[écho] [écho]

On ne peut pas dire que la semaine de Madame Pimpin se soit déroulée dans la sérénité à mesure que la date de l’écho approchait. Ce matin, comme pour aller à la guerre, elle s’est préparée minutieusement : jambes clean, sous-vêtements décents, retrait du vernis sur les ongles de pieds au cas où elle doive passer au bloc dans la foulée, puis elle a lorgné le flacon de bétadine et s’est dit que tout de même ce serait ridicule. D’autant qu’il fallait d’abord se farcir la matinée de cours. Ca te donne un bref aperçu de la sérénité avec laquelle Madame Pimpin vit tout ça.

Arrivée en cours, il a fallu assurer un minimum de concentration apparente et supporter la longueur des minutes. A 11h30 Madame Pimpin n’en pouvait plus, l’adrénaline l’assiégeant totalement (tu sais comme si tu étais sur une montagne russe alors que tu bouges même pas), avec les dents du fond qui baignaient pour couronner le tout. A 12h30 enfin le top départ, l’heure de dévaler l’escalier comme un seul homme et de rejoindre Monsieur Pimpin qui faisait déjà le pied de grue devant le bureau du Caméléon.

Petite demi-heure d’attente la boule au ventre. Puis le Caméléon vient chercher les Pimpin et dans le doute, les félicite à nouveau (c’est qu’il doit être contente ma parole). On passe rapidement à la salle d’écho. Madame Pimpin fixe l’un des boutons de la machine, elle ne veut pas regarder l’écran, trop peur. Elle voit que l’écran s’allume, du coin de l’oeil. Elle ne peut pas s’empêcher, elle jette un demi-regard. Et elle le voit son bébé, elle voit qu’il a grandi alors elle est un peu rassurée et regarde avec les deux yeux en guettant le coeur mais elle n’y connait rien alors elle ne sait pas.

Le Caméléon farfouille là dedans. Madame Pimpin regarde toujours l’écran en attendant l’interprétation. Il s’éclaircit la voix.

Alors on avait dit qu’il y en avait deux, hein.

Et à l’écran apparaît une deuxième forme.

OMG.

Hem c’est à dire qu’on avait dit qu’il y en avait un ?!

Eh bien il y en a deux.

Et ils vont bien ?

On va écouter ça.

Monsieur Pimpin, l’air incrédule, entre dans la petite salle d’écho avant que le Caméléon chamboulé ne pense à l’appeler.

Et ce n’est donc pas une seule fois mais deux fois que les Pimpin, presque quatre ans après avoir jeté la fucking dernière pilule, auront enfin eu la permission d’écouter ce bruit, cet écho de vie qui résonne aujourd’hui en double.

Bon le récit est peut-être un peu confus. Mais cette image… elle était bien réelle : il y a deux bébés et ils vont bien, ils font la taille réglementaire pour 7SA+6 (16 et 17 mm) et c’est juste un truc de fou.

Alors après ça je ne te raconte pas l’état dans lequel la mère Pimpin est retournée en cours (oui parce qu’elle est retournée en cours en mode Iron Man tout de même, juste après ça) et comme il lui était difficile de dissimuler son sourire.

Le Caméléon quant à lui était tout soufflé, et n’a probablement que rarement vu dans sa carrière un couple réagir aussi sereinement à l’annonce d’une grossesse gémellaire suite à une annonce de grossesse simple deux semaines plus tôt, faut dire que depuis le temps, ils ont pu se la poser la question des jumeaux, les Pimpin.

Alors voilà. aujourd’hui, c’est la joie. Il y a plus de risques et on est toujours pas rendus au bout du chemin, il va falloir continuer à serrer les dents en croisant les doigts pour que ça passe, c’est sûr. Mais aujourd’hui, c’est une sacrément bonne nouvelle, et c’est une sacrément belle journée pour les Pimpin, quoi que puissent réserver les prochaines.

Aujourd’hui, c’est bien.

Puis il y en a une qui va pouvoir ouvrir son cabinet de voyante parce que sur ce coup là elle a fait fort (n’est-ce pas Marie-Eve ?)

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Freaky Friday.

Aujourd’hui 19dpo et hier donc, 18. Tu peux me croire hier, la journée ne partait pas pour être merveilleuse.

Il y avait déjà ce putain de SPM qui tiraillait le ventre de Madame Pimpin, et des sensations de coulées d’utro qui la précipitaient régulièrement aux WC de la Grande Boîte pour faire des points réguliers sur la situation.

Il y a eu une présentation importante le matin, pendant laquelle Madame Pimpin n’avait pas du tout la tête à ce qu’elle racontait au point à un moment donné de ne plus suivre le fil de ses propres propos (ça va que c’était vendredi, les Gougniafiers étaient fatigués et n’ont pas semblé remarquer le blanc qui a suivi, le temps qu’elle reprenne ses esprits).

Au déjeuner, ambiance de marde rapport à Madame Poulette (cf N. dans l’article « ironie« ) plombe l’ambiance et ne décoince pas un mot rapport à ses perpétuels bads injustifiés (foirage d’IAC1 ? Nan mais attends c’est rien par rapport au fait qu’elle, la pauvre, son mec ne s’est pas mis à pleurer de compassion quand elle lui a annoncé que la Grande Boîte allait étendre le périmètre de son service, alors ta gueule). Elle n’est pas au courant pour IAC2, mais qu’elle le sache ne changerait rien, il n’y a qu’elle qui compte. Heureusement il y a aussi un autre chouette collègue avec qui Madame Pimpin peut échanger deux ou trois calembours le long du repas (c’est chouette les garçons, c’est jamais ouin-ouin), utilisons comme toujours l’humour pour exorciser l’angoisse. Madame Poulette ne sourit même pas mais je peux te dire un truc, Madame Pimpin s’en tamponne le coquillard de ses états d’âme.

En sortant de la cantine, elle tombe sur LE Jean-Claude Convenant de la Grande Boîte. Quand il lui demande si elle se plait à Village Sur Mer, elle sent venir l’embrouille. Ça ne rate pas : « Bah et alors Madame Pimpin t’attends quoi pour te reproduire ?« . Le Chouette Collègue baisse la tête, Madame Poulette SOURIT presque. (connasse va). Madame Pimpin le revoie dans ses buts en lui demandant « et toi t’arrêtes quand, parce que vu ton âge………. » (il a cinquante piges et vient d’avoir un bébé avec une seconde épouse, tandis qu’il a largué il y a peu la première épouse et les deux gosses qui allaient avec), mais la réflexion de marde l’atteint comme une flèche en ce jour de pré-J1, et le comportement de Madame Poulette la laisse également plutôt perplexe.

Retour au bureau, nouvelle réunion téléphonique, ça se passe très mal. Madame Pimpin est obligée de passer un savon à un Gougniafier et une Gougniafière et elle déteste ça, passer des savons. Pendant la conversation elle sent son J1, autant te dire que pour le coup… le savon glisse tout seul entre ses mains.

16h39 un dernier pipi au bureau. Pas de J1. Décision prise de tester asap en arrivant à la maison, au risque de ne pas croire au négatif (oui mais c’est pas le pipi du matin alors peut-être il dit négatif mais il faudra refaire demain) (on en est toutes capables, de celle-là).

17h00 sortie du bureau, qu’est ce qu’ils ont tous à me retarder et vouloir absolument me souhaiter un bon week end, mais cassez vous là, bordel.

17h34 arrivée à la maison. Monsieur Pimpin n’est pas là.

17h36 le gobelet, le tg et Madame Pimpin sont dans les WC. Le TG tombe dans le pot, qu’est ce qu’il reste ?

UN FUCKING SABLIER QUI CLIGNOTE.

Ca n’en finit pas.

Bordel il clignote mais il affiche enceinte ? Chuis enceinte ? (crise cardiaque #1)

Ah non (crise cardiaque #2) chuis pas enceinte, c’est parce qu’il doit commencer par afficher le mot commun quel que soit le résultat (pas enceinte / enceinte 1-2 / enceinte 2-3 / enceinte 3+) (c’est la première fois que Madame Pimpin offre un TG décent à son pipi, elle n’est pas habituée).

Oh putain. Ca y est il s’est calmé. Enceinte 2-3 (crise cardiaque #3). C’est positif et c’est en ligne avec la datation alors que c’est un pipi du soir. Ouf.

Yeux humides, de joie. Vraiment, les premières minutes, seulement de la joie. Après deux fausses couches Madame Pimpin ne pensait jamais pouvoir ressentir seulement de la joie en faisant virer un TG.

Coup de fil à Monsieur Pimpin, pour savoir l’heure à laquelle il envisage de rentrer. 18h30, ça va. Madame Pimpin se force à parler d’une voix neutre. Elle a décidé qu’elle annoncerait la nouvelle dignement à son mari, dignement et joliment. Parce que même pour G1, c’était déjà la panique. Ils avaient regardé le test virer ensemble, contemplant à deux les gouttelettes de pipi les yeux dans le vague pendant de longues secondes. Puis Monsieur Pimpin, content de voir le test virer, avait regardé sa femme paniquée avec un grand sourire. Et je te dis pas comme il s’était fait engueuler en mode ouais ben ne nous réjouissons pas trop vite (visionnaire la mère Pimpin ? en tous cas sur le coup, aigrie par la peur, oui). Et pour G2, si tu ne t’en souviens pas je te laisse regarder les articles de fin février 2013, moi je n’y retourne pas.

Pendant la demi-heure précédent l’arrivée de son époux, Madame Pimpin a joué le même morceau sur son piano en boucle, ce morceau qu’elle aime tant. Elle ne pouvait s’occuper à rien d’autre. Seule cette activité mécanique et automatique lui permettait de rester en contrôle. Et à mesure qu’elle jouait, des frissons lui parcouraient les bras puis le dos. Elle a respiré très très fort et s’est dit qu’il fallait avoir confiance, que perdre confiance ne changerait en aucun cas les choses en bien. Que c’est une jolie nouvelle, et même si ce n’est pas la première fois, c’est tout de même une fois unique, à chaque fois, et quoi qu’il arrive. Elle s’est rappelé les fois où n’étant pas enceinte, elle regardait les photos d’elle prises au cours des si rares instants heureux où elle portait la vie. Elle s’est souvenue de l’envie ressentie en regardant ces photos. Et elle s’est dit qu’aujourd’hui, même si peut-être pas demain, elle pouvait être à la fois celle qui vit et à la fois celle qui regarde. Qu’il fallait savourer et faire, de chaque minute passée dans cette grossesse et qu’importe le temps qu’elle durera, une minute de conscience et de contentement. Pour celle qu’elle sera plus tard, pour celle qu’elle a été avant, parce qu’on n’a pas le droit de gâcher ça.

Alors quand Monsieur Pimpin est entré, elle a laissé la mélodie en suspens et s’est levée du tabouret de son piano. Le TG caché derrière son dos, elle a embrassé son mari et lui a dit qu’elle jouait pour son bébé parce qu’il allait être papa. Et elle lui a tendu le TG. Il ne s’y attendant pas parce qu’elle avait tu ses interrogations des derniers jours, parce qu’il pensait que la dead line ne serait que deux jours plus tard. Alors pour la première fois dans sa vie, il a eu cette jolie surprise, entendu ces jolis mots, ceux que prononcent les autres, les gens normaux. Et il a serré très fort sa femme dans ses bras.

Ils le savent bien les Pimpin que tout est incertain. Que dans ces mots il y a presque de la provocation envers DNLP. Qui d’autre, mieux qu’eux, peut savoir à quel point le fait qu’un TG vire ne garantit pas que le Monsieur sera papa… Mais rien ne peut le garantir… Alors il faut juste vivre au jour le jour et tirer de chaque moment ce qu’on peut y trouver de meilleur.

C’est aussi pour ça que Madame Pimpin a décidé de ne pas faire de prise de sang, enfin plutôt de ne pas se faire délivrer les résultats de la prise de sang faite tout à l’heure. Le résultat ira directement chez le Caméléon. En parallèle Madame Pimpin prendra rendez-vous avec lui pour d’ici deux ou trois semaines, pas avant qu’on soit supposé voir quelque chose à l’écho. Si d’ici là quelque chose va vraiment mal (saignements ou douleurs), ce n’est pas une pds qui sauvera la situation et il sera assez tôt d’aller aux urgences. Si le taux est inquiétant, le Caméléon l’appellera. Si d’ici là Madame Pimpin se met à baliser, elle prendra RDV avec le Maître Reiki. Si d’ici là tout se passe bien, eh bien, tant mieux, hein.

Alors voilà. Le follicule en patate, pour le moment, a fait le job. Étrangement, Madame Pimpin se sent très calme. Lucide et calme. Et c’est sûrement bien meilleur pour elle que d’aller se stresser la vie en faisait des courbes de BHCG comme l’année dernière. Seul l’avenir nous dira si la Patate est vraiment là et si elle décide de pousser, mais une chose est bien sûre : que quelqu’un s’approche prématurément de moi avec une seringue de MTX, et je le tue à mains nues, et avec mes dents, et je n’en laisserai rien.

Reiki #4.

Jeudi c’était Reiki. Je te le dis tout de suite, il s’est passé un truc étrange pendant cette séance de Reiki.

  • La papote préalable.

Madame Pimpin ressitue l’avancement des choses et commence par un lapsus : on a fait une IAC le 13, IAC qui a fonctionné… Euh pardon, je veux dire l’acte médical a bien fonctionné on a pas eu encore le résultat. Bon ça a bien fonctionné mais c’était très douloureux blablabla… Sors tes rames Madame Pimpin…

Madame Pimpin raconte le rêve où elle délaissait son bébé pour mieux profiter du concert auquel el assistait. Le Maître Reiki lui demande son interprétation. Madame Pimpin y voit :

–          La peur d’être une mauvaise mère, cultivée par cette attente qui dure si longtemps et laisse le champ libre à bien des interrogations. Le Maître Reiki lui répond qu’il n’y a pas de mères parfaites, qu’il ne faut pas cristalliser sur cette notion de perfection. Que les enfants rois à qui l’on cède tout ne font pas de meilleures personnes, qu’il ne faut pas tout faire pour son enfant. Juste faire ce que l’on peut.

–          L’infertilité comme une punition, une sorte de purgatoire dans lequel l’Ordre des Choses la laisse végéter le temps que son vilain état d’esprit évolue assez pour mériter de devenir maman. Le Maître Reiki oriente un peu la conversation sur le pourquoi du mauvais état d’esprit. Madame Pimpin ne le dit pas mais elle repense au sentiment de culpabilité ressenti dernièrement à propos de l’avortement quand elle s’est sentie obligée de justifier des raisons pour lesquelles oui, elle aurait avorté si il lui était arrivé d’être enceinte à un moment où elle considérait qu’avoir un enfant n’était pas possible (putain mais j’imagine même pas le mal que ces inquisitions peuvent faire à celles qui ont vraiment du se retrouver dans ce cas. Et ça me refout en rogne. M’enfin on va pas relancer le débat ça suffit comme ça). Ensuite elle lui parle de celle qu’elle était au début des essais. Son refus de l’allaitement. Ses critiques concernant le congé parental. Ce sont les deux points sur lesquels elle a le plus changé, mais il y a des tas de petites choses dans le fond qui font que cette attente l’a transformée.

–          Le Maître Reiki lui demande ce qu’elle pense de cette attente. Naturellement et sincèrement, Madame Pimpin lui répond que cette attente l’aura probablement rendue meilleure. Par prudence au cas où DNLP l’écoute, elle rajoute que ça ne vaut que pour le cas où ça finirait par fonctionner bientôt, et pas dans des années, sans quoi elle finirait par s’aigrir. Mais oui, il faut bien admettre qu’elle en est convaincue. Jusqu’ici le temps n’a pas été son ennemi. Et encore moins l’ennemi du bébé qui viendra peut-être un jour.

  • Le pendule.

Le pendule est plutôt sage. Madame Pimpin s’ennuie un peu pendant que le pendule oscille au dessus de la représentation du corps humain. A un moment Madame Pimpin se concentre sur le pendule en lui demandant de tourner si elle est enceinte. Une fois ça marche. Deux fois ça marche. Troisième fois, il désobéit. Mouerf. Connard de pendule.

A la fin du pendule, le Maître Reiki demande à Madame Pimpin si elle se sent plus les pieds sur terre en ce moment. Elle prend un peu de temps et répond que dans un certain sens oui, surtout dans sa façon de vivre l’attente cette fois-ci. Moins de questions existentielles. Plus de confiance dans la technique et dans son corps. Plus de confiance en elle concernant sa réaction en cas d’échec. Une attente moins investie qui du coup passe plus vite. Dans les autres domaines aussi, l’impression de s’être débarrassée d’une partie des questions existentielles qui lui polluaient l’esprit. L’impression d’être là à sa place, faisant ce qu’elle peut, et s’en satisfaisant. Dans le boulot comme dans les relations aux autres. Il hoche la tête et lui dit qu’effectivement il la sent « plus connectée ».

  • La manip.

Encore cette fois, l’heure de manipulation passe à la vitesse de la lumière, un quart d’heure en temps ressenti. Aucune senstation physique cette fois. Pas de chaleur dans les yeux ni de tiraillement dans l’utérus.  Ses pensées se baladent, tantôt du côté de son utérus, qu’elle essaie d’encourager au cas où quelque chose soit en train de s’y passer. Elle pense à l’haptonomie qu’elle aimerait vraiment pouvoir pratiquer un jour. Puis elle se balade dans un décor magnifique, au beau milieu des créations de Yosuke Oono (http://www.loftwork.com/portfolios/oonoyusuke) découvertes grâce à Little Miss Shrimp. Le maître Reiki passe les mains sous sa tête.

Elle sent qu’elle plonge plus profondément dans cet espère de coma bizarre. Un étrange image lui apparaît d’abord. Elle commence par la chasser, surprise, car elle ne l’a pas convoquée, l’image s’est imposée, sortant de nulle part. Puis elle saisit une notion d’ouverture, et retient l’image un moment pour mieux la voir. (ouais je sais, on nage en plein délire mais je te jure que c’est vrai et pourtant je suis plutôt sceptique).

L’image représente une sorte de pictogramme lumineux et animé. C’est une sorte de portail noir, plongé dans le noir, qui ne se distingue que par ses contours derrière lesquels on distingue une lumière jaune. Très nettement, d’un mouvement lent mais bien franc, le portail s’ouvre vers le bas, laissant progressivement passer la lumière. Truc de ouf nan ?

  • Le débrief.

Le Maître Reiki demande ce que Madame Pimpin a ressenti. Elle lui parle du portail avec hésitation, l’impression d’être zinzin. Forcément il lui demande de l’interpréter. Forcément, comme une évidence et c’est parce qu’elle le souhaiterait de toutes ses forces, Madame Pimpin lui répond qu’elle y voit le signe que quelque chose s’est ouvert, débloqué en elle. Que peut-être les tiroirs sont à présent rangés. En disant ça, elle baisse les yeux. Peur de paraître comme la fille présomptueuse qui prend ses désirs pour des réalités. Le Maître Reiki lui répond pourtant que son interprétation va dans ce sens également. Madame Pimpin a presque les larmes aux yeux.

On recale une date au 27 février. Le Maître Reiki rappelle à Madame Pimpin que si l’IAC fonctionne, il en faudra quelques unes pour la suite (mouiiii à 50 boules la séance on va pas se quitter comm ça hein ce serait balot). Le problème qu’il semble craindre, ce n’est pas l’infertilité des Pimpin. C’est le risque d’une nouvelle fausse-couche. Gloups. Madame Pimpin elle le sait bien, que quand bien même un jour ce serait gagné, ce ne serait qu’une bataille et pas la guerre. Et quoi qu’il en soit, si ses tiroirs sont maintenant rangés, l’angoisse serait tellement présente malgré tout qu’un peu de coma bizarre ne serait pas malvenu. Note l’emploi du conditionnel au cas où DNLP nous écoute.

Les jolies filles se font toujours attendre (2).

Le début c’est par là.

Commence alors le temps des souvenirs pour Madame Pimpin. Les plus beaux sont ceux ramassés entre la Loire et L’Erdre, le temps des vacances chez ses grands-parents. Ils prennent toute la place de l’enfance comme si le reste n’existait pas.

Il y a d’abord l’odeur de la cuisine de la grand-mère, et la joie de toute la famille à s’asseoir autour de sa table pour s’en délecter. L’odeur de la cuisine du sud, l’ail et l’huile d’olive, les poivrons doux qu’elle seule sait cuisiner décemment. L’huile d’olive, elle t’en mettrait partout même dans le quatre quarts et la pâte à crêpes si tu la laissais faire. C’est elle qui a donné à Madame Pimpin l’envie de savoir faire à manger.

Il y a aussi l’odeur de cigarette, mêlée au café ou au pastis, l’odeur grisante des adultes. Le parfum des tantes, et leurs voix qui résonnent jusqu’à devenir un bourdonnement lorsqu’elles s’entremêlent et que l’on s’endort juste à côté.

Il y a le bruissement doux et frais des feuilles de peupliers. La stridente sonnerie du passage à niveau en haut de la rue. Les rires des cousins, les promenades en tramway, sans but précis.

Il y a des feux d’artifice, des siestes sous les noisetiers.

Il y a les histoires. La grand-mère s’assoit au bord du lit, fait tourner la mappemonde. Elle sent si bon, l’odeur de laque de son chignon. Quand la planète en boule s’arrête de tourner, là où le doigt sera posé, Madame Pimpin s’envolera au son de la voix qui inventera une histoire d’esquimau, de kangourou ou de petit prince du désert. Il y a les histoires qu’elle écrit, les histoires du désert. C’est elle qui a transmis à Madame Pimpin le goût de tenir une plume et de faire chanter les mots.

Il y a les livres. Des tas de livres. Des livres de la littérature, des romans oubliés, la bibliothèque rose, délectables souvenirs des malheurs de Sophie, bêtises imitées. Découvertes dans l’odeur de poussière du grenier. Les premiers élans d’amour pour la finesse de la langue française. Les premiers émois en lisant Léa et sa bicyclette bleue. La découverte de la guerre et ses secrets. Puis Zola, puis de Beauvoir et Colette. Boulimie de pages emportées sous le noisetier.

Il y a le bureau du grand-père. L’odeur de l’industrie et l’apprentissage de son amour, c’est l’odeur de la poussière sur le calque des plans industriels. Dessin technique, volts, ampères, kilojoules. C’est à travers la fierté dans le regard de son grand-père, ingénieur autodidacte, que Madame Pimpin cherche encore aujourd’hui à toujours apprendre, toujours s’élever, s’éduquer, comprendre. C’est un peu pour lui qu’elle a appris à aimer l’industrie.

Il y a les longues heures passées à écouter les histoires de voyage, les histoires du très beau pays, et celles du pays des sables et des hommes bleus. Les histoires de Village Sur Mer à l’époque, aussi. Et puis il y a leurs histoires de voyages d’agrément, la soif de voir Ailleurs. Et les voyages d’affaire du grand-père, leur mystère, New York en Concorde, Manchester, Virginia sur le grand sweat-shirt bleu canard déballé de la valise.

Et toutes ces petites choses, les bains moussants, les orgies de gaufres, les grandes robes du grenier avec leurs fanfreluches, quand on se déguisait l’hiver et qu’on sautait sur les lits. La messe, les premiers verres de vin, les mains fraîches sur le visage et les chasses aux trésors. La maison entre la Loire et L’Erdre a été vendue et n’existe plus depuis quelques années maintenant. Mais les trésors qu’elle abrite, eux, existeront toujours dans cet amour inconditionnel et ces souvenirs palpables.

Malgré leurs petits travers propres à leur histoire, les grands-parents de Madame Pimpin, bien qu’ils ne l’aient pas élevée, l’ont en grande partie construite. Ils sont sa culture, son histoire, ses rêves, ses ailes et ses racines. Ils ont bâti ses valeurs, son courage, sa force et son ambition. Ils savent tout entendre et savent tout d’elle, même le moche. Ils ont en eux une immense bienveillance et portent le respect des confidences. Ils sont la raison pour laquelle elle se bat, parce qu’elle veut plus que tout au monde leur ressembler avec une ribambelle de tous petits de ses petits. Ils lui ont appris à reconnaître son mari, celui qu’elle a choisi en mesurant dans ses yeux la bonté et la douceur du grand-père qu’il serait un jour, celui de ses petits-enfants.

Et parce qu’ils sont tout ça, les grands-parents de Madame Pimpin sont les seules personnes de sa famille au courant de l’existence de ce blog qu’ils ne lisent pas, au courant des liens que tisse leur petite-fille avec toi et toi et toi et du réconfort que tu lui apportes. Ils ne trouvent pas ça bizarre. Seuls eux savaient que cet après-midi de novembre, si elle rentrait en retard, c’était parce qu’en compagnie de l’une d’entre toi et toi et toi, elle n’avait pas vu le temps filer.

Lorsqu’elle les a prévenus de son retard cet après-midi là, leur réponse était si semblable à eux-mêmes qu’elle a fait briller quelques étoiles de tendresse dans les yeux de Madame Pimpin. Du bout des doigts, sur l’écran d’un i-phone, ils lui ont répondu. A leur image. Étonnamment moderne, avec des mots si beaux qu’ils pourraient être le titre d’une jolie chanson ou même d’un livre.

Ne t’inquiète pas nous t’attendons. Les jolies filles se font toujours attendre.

Les jolies filles se font toujours attendre (1).

Madame Pimpin est très attachée à ses grands-parents maternels. Attachée à eux en tant qu’individus, attachée à eux en tant que pilier de la famille, attachée à eux pour leur histoire.

Ses grands-parents sont nés à Village Sur Mer et y sont très attachés (les scènes de ripaille fermière dans l’histoire de Laxmi sont directement issues de leurs souvenirs). Mais ce n’est pas à Village Sur Mer qu’ils ont grandi. Juste après la guerre, alors qu’ils étaient encore des enfants, bien avant de se connaître, leurs deux familles ont quitté la France Métropole pour un très beau pays, un pays qui à cette époque était administrativement lié à la France. Un pays de murailles rouges, de sable chaud et de vent tiède. Un pays où la brise porte l’odeur rosée de l’écorce des oranges, l’odeur du jasmin et du thé à la menthe. C’est là qu’ils ont grandi tandis qu’en métropole le souvenir de la guerre salissait tout, ils étaient très loin d’être à plaindre.

Ils sont devenus adolescents. Ils ne se connaissaient toujours pas, jusqu’à ce que la chorale de la timide jeune fille donne une représentation à laquelle assistait le beau jeune homme. Il est tombé amoureux d’elle immédiatement et a tout fait pour la revoir, au point d’intégrer la chorale (et d’en ruiner le potentiel artistique). Ils se sont épuisés quelques années durant, à chercher des ruses pour passer du temps ensemble, fausser la surveillance des parents. Il y avait toujours le chaperon ou les commères de voisines. Alors pour faire simple et parce que la chorale, ça va bien cinq minutes, il l’a demandée en mariage et a pu l’avoir pour lui tout seul.

Les choses se sont gâtées entre la métropole et le très beau pays. Ils l’aimaient eux, ce pays qui était devenu le leur, et ils ont eu beaucoup de mal à comprendre quand on les en a chassés. En fait ils n’ont jamais compris. Il a fallu alors tout quitter et tout abandonner pour rentrer en France. Blessure dans leur chair, la rancœur et l’amertume resteront à jamais présentes à l’évocation de ces évènements. Nausée sur le gros bateau gris qui les rapatrie, odeur d’échappements, écœurant roulis de l’océan. Dans une petite ville nichée entre la Loire et l’Erdre, il a fallu tout reconstruire. Au marché, la jeune fille ne comprenait pas qu’il était mal vu de marchander avec les commerçants. Mais ils s’aimaient tellement qu’ils étaient très loin d’être à plaindre.

Les semaines passant, la nausée du gros bateau ne s’en allait pas et la jeune femme était souvent bien fatiguée. Madame vous allez avoir un bébé, dans un peu moins de sept mois. Joie et peur entremêlées. A cette époque là, on ne parlait pas tellement de ces choses là avec une maman bigote. La joie n’a pas duré longtemps. Elle a eu mal, si mal, et si peur, si seule. Cinquante trois ans plus tard, elle sera la seule personne à pouvoir consoler sa petite-fille et lui expliquer que même quand on perd un petit à trois mois de grossesse on peut toujours connaître ensuite la joie immense de contempler sa formidable famille et ses sept petits-enfants. Ces mots-là, elle ne les avait dits à personne. Ce jour-là, la poisse a sauté une génération mais l’émotion était vive et intense et au-delà d’une confidence partagée, c’est une bouée de sauvetage qu’elle a lancé parce que c’est à cette vision que s’accroche, encore aujourd’hui, Madame Pimpin quand la tempête fait rage.

La cigogne n’a pas mis bien longtemps à revenir. Trois fois en cinq ans. Au milieu, la Maman de Madame Pimpin. Les premières années sont difficiles, le jeune papa est souvent absent. Il enchaîne de longues périodes en Afrique, du côté des déserts de sable, des chacals et des hommes bleus. Il accompagne l’industrie. Quarante-trois ans plus tard, quand sa petite-fille partira au loin et à l’inconnue pour accompagner l’industrie dans un non moins étrange pays, elle pensera beaucoup à lui. Quarante-trois ans plus tard, quand son mari partira de longs mois à l’aventure, sa petite-fille cherchera l’inspiration et le courage de la jeune maman pour supporter l’attente dignement et sans se plaindre.

Les choses s’éternisent au pays du sable. Quand la petite famille débarque pour les vacances scolaires, on célèbre les trois ans de la Maman de Madame Pimpin dans l’avion. Les valises sont faites pour deux mois, ce sera finalement pour rester trois ans. Maudit télégramme jamais arrivé. Trois ans plus tard, l’école locale devient juste pour les enfants qui grandissent. Le petit frère souffre de rachitisme, il est temps de rentrer. De retour entre la Loire et l’Erdre, la vie est bien douce et s’écoule paisiblement. Les enfants passent le bac et se marient. Trente-trois ans après, Madame Pimpin se mariera avec Monsieur Pimpin. Le modèle de son amour, son idéal pour son mariage, seront cette grand-mère et ce grand-père. La Maman de Madame Pimpin met sa première fille au monde puis la deuxième dans la foulée. Avec le Papa de Madame Pimpin, plus par hasard qu’autre chose puisque cette ville leur est totalement inconnue, la petite famille de quatre prend son envol et se pose… A Village Sur Mer.

Check List pour une IAC à Village Sur Mer.*

*«à Village Sur Mer» : c’est-à-dire, quand la grande maison de la PMA ne vous ouvre pas ses portes parce que vous ne faites pas de FIV mais des IAC, et que le suivi médical est donc réalisé par le Gynéco de ville ou d’ailleurs, la PMA ne prêtant que son labo et les conseils de son biologiste. 

J-7 : Le J1 n’est pas encore dans la place, mais soyons réalistes et arrêtons de rêver cinq minutes, il va débarquer d’ici une semaine. Il est temps de : 

–          Zieuter l’agenda afin de s’assurer qu’il n’y ait pas de déplacements au moment supposé du J1, et commencer à émettre des suppositions quand à la date présumée de J3 pour l’écho de contrôle post-IAC#N-1.
–          Vérifier les stocks de médicaments et de consommables (médicaments, aiguilles et seringues, vaniuches). Le stock de médicaments déterminera l’importance du RDV de J3. En cas de stock liquidé, se débrouiller pour obtenir une ordonnance avant J3, rapport au délai de commande de la pharmacie.
–          Vérifier la validité des pièces administratives constituant le dossier soumis au laboratoire PMA qui prépare les recueils : date du dernier spermogramme, date des sérologies, date du dernier bilan hormonal à J3, validité du 100% (m’enfin à J-7 c’est trop tard).

J1 : Bah voilà hein on s’en doutait un peu. Si c’est un samedi, ou pire un dimanche avec J3 lundi, on est dans la marde si le point de J-7 n’a pas été fait correctement. 

–          Chialer un bon coup.
–          Essayer d’obtenir un RDV le jour même si le stock de médicaments est à zéro.
–          Essayer d’obtenir un RDV à J3 si tout est RAS.
–          Se dépatouiller avec la pharmacie.
–          Voir avec l’infirmière si besoin (surtout en cas de pénurie d’aiguilles).

J3 : normalement, le stock de médicaments est OK, partons sur l’hypothèse d’une secrétaire de gynéco conciliante. 

–          RDV de contrôle post-IAC.
–          Première injection.

J4 :
–          rappeler la secrétaire pour caler les rendez-vous de suivi de stimulation ovarienne.
–          Injection.

J5 :
–          Injection

J6 :
–          Injection

J7 : début du suivi de stimulation ovarienne.
–          Température.
–          Prise de sang au labo de Village Sur Mer de bon matin.
–          Penser à imprimer les résultats et vérifier qu’ils aient été faxés à la Chouette Clinique.
–          Faire la courbe.
–          RDV gynéco.
–          En fonction de l’écho, commencer à tenter de deviner la date de l’IAC pour s’assurer des disponibilités de tout le monde (labo, gynéco, et accessoirement son conjoint et soi-même).
–          Ne pas oublier l’injection.

J8 :
–          Température.
–          Injection

J9 : deuxième RDV de suivi de stimulation ovarienne.
–          Température.
–          Prise de sang au labo de Village Sur Mer de bon matin.
–          Penser à imprimer les résultats et vérifier qu’ils aient été faxés à la Chouette Clinique.
–          Faire la courbe.
–          RDV gynéco.
–          En fonction de l’écho, commencer à tenter de deviner la date de l’IAC pour s’assurer des disponibilités de tout le monde (labo, gynéco, et accessoirement son conjoint et soi-même).
–          Ne pas oublier l’injection.

J10 : 
–          Température.
–          Injection

J11 : troisième RDV de suivi de stimulation ovarienne. 
–          Température.
–          Prise de sang au labo de Village Sur Mer de bon matin.
–          Penser à imprimer les résultats et vérifier qu’ils aient été faxés à la Chouette Clinique.
–          Faire la courbe.
–          RDV gynéco.
–          Très probablement, calage de la date de l’IAC pour J13.
–          Ne pas oublier l’injection habituelle OU la piqûre de déclenchement.

J12 :
–          Température.
–          Prise de RDV avec le labo de la Clinique PMA pour le recueil, prise de RDV avec la secrétaire du Gynéco au cabinet de la Chouette Clinique pour l’IAC.
–          Vérification des papiers du conjoint et de ses propres papiers (carte d’identité, carte vitale, 100%, copie des examens au cas où).
–          Préparer un en-cas pour le lendemain midi.
–          Poney.

J13 : jour de l’IAC.
–          Température.
–          Départ du conjoint pour le recueil à la Clinique PMA.
–          Prise de sang au labo de Village Sur Mer de bon matin.
–          Eventuellement, aller au boulot.
–          Prise de nouvelles auprès du conjt (en évitant de faire sonner son téléphone au moment où il fait sa petite affaire…)
–          Penser à imprimer les résultats de prise de sang et vérifier qu’ils aient été faxés à la Chouette Clinique.
–          Départ pour récupération du recueil à la Clinique PMA.
–          Convoyage du recueil, des ovaires et de l’utérus concernés vers la Chouette Clinique.
–          Massacre cervical et IAC.
–          Penser à récupérer l’ordonnance pour l’utrogestan (à Village sur Mer, la pds pour recherche des BHCG, on s’assoit dessus pour les IAC).
–          Retour à la maison pour grignotage de l’encas et repos d’une heure (si possible…).
–          Retourner au boulot.
–          Pharmacie (utrogestan)
–          Poney si possible (à la maison, hein).

J14 :
–          Poney.
–          Utrogestan.

J15 à J21 :
–          essayer de ne pas penser.
–          Bordel, J21, c’est aussi J-7… il faut recommencer.

La Chouette Clinique.

La première fois que Madame Pimpin y a mis les pieds, c’était l’année de ses dix-huit ans, par la grande porte du grand hall clair et luxueux. Elle venait d’emménager dans son appartement de jeune fille (celui que le Chat a pris un goût unique à vandaliser) mais n’avait pas encore le permis. Alors toute vexée, pour se rendre à son opération des dents de sagesse, elle avait demandé à sa môman de l’emmener et venir la chercher. Entre les deux la môman était venue lui rendre visite, mais Madame Pimpin, shootée par l’AG, ne s’en souvenait même pas le matin. En voyant la propreté et la beauté de la Chouette Clinique, Madame Pimpin s’était dit que la môman avait eu une curieuse idée d’aller pondre le frère au CHU d’ex-URSS (celui de l’opération de l’œil où l’on mélange les ponctions de FIV et les cataractes par box de 6), et qu’à choisir, si un jour le projet saugrenu de pondre un bébé lui titillait l’envie, elle viendrait plutôt ici. Tu noteras qu’à l’époque, l’hôpital servait à pondre des bébés, dans l’esprit de Madame Pimpin. Pas à les fabriquer.

La seconde fois que Madame Pimpin s’est rendue à la Chouette Clinique, à nouveau par la grande porte, elle avait vingt-trois ans et rendait visite à une amie plus âgée qui venait d’accoucher. Elle a effectivement constaté que pour pondre un bébé, c’était rudement mieux. Les dames étaient gentilles, la bouffe presque appétissante, les chambres flambantes neuves. La troisième et la quatrième fois que Madame Pimpin s’est rendue à la Chouette Clinique, c’était l’année suivante, à nouveau les bras chargés de cadeaux Roimagesques, pour accueillir en ce bas monde des jolis bébés joufflus fabriqués à la maison par de chouettes amis plus âgés, et pondus dans l’immensité de blanc et de pureté de cette Chouette Clinique. les bébés joufflus sont a présent bien grands.

La cinquième fois que Madame Pimpin s’est rendue à la Chouette Clinique, elle allait sur ses vingt-neuf ans. Elle est probablement entrée par la grande porte. Elle ne se souvient pas des lumières du grand hall. Elle se souvient seulement qu’elle avait mal à son âme et qu’elle était en avance de six mois et qu’il était pourtant déjà trop tard pour que son bébé soit pondu pour de vrai dans la Chouette Clinique. L’anesthésiste, une fille, et le brancardier, un garçon, ont été si gentils avec elle qu’elle en a eu les larmes aux yeux de reconnaissance et de fatigue soulagée quand ils ont posé sur elle le masque qui l’endormirait. Un deux trois elle n’était plus là. A peine le temps d’apercevoir le Docteur Colley et sa blouse trop grande pour son corps maigre. Un deux trois. Le curetage. Un deux trois. Plus là.

La sixième fois que Madame Pimpin s’est rendue à la Chouette Clinique, elle allait sur ses trente ans et elle n’est pas rentrée par la grande porte du Grand Hall. Le pur et le blanc, c’était dehors, sur la neige. Dedans c’était tout sombre, et oppressant, parce que c’était les Urgences. Dedans, il y avait de l’Espoir interdit, et du Danger peut-être. Un deux trois ne bougez plus. Un deux trois la piqûre de MTX. Un deux trois, l’espoir, plus là.

Maintenant, Madame Pimpin se rend souvent à la Chouette Clinique alors elle ne compte plus. Elle va sur ses trente et un ans. Elle ne rentre plus par la grande porte du grand Hall, avec ses grandes lumières. Elle ne rentre pas par derrière, dans le noir. Elle passe par l’entrée des artistes, sur le petit côté. Mais elle les voit tout de même, de loin, ceux qui ressortent par la grande porte. Ils sortent dans la lumière, et le pur, et le blanc les accompagne très très loin, comme si leur lumière attirait la lumière. Ils portent des petits couffins remplis, et des grands sourires sur leurs lèvres. Comme ses copines plus âgées, avant. Mais Madame Pimpin n’apporte plus de cadeaux Roimagesques, non. Elle apporte son classeur. Pour l’année des trente et un ans, Madame Pimpin ne vient pas pour ses dents se sagesse, il n’y en a plus. Elle ne vient pas rendre visite, elle n’a plus le cœur, on le lui a arraché deux fois. Elle ne vient plus pour qu’on la sauve de l’Espoir, non, plus jamais s’il vous plait. Et elle ne vient pas non plus pondre un bébé, ben non.

Par l’entrée des artistes, plusieurs fois dans la semaine, Madame Pimpin vient essayer de fabriquer un bébé. Elle n’est pas toute seule pour faire ça. Elle a le classeur, le chéri et le Docteur. A nous tous, on essaie de faire en sorte qu’un jour elle s’en aille pour toujours Madame Pimpin, par la Grande Porte du Grand Hall, dans la lumière blanche et pure, avec un grand sourire et un couffin rempli qu’elle porterait maladroitement. Il y aurait aussi de l’Espoir, du vrai, et pas de Danger. Peut-être aussi que par une fenêtre, l’anesthésiste, une fille, et le brancardier, un garçon, la regarderaient en étant contents. Et de l’autre côté, au dessus de l’entrée des artistes, le Caméléon. Fatigué d’avoir fait du bon boulot. Il y aurait Monsieur Pimpin, il serait heureux. Et puis peut-être des cadeaux Roimagesques, que des amis auraient apporté.

Et alors, on marcherait dehors, comme dans un film, un peu au ralenti. Et alors, l’histoire serait terminée et on entendrait une musique, et elle irait drôlement bien avec la scène.