre pour lui tout seul.

Voilà ce qu’a dit le plafond de la chambre d’amis. Il est urgent de continuer à vouloir remplir l’espace, don’t give up comme disait Kate (Kate Bush hein. Pas Middleton. N’en parlons plus de cette gougniafière).

Alors on va lui donner son petit coup de propre, à la chambre d’amis, avec une déco en forme de chambre d’amis. Et puis on y installera un grand dressing comme convenu et une bibliothèque comme convenu. Et le moment venu, on commencera par descendre la table à repasser. En espérant qu’une fois le mode d’emploi trouvé, on ne mettra pas quatre ou cinq ans à devoir descendre le bureau également. C’est pas parce qu’on est une Pmette bigeste, nullipare, et un brin désillusionnée qu’il convient de renoncer à ses rêves. Sur ce Madame Pimpin te laisse, elle n’a pas fini de reluquer les petites sorties de bain en imprimé léopard avec des petites oreilles dessus, et faut qu’elle trouve une bibliothèque pour sa chambre d’amis.

IAC#2 – J3 – début de stim.

Oyez oyez camarades ce soir Madame Pimpin se pique le lard. Et puis c’est tout.

Hier, elle a passé un petit coup de fil à la secrétaire du Docteur Copain-De-Caméléon (celui qui a inséminé Madame Pimpin) (entre nous, je ne m’y fais toujours pas à ce terme « inséminer », j’ai toujours l’impression d’être en train de parler d’une vache ou une ponette pedigree, mais passons sur ces basses considérations lexicales). Môsieur le Docteur Caméléon est en congés et ne revient que lundi. Je te refais la conversation ?

– Bonjour je vous appelle suite à l’échec de mon IAC#1 en décembre car je dois commencer une stimulation en vue d’une nouvelle IAC et je devais d’abord, sur demande du Caméléon, procéder à une écho à J3. J3 étant demain, ça laisse peu de marge.

– Oh bonjour Madame Pimpin, oui je me souviens de vous. Alors ça n’a pas marché… Je suis sincèrement navrée, je vous souhaite une bonne année et j’espère qu’en 2014 ça marchera.

– Merci Madame Coeur Coeur Coeur, c’est gentil je vous souhaite une très bonne année à vous aussi.

– Alors par contre pour le Docteur Caméléon ça va être compliqué car il ne revient que lundi. Mais je comprends bien la situation et ne vous inquiétez pas. Je sais bien que si je ne vous trouve pas de RDV aujourd’hui, vous n’aurez même pas d’ordonnance pour la stimulation… je regarde.

– Oh, merci, Madame Coeur Coeur Coeur.

– Alors voilà ce que l’on va faire : passez aujourd’hui, Docteur Copain-De-Caméléon vous prépare l’ordonnance de Ménopur et Ovitrelle, et vous revenez demain à J3 pour le contrôle il vous prendra en tout début de journée en urgence.

– Madame Coeur Coeur Coeur, you made my day. Promis tu seras la marraine de mon premier fils ! Bisous bisous à tout à l’heure !

Mouahahahahah ! Mais non, je déconne ! En 2014 les secrétaires sont toujours aussi connes. En 2014 on ne peut toujours compter que sur soi même. Voilà comment la conversation s’est vraiment déroulée, étant donné qu’on n’a pas basculé dans un monde de bisounours où les secrétaires auraient un cerveau et un peu d’empathie :

– Bonjour je vous appelle suite à l’échec de mon IAC#1 en décembre car je dois commencer une stimulation en vue d’une nouvelle IAC et je devais d’abord, sur demande du Caméléon, procéder à une écho à J3. J3 étant demain, ça laisse peu de marge.

– A mais ça ne va pas être possible Madame il est en congés jusqu’à lundi et je ne peux même pas vous caler de rendez-vous lundi parce que je n’ai pas l’accès à son planning et sa secrétaire aussi est en congés.

– D’accord Madame, je rappellerai lundi, merci beaucoup au revoir.

LOLILOL. Finalement, « inséminer » c’est peut-être un terme assez respectueux pour les vaches et les ponettes, mais pas suffisamment pour Madame Pimpin qui ne mérite pas assez de considération pour obtenir une fucking écho de ses ovaires en temps et en heure.

M’enfin on va pas se laisser abattre hein. Puisqu’on a assez de cran pour démouler des fausses-couches dans les chiottes, on en a bien assez pour commencer une stim sans laisser-passer, pas vrai ?

Alors en avant Guingamp ! Espérons tout de même que le Caméléon aura un petit créneau lundi (ah non désolée Madame le délai pour un rendez-vous c’est 6 mois hein !) et qu’il n’aura pas le mauvais goût de se la ramener à base de « oh non mais Madame Pimpin je suis pas très très content que vous vous soyez auto-administré un traitement de stim hein, c’est pas joli-joli maintenant je vais faire du boudin et vous montrer l’écho des six semaines de Madame-Connasse-Lambda qui se trouvait dans la salle d’attente juste avant vous. »

2014 l’année de la force, qu’ils ont dit. BIM.

Le premier jour.

Premier jour de l’année, à minuit, on a trinqué, on s’est levés de table, on s’est embrassés, on s’est souhaité une bonne année, on a re-trinqué, on  a joué aux cotillons comme des enfants. A ce stade, toujours pas de trace du J1. Madame Pimpin faisait attention à sa consommation de champagne parce que Sam c’était elle, mais surtout parce qu’elle se disait qu’en fait… Elle avait peut-être testé trop tôt. A minuit, on passait à J31 – 18 dpo. A minuit trente, passage aux wc (probablement le six ou septième de la soirée) et bonjour le J1. J1 de 2014, J1 de C11 – tentative 3. Tu noteras le sens pratique de DNLP, un J1 qui tombe un premier, ça facilite les calculs. Tu noteras aussi son sens de la bitcherie au passage, mais ça on commence à s’y faire. Mais qu’à cela ne tienne, on était prévenu qu’il allait se pointer le J1. Alors pas de larmes, pas de drame. Madame Pimpin n’a pas fait la diva qui s’enferme pendant trois plombes pour chouiner aux chiottes. Elle ne s’est pas vengée sur le champagne et tard dans la nuit – ou tôt le matin, elle a ramené sobrement le carosse et le Prince au bercail.

Le programme à venir, c’est 1 dose de Ménopur dans deux jours quoi qu’il arrive. Et puis demain, tentative d’obtention d’un RDV Caméléonesque pour sa fameuse écho de J3 pour s’assurer qu’IAC#1 n’ait pas laissé de kyste. Et si le RDV n’est pas négociable, comme on a dit l’autre jour : fuck it. Madame Pimpin se stimera toute seule, en se monitorant toute seule. Et qu’on reparte sur une IAC ou une stim (sait on jamais) le délai d’abstinence de 4 jours avant l’insémination : fuck it. Le dernier spermo n’était pas si pire, on se contentera de deux jours et il y aura poney dans la foulée de l’ovitrelle. Madame Pimpin a la désagréable impression qu’elle peut avoir ovulé la veille de l’IAC (le médecin qui l’a pratiquée lui avait dit qu’elle était probablement en fin d’ovulation) et ne veut pas risquer de tout miser sur une seule journée. Mais ça c’est pour les jours à venir, revenons sur cet étrange réveillon.

Il y avait trois couples, dont les Souris qui hébergeaient la soirée, et deux couples sans enfants : Madame Arrêt Pilule (qui n’était pas encore enceinte, ouf) et Madame Sans Intérêt (AP et SI) (accompagnées de leurs conjoints, sur qui il n’y a rien à dire). Il y avait aussi Monsieur Tout Seul (TS, donc), et sa petite fille. Il y avait donc deux enfants dans la maison : bébé Souris, 9 mois, et Petite TS, deux ans.

Monsieur TS est Tout Seul parce que sa Madame Connasse s’est barrée. Elle l’a planté là, lui et la petite qu’elle n’a donc qu’un week end sur deux, pour mieux se faire sauter par un type de son boulot, que nous ne jugerons pas car nous ne le connaissons pas, mais par souci de cohérence nous pouvons l’appeler Monsieur Connard de toutes façons il ne reviendra pas dans l’histoire. C’était pour planter le décor de Petite TS.

Bébé Souris lui aussi était tout seul hier soir, parce que sa maman Madame Souris était malade au point de ne pas pouvoir se lever. Alors bien sur, les deux enfants n’étaient pas complètement tous seuls puisque les papas étaient là. Mais il leur manquait une maman. Madame Pimpin s’est spontanément intéressée à Bébé Souris. Il est craquant comme tout avec ses bonnes joues, elle n’a pas pu résister, à la moindre occasion elle s’occupait de lui. Il y a eu beaucoup d’occasions, rapport au mauvais sommeil et à plusieurs tentatives de couchage. Et tu sais quoi ? Bien loin de lui faire de la peine, Madame Pimpin a trouvé un apaisement incroyable au contact du bébé. Alors qu’habituellement elle se sent toujours observée, jugée, attendue au tournant quand elle s’occupe du bébé d’une autre – et même s’il s’agit d’une bonne amie, hier soir tout était naturel. Alors, elle se disait que forcément l’absence de J1 rendait les choses plus faciles. Quand on est dans ce moment de sursis où le miracle est encore possible (moui, même après un TG- on peut encore se figurer naïvement que le miracle est possible) on voit forcément la vie avec un regard plus… optimiste.

Pour Petite Toute Seule, c’était différent. Déjà, Madame Pimpin ne la connaissait pas. Et puis deux ans c’est un âge un peu sauvage, ça ne se laisse pas forcément approcher facilement. Et surtout, Petite Toute Seule est la fille d’une Connasse. Une Connasse qui a décrété vouloir un bébé avec un homme qui se trouvait être son conjoint. Une Connasse qui l’a eue facilement, sa petite. Une Connasse qui très probablement ne méritait pas sa chance. Dans le cerveau parfois trop manichéen de Madame Pimpin, ça fait un gros blocage. Bien sûr la Petite, et même son père, n’y sont pour rien. Mais ils représentent à eux deux l’insupportable gâchis de ce trésor que Madame Pimpin convoite avec tant de force : une famille unie. Alors elle n’avait pas tellement envie de leur tourner autour (ouais Madame Pimpin est une connasse, elle ne supporte pas les gens heureux, ni les gens malheureux. La messe est dite.)

Mais il va falloir qu’on lui explique à Madame Pimpin, comment on fait pour résister à une Petite Toute Seule de deux ans, quand elle escalade tes genoux en te réclamant un « momage » (apéricube), et qu’ensuite elle te défonce ta tranche de foie gras en se tortillant de plaisir. Qu’on lui explique comment refuser un câlin quand après une première tentative de coucher échouée, quand elle revient toute perdue de ne pas être chez elle et de ne pas trouver sa maman (partie se faire tirer par un Connard, je te l’avais dit), et que ses petits yeux gonflés de sommeil te font l’honneur d’être celle à qui ils veulent bien sourire. Nan mais tu peux pas. C’est mort. Tu fonds c’est obligé. Et ça pourtant, c’était après le J1 de minuit et quelques…

Alors, il est finalement arrivé ce jour de la réconciliation avec les tous petits enfants des autres-que-la-Soeur. Le besoin de sentir l’odeur des petits cheveux, le plaisir de sentir un petit corps se détendre et s’endormir, tout abandonné sur les genoux, le bonheur d’obtenir un éclat de rire, une toute petite main qui serre la tienne… *

Putain Bébé Pimpin, tu vas te magner et tu vas te ramener parce que là on n’en peut plus de t’attendre. T’es même pas là que tu nous manques déjà, et Madame Pimpin elle va vraiment finir par voler un caddie rempli de joufflus dans le Super U de Village Sur Mer en faisait ses courses un beau matin. Et quand elle sera en prison, ça va devenir tendu de se faire yacker le fondement. J’espère que tu as saisi l’urgence.  

Un peu de bûche, un peu de Dinde.

Une petite part de bûche.

Voilà pour la kitchissime bûche pomme-caramel faite par les petites mains (propres) de Madame Pimpin. Elle ne brille pas forcément par son élégance (Madame Pimpin s’est laissée, comment dire… emporter par l’exaltation de la première fois et c’est un elfe perfide du mauvais goût qui s’est emparé d’elle au moment de la décoration bûchesque – pour le nouvel an elle s’est juré de se ranger au minimalisme et à la sobriété) mais elle était succulente.

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Une tranche de dinde.

Et voilà, c’est J24. La tempête Dirk est passée (nan mais j’aimais franchement mieux Christian, c’est quoi ce nom, Dirk ?) et depuis Dirk, Pippi le rouge-gorge a perdu le chemin de la vieille maison alors on n’est pas dans la marde. D’autant que les manifestations du corps de Madame Pimpin n’apportent aucun éclairage cohérent, elle est bien la première à fustiger les septembrettes 2014 qui se cherchent des symptômes stupides avant le tg, ce n’est pas pour plonger dans le marasme de la chasse aux sypmtômes. Et puis des symptômes, quand on baigne dans la progestérone, ça ne veut rien dire. Alors on a des boobs normaux de dpo, un peu sensibles et un peu plus gros mais rien de particulier, on a un utérus mystérieux qui ne livre rien de ses secrets, qui travaille un peu mais pas anormalement. On ne peut pas considérer comme nausée significative le fait d’avoir un haut-le-coeur en croquant dans un biscuit périmé depuis janvier 2012-année-de-la-loose (merci papy) et on ne peut pas considérer une motivation de mollusque comme une fatigue particulière quand il fait tellement un temps de chiotte que même le Chat ne veut pas mettre le nez dehors.

La seule indication qui pourrait mettre Madame Pimpin sur la voie de la vérité, c’est (âme sensible, tu peux partir s’il te plaît ?) une petite aspérité sur le col de l’utérus (rho, ça va hein, c’est la Caméléon qui a dit de s’enquiller des boules de progestérone dans le frifri, moi je ne fais que tâter le terrain hein). Cette petite aspérité, Madame Pimpin ne l’a déjà sentie qu’à l’approche du J1. En même temps, en dehors des périodes d’approche de J1, elle ne se trifouille pas le frifri. Et puis pour Grossesse 1 elle était si loin de ces considérations farfelues qu’elle n’aurait jamais imaginé se tâter le col elle-même, et pour Grossesse 2 elle était si traumatisée qu’elle évitait soigneusement de s’attarder. Donc bref, cette petite aspérité pue du cul quand même. A part ça, le col est normal, pas spécialement ouvert, pas spécialement dur. (bon appétit bien sûr).

Tout ça pour dire que jusqu’à hier, la mongolisation se faisait plutôt discrète. Depuis cet après-midi, Dirk est parti, Noël est fini, faut bien s’occuper. Et en attendant, c’est vérifications intempestives aux wc, et dès que Madame Pimpin envisage le dénouement de l’IAC, c’est tachycardie et mains moites au menu. Preuve qu’on a beau avoir un sacré paquet de cycles de loose à son actif, on n’est jamais à l’abri de se comporter comme une dinde control-freak du psychotage.

Quelques petites truffes de Noël, un peu douces-amères.

– Réveillon prévu dans la belle famille. Le grand-père devait en être, finalement, annulation de dernière minute, le grand-père sera chez les cousins de Monsieur Pimpin. Alors sur la route, petite pause café de rigueur chez le papy avant d’aller réveillonner, pour la bise de Noël. Et c’est le papy himself qui a livré le mystère du changement de programme aux Pimpin : la tante de Monsieur Pimpin a tout simplement décrété que comme ELLE a des petits enfants (dont ce fameux enfant mystère né l’année dernière), ELLE était plus légitime à s’approprier la présence du papy. Madame Pimpin s’en fout, mais ça lui a fait très mal au coeur d’imaginer la peine de sa belle-mère, privée de papa rapport au fait qu’elle, contrairement à sa soeur, n’est pas grand-mère.

– Toujours le papy, encore innocemment, dans la conversation pendant le café : « j’espère bien que bientôt, je pourrai compter un septième et un huitième arrière-petit-enfant. » Poin poin poin. C’est mignon, rien de méchant, mais c’est terriblement frustrant (et là, la vilaine Lisbeth n’a pas pu s’empêcher de rétorquer intérieurement que si ce n’est toujours pas le cas pour Noël prochain, on ne s’embêtera pas à l’attendre pour le réveillon).

– Riri Fifi et Loulou réveillonnant dans leur coin de France, point de petits enfants dans les parages. Un pincement au coeur malgré tout à minuit, heure à laquelle le Père Noël est passé chez eux, heure à laquelle la soeur de Madame Pimpin lui a envoyé les traditionnels MMS des petits bouts déballant leurs cadeaux… C’est la vie et pour rien au monde Madame Pimpin n’aurait voulu louper ces photos si mignonnes. Mais c’est là que la profondeur du gouffre prend toute sa mesure…

Mis à part ces quelques truffes, Noël 2013 aura été bien moins amer que le précédent, même si depuis la situation s’est empirée. C’est à dire qu’avec l’expérience, on se blinde et on arrive mieux à séparer le grain de l’ivraie. C’est à dire que moins en en a, moins on en demande… C’est à dire que le réveillon du Nouvel An, dans six jours, sera probablement beaucoup plus dur à avaler avec sa sauce spotting de marde que je vois bien venir.

 

Arsène Pimpin.

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C’est pas qu’on s’ennuierait presque en attendant l’infirmière, c’est juste que Madame Pimpin avait promis qu’elle te parlerait de sa cleptomanie légère. Oui oui cleptomanie avec un petit « c » et non Kleptomanie avec un grand « K » parce que, comme elle te disait, il s’agit d’objets trouvés ou abandonnés, sans valeur ou presque. Et puis après tout marde, elle a bien le droit de voler des choses, après tout DNLP ne s’est jamais justifiée de lui avoir volé ses deux bébés.

Sur cette photo, tu trouveras donc par ordre d’apparition :

Une théière magique.

Quand Madame Pimpin a décidé de prendre le Chat dans une main et sa valise dans l’autre pour accepter la proposition d’emménagement de Monsieur Pimpin, il a fallu faire un peu de place et Monsieur Pimpin s’est débarrassé de tout un tas de choses inutiles, notamment le facebook de son ex, le numéro de téléphone de son copain alcoolique, ses déjeuners dominicaux chez môman des objets encombrants qu’il a fallu entreposer à la cave, comme le préconisait le règlement de l’immeuble, afin que le gardien s’en occupe lors du passage du camion benne. La vieille voisine de Monsieur Pimpin, cette semaine là, avait elle aussi décidé de faire un peu de tri dans son gourbi d’appart. Quand les Pimpin sont arrivés à la cave, la théière magique gisait sur un tas de bric à brac dégoûtant, elle était recouverte de poussière grasse et collante, on voyait à peine qu’elle était noire et magnifique. Madame Pimpin l’a récupérée, nettoyée à fond, et l’utilise désormais pour décorer une étagère la semaine, et pour infuser son thé « Jardins de Majorelle » le dimanche.

Cette nuit la liberté.

Un jour, l’un des rêves de Madame Pimpin s’est réalisé : la Grande Boîte l’a envoyée travailler à l’étranger dans un pays super excitant. Elle n’avait pas tant rêvé de ce pays comme d’autres pays qu’elle a visités. Elle ne savait rien de l’histoire de ce pays excitant, elle savait juste qu’il l’intriguait mais qu’elle préférait le découvrir avec ses yeux plutôt qu’avec les mots des autres. Malheureusement dans ce bas monde, les innocents sont bien en peine : on ne les laisse jamais rêver, toujours un imbécile bien pensant pour gâcher la surprise. Alors Madame Pimpin savait que ce pays excitant pourrait la choquer, voire même la changer définitivement. Et ça lui faisait un peu peur. Alors elle s’obstinait encore plus à garder le mystère opaque autour du pays excitant, au point de déroger à sa règle de voyage habituelle et de ne pas se ruer sur le lonely planet. Mais tu sais comme est le destin. Il a fallu qu’elle prenne un avion pour Grande Ville quelques semaines avant. Il a fallu que dans le vide poche du siège devant elle se trouve un livre, il a fallu que ce soit un livre qui raconte le pays excitant. Mais là encore, Madame Pimpin, encore plus obstinée que le destin, s’est refusée à plonger dans le livre. Elle l’a pris mais ne l’a pas ouvert avant d’être dans un autre gros avion, celui qui l’emmenait vers le pays excitant. Et c’est à 10000 putains de kilomètres d’altitude qu’elle a ouvert son coeur à l’Inde, alors qu’elle ne pourrait plus faire demi-tour quoi qu’elle apprenne à son sujet.

Une petite plume bleue.

Un jour sur une belle plage près de chez elle, Madame Pimpin se dorait la pilule avec Madame Zébulon sa BFF. C’était un de ces moments que l’on souhaite garder pour toujours dans un coin de sa tête, une jolie chose qui t’accompagne ensuite à travers ta vie, pour quand ça va moins bien. Un moment parfait, où le bruit des vagues recouvre juste assez les cris des mouettes et les rires des enfants pour que l’ensemble sonne comme une musique harmonieuse. Un jour de grand soleil, chaud, un jour de brise légère et douce, un jour d’océan délicieux. Alors qu’elles discutaient, Madame Zébulon laissait ses doigts égrener le sable au hasard, là où ils se posaient, entre ses deux pieds. C’est Madame Zébulon qui a trouvé cette boucle d’oreille, à cette époque elle était bleu turquoise. Ne la trouvant pas à son goût, ou bien ne voyant pas l’utilité de ne devenir propriétaire que d’une boucle d’oreille, Madame Zébulon l’a offerte à Madame Pimpin. Depuis Madame Pimpin la conserve cérémonieusement parmi ses plus beaux bijoux, la porte souvent, et en garde le souvenir éternel de cet après-midi d’été de juillet.

***

Une barrette Hello Kitty.

Dont le fermoir est cassé, et sur laquelle il manque une perle. Madame Pimpin l’a trouvée à la piscine, sur une chaise longue, cet été en Corse. Il y avait cette jolie petite fille brune à la peau de brugnon et aux yeux de velours, en vacances avec ses parents. Ils formaient cette belle famille dont les Pimpin rêvent tant. Il y avait aussi le petit frère, un gros bébé joufflu et tout bronzé. Le plus souvent, lorsque la famille heureuse débarquait à la piscine en tout début de soirée, les Pimpin s’y trouvaient déjà alternant lecture et baignade entre la plage et l’apéro. Le plus souvent, lorsque la famille heureuse débarquait, les Pimpin déguerpissaient. Non pas que les cris des enfants les dérangeaient, même si c’est probablement ce qu’ont pensé les parents. non, c’était juste que de les voir se baigner, s’éclabousser tous les quatre, rire, être heureux, vivre, projetait une ombre bien trop triste sur le vide qui les habite encore aujourd’hui. Alors les Pimpin partaient. Un soir, ils sont restés. Juste au bord de la piscine, sur leurs chaises longues, sans bruit et sans bouger, figurants de la scène. La famille heureuse a du avoir peur de déranger parce qu’elle n’est pas restée bien longtemps. C’est ce soir là que la jolie petite fille a abandonné sa barrette Hello Kitty sur la chaise longue d’à côté. Madame Pimpin l’a ramassée, puis a imaginé l’effort que lui coûterait le fait de rapporter la barrette à la jolie petite fille. Et elle a vu que la barrette était cassée. Alors elle l’a gardée. Pour le jour où ce souvenir ne lui fera plus mal, pour le jour où d’un regard indulgent vers le passé, elle se souviendra de la jeune femme un peu rigide qui se tenait immobile sur sa chaise longue pendant que les enfants jouaient avec leurs parents heureux.

Une fleur en cuir mauve.

Une toute petite fleur, ornée d’un brillant, du genre de celles qui ornent les languettes de Kickers. Madame Pimpin l’a trouvée sur la moquette du labo en septembre alors qu’avec Monsieur Pimpin ils attendaient les résultats du test de Hühner#2, test qui les propulserait à minima en stim, pour cause de mauvais résultat sans stim. Alors effectivement la petite fleur ne se trouve pas sur la photo et c’est très contrariant. Madame Pimpin n’arrive pas à remettre la main dessus. Elle se souvient de l’avoir sortie de son sac il n’y a pas longtemps, mais elle ne sait plus où elle l’a rangée.

Un porte-clé en forme d’ancre.

Il est en cuir rouge, et c’est celui que Madame Pimpin a trouvé il y a quelques jours dans les toilettes de la Chouette Clinique, quelques minutes avant que le Docteur Caméléon signe les ordonnances pour l’IAC.

*** Et voilà. Entre la plume et la barrette, l’infirmière est arrivée. Wham Bam Thank You M’am. En deux temps trois mouvement le mélange était fait et le liquide injecté. Ca a duré cinq minutes entre l’ouverture et la fermeture de la porte. Moins de temps qu’il n’en aurait fallu à Madame Pimpin pour sortir les aiguilles de la boîte à bonbons. La dame est discrète, ultra rapide, ultra gentille, elle passe dans le quartier tous les soirs à la même heure, et ça va être super dur de ne pas l’attendre sur le bord du chemin telle une âme en peine le jour où Madame Pimpin se décidera à gérer toute seule (hmmm probablement samedi prochain, rapport aux copains qui viennent prendre l’apéro à la maison, et à qui il n’est pas question d’expliquer le pourquoi du comment du parce que).

Bref, aujourd’hui, Madame Pimpin a commencé sa stim en vue de l’IAC.