6SA+3.

Ça continue, et c’est toujours avec étonnement que Madame Pimpin se réveille le matin en se disant que ça continue pour le moment. Enfin, ça continue, de ce qu’elle en ressent hein. En vrai de vrai on le saura seulement dans 10 dodos.

Madame Pimpin n’est pas super bavarde en ce moment, tu te doutes bien pourquoi. Déjà elle a été super malade (bon ça tu n’es pas supposé t’en douter on est bien d’accord) ce qui lui a valu de passer son temps à dormir, tousser et prendre du Doliprane, puis de perdre sa voix. Elle est donc allée voir le Docteur Chouette, sa généraliste, qui l’a arrêtée tout la semaine vu « les circonstances », craignant que ça ne tourne à la grippe carabinée. Exit, donc, le vilain déplacement à Grande Ville. Exit aussi le concert d’IAM, mais crève ou pas crève, vu les antécédents de la mère Pimpin ça n’aurait peut-être pas été le summum de l’intelligence d’aller danser le mia pendant trois heures dans une douce fumée d’herbe (ne nous leurrons pas, la jeunesse de Village Sur Mer fume elle aussi du choucoutoum ce n’est pas le luxe exclusif des Vraies Villes…). Bref, c’est le meilleur pote du Petit Frère qui se frotte les mains, s’étant vu attribuer le précieux sésame.

A part ça il y a deux raisons fondamentales à son absence de déballage bloguesque.

La première c’est qu’elle a peur. C’est que chaque mot couché ici ou ailleurs devient une preuve, un souvenir, de la matière. Et si elle est très heureuse de ce qui lui arrive elle a surtout peur qu’on le lui vole brutalement. Elle sait trop bien ce qui arrive ensuite. Elle a peur et sans cette peur, elle se serait peut-être transformée en espèce d’octobrette 2014 à t’agrémenter de stupides lolilol, hihihi, la vie est trop géniale, et autres niaiseries. Mais il n’y a pas que la peur.

Il y a aussi qu’elle sait ce que c’est d’être de chacun des 3 côtés de cette barrière. Du côté de celles qui attendent et regardent passer les trains. Du côté de celles qui viennent de perdre l’espoir qu’elles portaient et regardent les autres continuer la larme à l’oeil, et c’est ça le plus terrible. Du côté de celles qui ont de la chance mais savent qu’il faut marcher sur des oeufs. Alors, il n’est pas question ici de jouer la rabat-joie vis à vis de celles qui peuvent passer facilement du côté « j’attends mon tour » au côté « ça y est c’est la fête », il est juste question de dire qu’elle, elle ne peut pas et qu’elle ne veut pas le faire ni s’associer à ce genre de choses.

Alors voilà. Cette semaine Madame Pimpin se repose et elle en a bien besoin entre remise sur pieds, fatigue et nausées certes encourageantes et un peu rassurantes. La semaine prochaine elle commence les cours, en espérant que cette nouveauté fasse vite passer les jours jusqu’à samedi midi… Parce qu’elle a si peur Madame Pimpin, qu’elle a pris un RDV avec le Caméléon à la toute fin de sa semaine histoire d’avoir du temps ensuite. Elle a aussi calé un point avec le Maître Reiki pas trop longtemps après.

Le fait que ce début de grossesse se produise exactement au même moment que les deux premiers n’est pas pour aider à se sentir super euphorique…Madame Pimpin en a parlé au Maître Reiki qui ne lui a pas été d’un grand secours (la séance n’était pas terrible, et le lendemain Madame Pimpin a rêvé qu’elle perdait la moitié d’une dent et se trimballait tout le reste du rêve avec son bout de dent dans la main en attendant que le dentiste la lui répare… pas glop). Les dates difficiles foisonnent en ce début d’année. Heureusement la providence incarnée par Miss 28JEDB et cet article qui parle de Cé est venue rappeler qu’une date difficile une année peut correspondre à une date plus heureuse l’année qui suit. Alors elle s’accroche à cette notion là et parvient à rester un peu zen.

Pour finir sur une note un peu mystique mais plus joyeuse, Madame Pimpin a été très surprise ces derniers temps par un certain nombre de coïncidences.

Un sms reçu de Madame OPK sa copine IRL (pas du tout au courant du TG+ qui est gardé secret), la veille de l’écho, qui lui disait qu’elle pensait tout particulièrement à eux ce soir là, sans savoir pourquoi, et qu’elle allumait une bougie spéciale pour qu’un jour enfin, un enfant puisse connaître la chance d’avoir les Pimpin comme parents (bordal je chiale encore en écrivant ça).

La Soeur de Madame Pimpin, qui la semaine précédent le TG+ a rêvé que ce serait +, et qui a ensuite harcelé la mère de Madame Pimpin pour en savoir plus.

Le Chouette Pote qui vit à 12000 kilomètres, qui a réussi parmi le bon millier de photos de Madame Pimpin sur Fesse de Bouc à exhumer il y a deux jours l’une des seules photos publiées de Madame Pimpin enceinte et radieuse il y a deux ans à la même époque. Presque personne ne sait qu’elle est enceinte sur cette photo. Mais le Chouette Pote a écrit un gentil commentaire sur cette photo, et depuis la plupart des amis de Madame Pimpin on fait de même… Et franchement vu de sa fenêtre ça fait super bizarre, que soudainement tout le monde s’intéresse à cette photo.

Et puis maintenant le rêve de Mrs F, un truc de fou.

Alors Madame Pimpin espère que tout ça, ce sont de bons signe, et elle espère que ça continue pour de vrai. Et elle s’appuie un peu sur tout ça pour continuer le chemin.

Reiki #3.

Jeudi dernier c’était Reiki. Avec une séance perdue au milieu de la stim Madame Pimpin n’a pas trop eu l’occasion de revenir là-dessus, d’autant que sur le coup son ressenti était plutôt mitigé.

Il y a d’abord eu l’habituelle séance de pendule. Le pendule était encore moins agité que la fois précédente, preuve que Madame Pimpin est sur la bonne voie (de la guérison, de la paix intérieure, de la fécondation, on ne sait pas vraiment), sauf qu’intérieurement elle ne ressent aucun changement et commence à se demander si tout ça n’est pas du pipeau.

Après le pendule, place à la séance de papote. Madame Pimpin raconte ses rêves. Le Maître Reiki la laisse interpréter toute seule, la guidant juste un peu. Il en ressort que Madame Pimpin en a ras le pompon de faire des efforts non remarqués auprès de son entourage (essentiellement professionnel et amical) pour se manger en contrepartie une profonde indifférence, voire des reproches. Le Maître Reiki lui dit des choses très sensées, des choses que tout le monde sait mais qu’on a tendance à oublier quand on est dans le feu de l’action.

Que le meilleur moyen de ne pas être déçu des autres, c’est de ne rien attendre d’eux.

Que le meilleur moyen de n’être entourés que de gens qui nous aiment vraiment, c’est de ne pas se forcer à faire des choses juste pour leur plaire.

Que ceux qui ne sont pas capable de voir le bon en nous quand on montre notre vrai visage ne sont pas dignes de notre amitié.

Que se plier en quatre pour faire plaisir à Pierre Paul ou Jacques est bien trop épuisant, qu’on finit par craquer, et que c’est le meilleur moyen de voir les autres vous faire des reproches quand le masque tombe et qu’ils se sentent trompés sur la marchandise.

Alors Madame Pimpin s’est dit why not. Au point où elle en est, autant s’assurer que ses amis sont de bons vrais amis qui l’aiment pour ce qu’elle est et pas seulement pour ce à quoi elle leur sert. De toutes manières elle n’a plus tellement la force de servir à quelque chose pour le moment. Elle s’est mis beaucoup de pression ces derniers temps pour essayer de faire des choses pour faire plaisir aux autres. Au final, quand elle parvient à faire ces choses, tout le monde considère que c’est normal. Et quand elle n’y parvient pas, ça devient un défaut d’engagement. Et elle culpabilise, au point de s’auto-considérer comme une sous-merde. Fuck it. Nan mais laissez moi manger ma banane tout nu sur la plage. Ce sera peut-être l’unique résolution 2014, tiens. Etre plus naturelle, plus vraie, moins se forcer, se préserver un peu plus. Ca fera moins d’heureux mais pour le coup ça rendra très heureux ceux qu’elle tient fort dans son cœur et qui sauront l’apprécier tout de même.

Le Maître Reiki s’est montré très intéressé par la présence des toilettes dans les rêves de Madame Pimpin. Pour lui, ils symbolisent un moyen d’évacuation (tiens tiens, Julys !), nouvelle preuve que Madame Pimpin est en train de vider ses tiroirs. Et puis évacuer, c’est simplifier. Ca va dans le sens du trip «nan mais laissez moi manger ma banane». Exit la pollution.

On est ensuite passé à la séance de Reiki en elle-même. Le Maître Reiki donne une petite couverture à Madame Pimpin, pour ses pieds, et note sur sa fiche qu’elle a tout le temps froid aux pieds. Pendant la séance, Madame Pimpin ne ressent pas grand-chose, ne voit pas d’images, elle est juste détendue (quand le contact physique, qui la dérange tout de même, n’est pas trop appuyé) et pense plutôt à des trucs du genre «qu’est ce qu’on va bouffer ce soir». Elle recommence à se dire que le Reiki c’est bullshit. Cette chaleur quand il traite les yeux (siège des émotions), après tout est ce que ce n’est pas elle qui l’invente ?

A la fin de la séance, le Maître Reiki se met à Reikiser les pieds de Madame Pimpin pour que «tout ça circule mieux», ça la chatouille et la surprend (elle avait oublié qu’elle lui en avait parlé). Ca la fait un peu marrer, parce que depuis toujours elle se souvient d’avoir eu les pieds froids… Et ne voit pas comment ça pourrait changer autrement qu’en mettant des chaussettes.

Séance terminée. Le soir, Madame Pimpin s’endort avec des chaussettes, pour tester. Ah oui, c’est mieux. Tellement mieux que le lendemain, elle oublie les chaussettes. Et le surlendemain. Mais elle n’a pas froid aux pieds pour autant… En fait, elle n’a plus froid aux pieds. Du tout. Même après avoir passé une journée dans des bottes pas étanches un jour de pluie.

Alors elle se dit que ce n’était peut-être pas du pipeau. Et si ça marche pour les pieds, sur un problème facile à vérifier, pourquoi pas pour le reste, ce qui est plus dur à déterminer ? Après tout, elle a un peu progressé, Madame Pimpin depuis la première séance. Elle se vexe moins. Elle évite les situations soulantes. Elle a passé quatre soirées avec des femmes enceintes, sans en ressentir la moindre contrariété (deux avec Madame Ecureuil, et deux autres avec une amie de sa copine Miss Kangourou) et elle est même parvenue à leur poser des questions sur leur grossesse, tout ça, et (accroche toi) elle a eu envie de poser sa main sur le ventre de l’amie de sa copine Miss Kangourou (mais ne l’a pas fait hein, on est pas intimes). Le soir du nouvel an, son J1 a signé l’échec de l’IAC : pas de drame. Au lieu de chouiner, elle a fait des câlins aux tous petits. C’était bien plus apaisant, bien plus énergisant, bien plus réconfortant. Alors… Serait-on sur la voie des tiroirs vides ? Ca ne signifie pas être sur la voie de la grossesse, soyons bien clairs… Mais si ça reste ainsi, l’attente, le vide, et peut-être l’échec définitif seront moins durs à vivre.

Après cette dernière séance, Madame Pimpin a fait un autre rêve. Elle devait s’occuper de son bébé. Mais il y avait des concerts, aussi, donc ça la gonflait un peu de devoir pouponner. Le bébé avait faim, il était sale, il pleurait, mais Madame Pimpin ne voulait pas s’en occuper. La seule chose qui l’empêchait de l’abandonner dans un coin le temps du concert, c’était le jugement de Monsieur Pimpin, absent du rêve, mais dont elle craignait les représailles et les reproches. Ce rêve, elle sait bien ce qu’il vient lui raconter… La peur d’être une mauvaise mère, de ne pas faire bien les choses, de ne pas aimer le bébé comme il faut. Ces peurs jamais avouées mais présentes depuis des années. Peur d’être comme sa grand-mère, de finir comme ces gens-là. Dommage, il n’y avait pas de WC dans le rêve. Ces peurs, Madame Pimpin aurait bien aimé les évacuer… Elle en parlera la semaine prochaine au Maître Reiki en espérant qu’il leur fasse prendre le même chemin que le froid aux pieds.

Ballade de DPO.

Pour passer le temps cet après-midi, puisque « passer le temps » est devenu leur unique occupation ces derniers jours, Monsieur Pimpin réservait une belle surprise à Madame Pimpin. Tu te souviens peut-être de l’histoire de Laxmi, née d’une balade en mer pendant laquelle Madame Pimpin s’était plus ou moins endormie en contemplant une vieille maison en ruines sur une pointe sauvage découpée dans le granit de la côte de Village Sur Mer. Le reste de l’été, ils ont cherché par tous les moyens à accéder à la maison abandonnée par la grève en contrebas. Faute de pouvoir grimper, ils ont passé des journées à nager autour, déjeuner sur la grève, pêcher, leur minuscule bateau amarré au pied des ruines.

Et bien aujourd’hui, Monsieur Pimpin a emmené sa femme en ballade… Dans la maison de Laxmi. Il a trouvé le chemin pour y accéder, non par la mer mais par la terre ! Ils ont donc parcouru le chemin parcouru par Laxmi et son capitaine, et ont foulé le sol de la cour après avoir descendu le sentier le long duquel Laxmi avait glissé. Sans pour autant y avoir jamais mis les pieds, Madame Pimpin s’était fait une idée assez ressemblante à la réalité de cet endroit tant rêvé. Au détour d’une porte murée, à même le béton gris, un curieux graffiti a accroché l’oeil de Madame Pimpin.

A défaut de leur avoir complètement changé les idées (Madame Pimpin a tellement la tête dans le slip guidon qu’elle a trouvé moyen de checker sa vaniuche dans la maison de Laxmi : elle savait bien que la maîtresse des lieux, sachant ce que c’est, ne s’en serait pas offusquée), les Pimpin ont passé un après-midi charmant et ont découvert tout près de chez eux de superbes endroits qu’ils n’avaient jamais visités.

Le cerveau Pimpinesque fonctionne en mode dégradé, abrégeons mes souffrances verbales si tu veux bien et voyons le reste en images, merci !

Un aperçu général pour commencer :

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Le chemin qui permet d’accéder au sentier qui mène à la maison :

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La maison vue d’en haut (on voit ce qui reste d’une fenêtre) :

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Le débarcadère pour les grands bateaux , et la grève en contrebas :
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La maison en ruines :

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La cour qui surplombe la mer (que l’on ne voit plus beaucoup à cause de la végétation) :

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La fenêtre de Laxmi :

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L’étrange graffiti :

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Le ciel, parce qu’il était joli :IMG_20131229_200653

Instant de grâce.

Il était sept heures ce matin. Le réveil avait déjà sonné deux fois à intervalle de dix minutes. Les meilleures minutes de la journée. Celles où le sommeil se goûte avec le plaisir le plus vif parce qu’on le sent exister. Celles où l’on a l’impression de dormir le plus profondément. Celles où l’on ressent la chaleur du lit, le moelleux des oreillers, quand on entend la pluie tomber contre la fenêtre, quand l’odeur du café monte de la cuisine, quand le Chat n’ose pas encore entrer. Celles où l’on est bien, celles où l’on sait en profiter parce que c’est presque la fin et que bientôt il faudra affronter la journée et la réalité.

Il y avait des jours et des jours que tu n’étais pas venue. Depuis avant mars il me semble. Il y avait tellement longtemps, que j’avais oublié tes visites, je ne les attendais plus. Je ne me souvenais pas de la douceur, de la tendresse, de la chaleur que dégagent ta présence.

Et ce matin, tu étais là, entre sept heures et sept heures dix. Je ne t’ai pas reconnue au début. Je n’ai plus l’habitude. J’ai cru que tu étais encore une de celles que l’on ne peut voir que de loin, une de celles que l’on n’a pas le droit de toucher, une de celles dont l’odeur est étrangère. Tu étais un peu tournée, tu regardais au loin et je ne t’avais pas reconnue. Au premier instant, ta présence m’a donc rendue triste et un peu amère. Encore de la convoitise, encore de la tentation, encore du plaisir pour les autres et de la frustration pour moi.

Puis tu as tourné ton visage vers moi, et tu souriais. Ce n’était pas ce sourire timide que je trouve parfois chez les autres. C’était ton sourire et je t’ai reconnue. Ton regard confiant et abandonné, plein d’amour et plein d’assurance, a instantanément percé mon cœur. Je t’ai enlevé ta capuche et ton petit bonnet, pour pouvoir mieux te regarder. J’ai senti cette odeur de blé au soleil qui se dégage de tes cheveux. Tu m’as tendu les mains et ton sourire ravageur m’a emportée.

Alors je t’ai détachée et soulevée de ta poussette. Je t’ai posée devant moi, et penchée sur toi j’ai pris tes deux petites mains potelées. Je les ai senti serrer très fort mes deux index, et tu riais tandis que tes petits pieds cherchaient leur équilibre et se tendaient vers l’avant pour avancer plus loin. Puis le réveil a sonné ma puce, et tu t’en es allée.

Ca n’a duré qu’un instant, entre sept heures et sept heures dix. Ce matin je t’ai vue, je t’ai sentie, je t’ai entendue, je t’ai touchée, je t’ai goûtée, mon bébé rêvé. Les petits pieds de Léa ont marché sur mon cœur, ça n’a duré qu’un instant mais c’était un instant de bonheur.

Cauchemars.

Voilà deux nuits que Madame Pimpin dort très mal et que son sommeil léger est peuplé de rêves horribles.

Le cauchemar de la nuit dernière n’a pas duré longtemps mais il était très éprouvant. Madame Pimpin se faisait agresser par un type, et ne parvenait à lui échapper qu’en lui disant qu’elle avait accouché en mars. Le type, pris de dégoût parce que dans le monde de ce cauchemar accoucher représente la chose la plus sale du monde, s’en allait en courant comme s’il avait vu le diable.

Le cauchemar de cette nuit était pire, parce que Madame Pimpin a eu l’impression qu’il durait toute la nuit, qu’il se déroulait en temps réel, et que c’était la vraie vie. Au début, ce n’était pas un cauchemar. Madame Pimpin était enceinte, presque au terme, heureuse. Elle était allongée près de Monsieur Pimpin quand elle se rendait compte qu’elle allait accoucher. Le temps que Monsieur Pimpin aille chercher le Docteur Colley (mais noooon, pas lui !) les pieds du bébé étaient déjà sortis. Une partie de Madame Pimpin trouvait ça dégueu, l’autre partie trouvait ça trop mignon. Elle n’avait pas trop mal, c’était gérable, par contre elle était morte de trouille. Le médecin ne savait pas comment s’y prendre parce qu’il n’avait appris à s’occuper que des accouchements par la tête, alors il s’en allait.

Madame Pimpin s’évanouissait. A son réveil, le bébé n’était pas tout à fait né. Encore un effort et ça y était,  un petit garçon. La mère de Madame Pimpin prenait aussitôt le bébé et le donnait à quelqu’un d’autre (une cousine ou je ne sais qui). Madame Pimpin était très contrariée parce que même si ça la dégoûtait elle aurait bien voulu prendre le bébé sur elle tout de suite, elle avait peur que sinon, il ne l’aime jamais. Puis elle se rendait compte qu’il y avait un autre bébé, né pendant qu’elle était évanouie, une fille. A nouveau contrariée parce que personne ne lui avait dit quoi que ce soit, Madame Pimpin demandait à voir sa fille, et chassait tout le monde de la chambre. Monsieur Pimpin partait acheter du lait pour les bébés, parce qu’il avait peur que Madame Pimpin ne soit pas capable de leur donner le sein. Rapport au fait qu’allaiter lui faisait très peur et qu’elle trouvait ça sale.

Une fois seule avec les deux bébés, Madame Pimpin les regardait attentivement. La petite fille était en faite une grosse crevette très vigoureuse (une vraie crevette, avec des antennes et tout) et le petit garçon était minuscule, il mesurait à peine 10 centimètres, il était tout maigre. Ses bras et ses jambes étaient aussi décharnés que les pattes d’un oisillon malade. Madame Pimpin avait peur de les casser, peur de les faire mourir avant qu’ils soient assez grands pour ne plus craindre ses maladresses. Et pourtant elle ressentait déjà de l’amour pour ces deux créatures qui ailleurs que dans un rêve l’auraient juste épouvantée. Le réveil a sonné à ce moment là, avant le retour de Monsieur Pimpin, alors que les deux «bébés» hurlaient de faim et que Madame Pimpin ne savait pas quoi faire.

Ce serait rigolo comme cauchemar s’il n’avait pas profondément angoissé Madame Pimpin. Ce sont de vieilles appréhensions qui refont surface. Plus jeune, Madame Pimpin trouvait ça vraiment dégueu les accouchements, elle se disait qu’elle ne voudrait jamais passer par là pour avoir des enfants et que la seule solution serait l’adoption. L’allaitement aussi lui semblait contre-nature, barbare. Et puis elle s’est souvent dit qu’elle ne serait peut-être jamais capable de bien s’occuper de tous petits bébés sans les casser, dès lors qu’il s’agirait des siens. Peur de perdre ses moyens et de ne plus savoir faire les gestes qu’elle connait pourtant depuis longtemps. Elle pensait s’être débarrassée de ces angoisses stupides depuis longtemps et voilà qu’elles refont surface, accompagnées d’une nouvelle angoisse, celle de ne jamais réussir à mettre au monde un bébé à terme, un bébé en bonne santé, un bébé qui ne ressemble ni à une crevette ni à un oisillon mourant. Et c’est horrible.

Quand on accuse Madame Pimpin de ne pas réussir à avoir de bébé «parce qu’elle y pense trop», c’est à toutes ces angoisses qu’elle pense. Longtemps elle s’est dit qu’elle n’était pas normale, qu’elle devait bien être la seule femme au monde à avoir peur d’accoucher un jour, à trouver l’allaitement super weird, et à craindre de ne pas savoir s’occuper de ses enfants. Depuis qu’elle galère, elle s’est même dit plusieurs fois qu’il n’était pas improbable qu’elle se bloque toute seule à cause de ses angoisses. Ou que la nature la punisse.

Et puis elle a lu Simone de Beauvoir, qui dans «Le Deuxième Sexe II» aborde presque tous ces points, en parle comme de choses relativement normales. Elle explique que lorsque les «fillettes» (6 à 14 ans) sont élevées sans «castration», c’est-à-dire dans la liberté totale de se comporter comme un garçon ou comme une fille, la puberté et donc le spectre de la maternité leur apparaissent comme des choses d’une violence inouïe, un carcan étouffant. C’est un passage encore plus traumatisant pour ces «fillettes» qui n’ont pas été «castrées», «mutilées», que pour celles que l’on a forcées à devenir des filles à un âge beaucoup plus jeune (tenues vestimentaires, orientation des jeux, canalisation du comportement…).

Madame Pimpin a été élevée sans contraintes, au grain et en plein air. Petite, personne ne l’obligeait à porter des robes, personne ne s’étonnait qu’elle préfère jouer dehors plutôt que de coiffer des poupées, personne ne lui en voulait de détester le rose. Ado, elle avait le droit de fumer à la table des adultes et de boire un verre de vin de temps en temps. Elle a eu tout le loisir d’oublier qu’elle n’était pas un garçon, d’oublier qu’elle était vouée au même destin que sa mère : s’occuper de la marmaille et de la maison. Et puis ça lui est retombé dessus brutalement avec la puberté. Rappel à l’ordre d’autant plus cinglant qu’au même moment, la mère de Madame Pimpin donnait naissance au petit frère. Madame Pimpin trouvait ça obscène, ce gros ventre, ce nourrisson tout rouge qui tétait goulument. Madame Pimpin ne pouvait même pas soutenir du regard la vue de sa mère allaitant le bébé. C’était insupportable. Alors pendant 5 ans, elle a détesté sa mère, méprisé les femmes au foyer. Elle a tout fait pour conserver toute la liberté qu’ont les hommes, elle a tout fait pour s’assurer d’être économiquement indépendante, et elle est partie, croyant avoir réussi à se débarrasser de tout ça.

Avec le temps elle a arrêté de d’en vouloir à sa mère, le petit frère a grandi, elle a fini par considérer qu’être mère au foyer pouvait aussi être un choix et pas seulement une voie de garage, et aujourd’hui elle donnerait tout pour avoir un bébé à allaiter. Seulement voilà, il semblerait que DNLP elle, n’en ait pas terminé, il semblerait que Madame Pimpin doive payer très cher les mauvaises pensées de son adolescence. Il semble que le sujet de conversation de la prochaine consultation chez Docteur Roots, la psy-hypnothérapeute-naturothérapeute, soit tout trouvé. On va causer féminisme, karma, cauchemars et blocage psychologique. Fort à parier qu’elle sera ravie de vider le cerveau de Madame Pimpin de toutes ces croyances ridicules. Espérons que ça fasse partir les cauchemars, parce que rêver toutes les nuits que tu es enceinte quand tu n’as jamais été mère et que c’est ton désir le plus cher, au bout d’un moment ça devient usant.

Et si ça ne marchait jamais.

Madame Pimpin observait son mari hier du coin de l’oeil, pendant une soirée agréable, tard dans le jardin avec des amis. Il était détendu, il riait, il était bien. Monsieur Pimpin est confiant. Il n’est pas troublé par ce «si ça ne marche pas» qui prend de plus en plus de place dans l’esprit de Madame Pimpin. Il est parfois troublé, chagriné, par le temps qui passe. Mais il reste confiant, convaincu que tout n’est que question de patience. Alors Madame Pimpin n’a jamais le cœur de plomber cette confiance avec ses « si ».

Et pourtant en ce moment particulièrement, Madame Pimpin n’a pas tellement confiance. Et ce n’est pas seulement en C5 qu’elle n’a pas confiance. C5 est déjà enterré, avec son J1 difficile à positionner dans le temps, avec des amis à la maison pendant toute la « bonne période », avec un déplacement à J14 présumé, il n’y a pas de questions à se poser. Ce ne sera pas C5, même si la torture psychologique de fin de cycle sera inévitable.

Madame Pimpin se demande juste si ça marchera un jour. Il en faut déjà beaucoup, des mois pour obtenir un +. Et le problème, c’est qu’une fois le + obtenu le marathon ne s’arrête pas là. Et avec sa fâcheuse tendance à s’arrêter en plein milieu de la course, Madame Pimpin se demande combien de fois encore elle parviendra à rassembler ses forces pour revenir sur la ligne de départ. Et jusqu’à quelle point il lui faudra multiplier l’effort pour gagner sa place sur la ligne de départ, à l’avenir. Ces efforts, sur le papier, tant d’autres parviennent à les produire. Mais Madame Pimpin parviendra-t elle à composer avec tout ça ? La rentrée apportera-t elle vraiment des réponses ? Jusqu’à quel point, pour combien de temps Monsieur Pimpin continuera-t il de se battre, quand il réalisera que la patience ne suffira probablement pas ?

Après deux ans passés à épuiser ses forces pour rien, Madame Pimpin se demande si elle réussira à enchaîner. Les stims, les iac, les fiv, le don, l’adoption. Le logigramme est simple en théorie, et Monsieur Pimpin ne semble pas vouloir y déroger. Mais on en est seulement au début, et fatigués déjà. A chaque étape, un deuil sera nécessaire. Il faudra faire ce cruel deuil en sachant qu’à un moment donné, une grossesse naturelle aurait été possible. Madame Pimpin craint qu’à chaque étape, ses forces s’amenuisent un petit peu plus. Elle craint d’arriver en bout de course sans la force nécessaire pour continuer, et préfèrerait faire ce deuil une bonne fois pour toutes.

En fait, Madame Pimpin voudrait commencer dès maintenant à se pencher sur les procédures d’adoption, pour que l’idée fasse doucement son chemin. Elle se refuse à considérer cette option comme un dernier recours. Pour son enfant, elle voudrait commencer maintenant… Pour qu’il sache que non, il ne sera pas arrivé à défaut d’autre chose. C’est pourtant le cas, pour Monsieur Pimpin : une décision par défaut. Il est ouvert sur la question, mais il refuse de se lancer avant d’avoir épuisé toutes les autres options. Pour Madame Pimpin, ce sont eux qui risquent de s’épuiser avant d’en arriver à pouvoir considérer cette option. Mais Monsieur Pimpin n’est pas prêt pour ça, il considère qu’il reste assez de temps. Il l’a tellement rêvée cette grossesse, et il est tellement optimiste, que Madame Pimpin n’a pas le courage de se lancer dans cette bataille de persuasion. Il communique peu sur les problèmes rencontrés, sur les fausses-couches, le temps qui passe. Mais il parle souvent de son rêve.

Toujours le même rêve. Lui, en train de bricoler dans la maison pour préparer la chambre du bébé. Elle, sur une chaise longue, se reposant dehors, son ventre énorme. Il lui apporte à boire et pose sa main sur son ventre. C’est toujours comme ça dans son rêve, toujours l’été, toujours le même décor. Peut être parce qu’il se projette à partir de la réalité, parce que les deux DPA des deux fausses-couches étaient prévues pour le début de l’automne, et que pour le deuxième été de suite, le ventre de Madame Pimpin reste vide alors qu’il aurait du être déjà s’arrondir joliment. Souvent, l’été, quand Madame Pimpin se repose sur sa chaise longue, elle gonfle son ventre, y pose les mains, et pense au rêve de Monsieur Pimpin. Et elle en crève de se dire qu’elle ne pourra peut-être jamais le lui réaliser. Si seulement ce rêve n’était pas un mirage qui se dissipe à chaque fois qu’on l’approche de trop près. Si seulement Madame Pimpin pouvait encore avoir la force d’en rêver. Si seulement un jour, il pouvait exister, cet été tant rêvé.

Élucubrations.

Pas de changement à moins de 36 heures du prochain contrôle (ça devait être ce soir mais ce sera demain). Madame Pimpin saigne toujours, pas énormément, mais très régulièrement, à raison d’une quinzaine de grosses gouttes bien rouges, fluides et homogènes, par jour (c’est précis comme un rapport de Dexter). Par moments elle a l’impression que son utérus contracte, mais le temps de s’en rendre compte et c’est fini. Madame Pimpin suppose donc que, évolutive ou non, la petite Chose est toujours à l’intérieur. Un sac de 8 mm elle l’aurait vu passer quand même, et elle aurait eu mal au ventre… Qu’elle suppose, hein. La dernière fois dès les premiers saignements on l’a emmenée au bloc alors elle ne bénéficie d’aucun retour d’expérience personnel. Madame Pimpin devient débile, le soir elle s’endort avec la main sur la petite Chose pour lui tenir chaud.

Madame Pimpin s’est un peu renseignée, avec les moyens du bord. Les protocoles médicaux ne prévoient pas d’interrompre une grossesse intra-utérine évolutive en cas d’injection de méthotrexate. La littérature mentionnée par les deux sources (liens à suivre) fait état de 49 cas analysés, pour lesquels 4 grossesses ont abouti à des malformations et on du être interrompues. Les protocoles médicaux préconisent un suivi très rapproché, mais les potentielles malformations seraient détectables très précocement. Bien sûr là on est en infraction avec la Règle de Madame Pimpin : on ne se projette pas on ne se projette pas on ne se projette pas on n’a pas le droit de se projeter quand on saigne comme ça. (Dans la vraie vie de Doctissimo & co, Madame Pimpin n’a trouvé que 3 cas, depuis 2007. Dans les 3 cas la grossesse s’est arrêtée peu de temps après l’injection).

Les liens :

http://www.cngof.asso.fr/D_PAGES/PURPC_11.HTM

http://gynecologie-urologie. edimark.fr/publications/articles/traitement-ambulatoire-de-la-grossesse-extra-uterine-ndash-ambulatory-treatment-of-ectopic-pregnancy/10760

Les cauchemars ont repris de plus belle cette nuit. Madame Pimpin arrivait au cabinet médical pour son rendez-vous de demain. La secretaire la faisait entrer directement dans le bureau, la forçait à s’allonger à plat ventre sur la table, lui arrachait ses vêtements méchamment et la laissait les fesses à l’air, avec le sang qui coule, comme une conne sur la table. Le médecin arrivait et sans un mot, il se mettait à injecter un produit dans les fesses de Madame Pimpin avec une grande aiguille, et lui faisait très mal. Puis il se barrait manger des gâteaux dans la pièce d’à côté. La secrétaire revenait, et avec une grande pince elle farfouillait à l’intérieur, pinçait le col, s’acharnait comme si elle voulait l’arracher. Elle maugréait que putain, c’était pas facile à choper, s’acharnait encore, il y avait du sang partout. Le médecin revenait et lui disait de lâcher l’affaire, qu’avec ce qu’il avait injecté, ça finirait bien par partir tout seul.

Madame Pimpin réalisait alors que la petite Chose était encore vivante au moment de l’injection, et qu’on lui avait encore administré du méthotrexate. Elle demandait en pleurant pourquoi on n’avait pas fait d’écho pour vérifier. La secrétaire sortait de la pièce en silence, le médecin regardait ses pieds et tendait la boîte de gâteaux à Madame Pimpin, avant de sortir à son tour. Deux autres médecins entraient dans la pièce pour expliquer à Madame Pimpin qu’elle ne pourrait pas retenter de grossesse avant mars 2012. Ouais ouais, 2012. Tu peux chercher comment on fait pour aller de mars 2013 à mars 2012, Madame Pimpin y a consacré tout le reste de son rêve et elle n’a pas trouvé.

En attendant que ça se passe.

Madame Pimpin pourrait avoir la décence de la boucler le temps que ça aille vraiment mieux, le temps qu’elle reprenne des forces et qu’elle repasse en mode actif… Mais ça lui fait du bien de vider son sac, et si ce blog était un lieu de divertissement, une antre de la grosse marrade, ça se saurait.

Commençons par le moins pire, les douleurs. Elles sont quasi inexistantes, quelques crampes par-ci par-là. De toutes façons Madame Pimpin ne se fie pas à sa perception de la douleur et c’est bien pour ça qu’elle était angoissée par cette geu. Madame Pimpin est capable de se trimbaler une otite carabinée pendant une semaine sans rien sentir, et finir par consulter pour un irritation de la gorge. Genre le jour où elle aura l’appendicite elle risque de passer directement par la case péritonite. Bref, elle ne s’attendait pas à morfler. Par contre elle est défoncée, elle dort douze heures par nuit et refait la sieste dans la journée. Du coup elle a meilleure allure. Monsieur Pimpin lui a dit qu’elle avait une bonne mine, hier. Euh, je lui dis ou pas qu’il me contemple à travers une couche de terracota ?

Depuis mardi soir, quelques saignements ont fait leur apparition. Des pertes rosées ornées de minuscules incrustations de sang rouge foncé, c’est très joli. Autant Madame Pimpin a un seuil de douleur proche de celui d’un Golgoth, autant pour se faire des films, il y a du monde. Elle se dit que ces microsaignements sont peut-être annonciateurs d’une chute de BHCG (il paraît que les règles reviennent quand le taux descend en dessous de 100), et donc annonciateur de ses règles. Donc si J1 vers le 15 mars, Prochain J1 pour début de stim vers le 15 avril. Donc insémination début mai, PAF dans ta gueule Madame LaPute de Vie, vive les 30 ans le boule fraîchement fécondé. (Laisse la rêver, elle aura bien assez tôt fait de se reprendre une porte blindée dans la face).

Hier matin, Madame Pimpin a allumé face de bouc dès le réveil, comme ça, au débotté. C’est l’oisiveté ça la rend cruche. Elle a bien vite été punie. Sur son écran, s’est affichée en très grand la photo d’une mini main, pleine de tous minis doigts, couronnés de délicats mini ongles, qui serrait le doigt d’un heureux jeune papa pour la première fois. Un ami d’enfance de Madame Pimpin, qu’elle doit croiser une fois l’an à présent et avec qui elle ne partage plus grand chose, bien qu’elle ait beaucoup d’affection pour lui. La photo était si jolie, si touchante, si poétique, que Madame Pimpin en a eu les larmes aux yeux. Bien sûr qu’elle donnerait tout pour être à leur place, bien sûr qu’elle en crève de cette situation absurde, bien sûr que quelque part ça lui a fait mal, surtout en ce moment. Mais elle n’a pas ressenti d’amertume, cette fois. Peut-être parce que les nouveaux-nés lui font moins mal que les femmes enceintes. Peut-être parce que ce garçon est quelqu’un de vraiment bien qui n’a pas toujours chanté la vie et qui mérite bien d’être heureux. Ou peut-être parce qu’elle a franchi un cap ? Ce serait chouette, un cap. Fini de détester les gens heureux, fini de tout ramener à son propre désert intérieur… Un doux rêve.

En parlant de rêves, ceux de Madame Pimpin sont en train de devenir carrément hard core. La nuit d’avant, Monsieur Pimpin se barrait avec une pouffe, il en avait marre de voir son épouse tirer la gueule à cause de son mono-objectif, marre de la voir prendre du cul (alors que Madame Pimpin a perdu 1.5 kg depuis le TG+, sympa le mec), marre d’être avec une infertile. Donc il se barrait avec sa pouffe et BIM il la mettait enceinte en C1. Et figure toi que la principale préoccupation de Madame Pimpin, c’était de retrouver un étalon qui puisse faire les inséminations au plus vite, sans qu’elle perde de temps et ne gâche le cycle d’avril-mai. Classe. Cette nuit c’était pire, pourtant il n’y avait pas de pouffe et Monsieur Pimpin était toujours là. Madame Pimpin était enceinte et elle approchait du terme. Elle se baladait dans un couloir glauque et sale, seule. Elle sentait le bébé bouger puis des contractions. Elle sentait que le bébé sortait, alors elle s’allongeait par terre et le faisait naître, toute seule. La tête, ronde, puis le petit corps glissant qu’elle saisissant sous les bras, et le bébé était sorti. Elle se mettait à paniquer, ne savait pas quoi faire du cordon, et pendant ce temps là elle ne se rendait pas compte que le bébé ne respirait pas et ne criait pas. Le temps que Monsieur Pimpin arrive, c’était trop tard, c’était fini. Madame Pimpin t’a dit que dès le J1 arrivé elle reprendrait RDV avec sa psy-hippie-hypnotiseuse ? Ca vaudrait mieux, hein on est bien d’accord.

Madame Pimpin est peut-être lourde à revenir toujours au sujet « mes amis sont chiants », elle pourrait déjà s’estimer heureuse d’en avoir. Mais elle l’a mauvaise sur ce coup là. Trois de ses amis seulement prennent de ses nouvelles tous les jours. Madame OPK, Madame Poulette, et Monsieur Unique Vrai Ami Homme de Madame Pimpin. Avec ce dernier, elle ne partage pourtant pas grand chose d’autre que des blagues pourries d’humour noir, des déjeuners à la cantine, et quelques confidences sur un ton faussement je m’en foutiste de temps en temps. Mais tous les jours il lui envoie un message. Lui et Madame Poulette, à la base ce sont des collègues de travail. Les autres ont probablement pris le « pas prête à voir du monde » pour un « foutez moi la paix », pourtant l’énoncé était clair. Madame Pimpin ne les blâme pas mais ça la rend triste qu’elles ne se donnent pas plus de mal que ça. Les amies c’est pas fait pour compter les points, mais bordel c’est toujours elle qui se casse les méninges pour organiser les cadeaux communs, les anniversaires surprises, qui se plie en douze pour le nouvel an… Un message de temps en temps juste pour dire je pense à toi, c’est pas trop demander. Ça fait chier. Elle n’a plus aucune envie de leur donner des nouvelles ni de les voir d’ailleurs mais c’est probablement de la colère ponctuelle qui passera. C’est puéril, de mettre de la colère et de l’énergie là-dedans. Mais c’est comme ça.

Voilà pour les news, à part ça Madame Pimpin a repris du service, croise pour les protocoles, les IAC fraîchement passées ou à venir, les retours en PMA, les J1 viendra, viendra pas… Et elle te remercie pour tes mots gentils, toi pour qui elle n’a pourtant jamais organisé d’anniversaire surprise, toi qui pourtant es là, tous les jours.

Un tramway nommé… confiance ?

Cette nuit Madame Pimpin a fait un drôle de rêve. D’habitude en période d’ovulation, ses rêves sont comment dire… euh, troublants ! (héhéhé, vilain rire lubrique). Mais cette nuit point de danse du ventre, c’était un rêve beaucoup plus sérieux.

Madame Pimpin était dans sa ville, dans la rue, avec le Docteur Colley. (le truc improbable). Et dans la conversation, il lui disait, tiens Madame Pimpin, on va pouvoir t’inséminer cet après-midi. Chouette alors ! Ils se mettaient donc à marcher dans la ville, côte à côte comme des vieux potos. Ils cherchaient ensemble l’arrêt de tramway le plus proche sur la ligne qui dessert la clinique. Il fallait marcher beaucoup. Le Docteur Colley portait une grande perche très lourde (euh, c’était pour l’insémination ? Genre Madame Pimpin est une génisse ???) et il galérait un peu parce qu’il faisait très chaud. Alors Madame Pimpin lui proposait de porter la perche pour lui, et elle était contente de l’aider.

Au bout d’un moment, ils arrivaient enfin à l’arrêt de tramway et montaient à bord. C’était l’heure de pointe et il y avait beaucoup de monde. Le Docteur Colley avait l’air fatigué. Après un moment de silence, ils se sont mis à parler de l’arrêt auquel il fallait descendre. Et ils n’étaient pas d’accord, Madame Pimpin disait qu’il fallait descendre juste après un pont immensément long, le Docteur Colley disait qu’il fallait descendre bien plus loin. Madame Pimpin trépignait dans le tramway, elle en avait marre, elle avait trop chaud, elle voulait se retrouver à l’air libre dans la rue. La fin du pont approchait. Au dernier moment, Madame Pimpin sautait du tramway à l’arrêt juste après le pont. Elle aurait voulu que le Docteur Colley descende aussi, mais il est resté dans le tramway. Madame Pimpin a croisé son regard, déçu et attristé. (Oui, elle sait bien que dans la vraie vie de docteur Colley n’en a rien à cirer qu’elle reste ou pas dans le tramway, mais là dans le rêve, il était clairement très très déçu.)

A peine sortie du tramway, Madame Pimpin s’est rendue compte qu’il faisait encore plus chaud dehors. Et qu’elle était un peu perdue. Après tout, le chemin de la clinique, le Docteur Colley le connait bien mieux qu’elle. Désemparée, elle remontait dans le tramway suivant. Sauf que ce con de tramway, il démarrait en sens inverse. Et déposait Madame Pimpin de l’autre côté du pont immense. Elle n’avait plus qu’à courir, courir, courir, dans la fournaise, pour retourner à l’arrêt où elle était descendue et espérer prendre un autre tramway ou bien un bus.

Arrivée de l’autre côté du pont, elle se rendait compte qu’elle aurait déjà dû être arrivée à la clinique depuis plus d’une heure. Et qu’elle n’avait aucun moyen de contacter la clinique ou le Docteur Colley. Honteuse, Madame Pimpin se mettait à pleurer, envahie par la peur que le Docteur Colley ne veuille plus s’occuper d’elle, le regret d’avoir raté l’insémination, en colère contre elle même parce qu’elle savait qu’elle aurait dû rester dans ce tramway avec le Docteur Colley.

Après encore un long moment d’errance à travers la ville, complètement perdue et assoiffée, Madame Pimpin prenait un bus au hasard. Le conducteur, pris de pitié, la déposait à l’entrée de la clinique en déviant de son trajet habituel (LOL quoi, dans la vraie vie le conducteur il te dit fuck désolé Madame, ça va pas être possible).

Arrivée à la clinique, elle cherchait le Docteur Colley. Elle était en retard de plus de deux heures. Mais il était là, dans le hall d’accueil, et il lui tendait un grand verre d’eau fraîche. Derrière une vitre, Madame Pimpin voyait des femmes enceintes en train de se caresser le ventre, souriantes et confiantes, inséminées le matin même par le Docteur Colley. Elle se disait que si elle l’avait écouté, elle aussi elle serait derrière cette vitre au lieu d’être là, en nage, ridiculement en retard.

Non mais tu crois que Madame Pimpin est complètement cintrée ? C’est pas normal de rêver de son médecin quand même. Madame Pimpin pense que si ce rêve est un message, il veut dire qu’elle doit arrêter de se poser trop de questions existentielles et faire confiance au Docteur Colley. M’enfin ça peut tout aussi bien vouloir dire qu’elle est complètement obsédée par cette conception qui n’arrive pas et complètement paralysée par la peur du jugement du Docteur Colley. Ça va finir en psychiatrie cette affaire.

 

« Fifty Shades of Grey » (E L James)

Parce qu’il faut quand même bien mettre un peu de légèreté dans tout ça, qu’elle n’aime pas les dimanches pluvieux et que le nerf de la guerre c’est l’amour, Madame Pimpin va te parler de ce roman qu’elle vient d’avaler en trois jours.
Commençons par 10 bonnes raisons de lire ce petit bijou:
#10 parce que c’est  bien écrit.
#9 parce que Christian Grey s’habille trop bien et qu’il a des belles bagnoles, un hélico et un jet.
#8 parce que tout le monde en parle et que c’est cool de pouvoir rajouter son grain de sel.
#7 parce que c’est culturel. On ne lit pas assez souvent de bouquins sur l’univers des sado-masos.
#6 parce que fifty shades of grey ça se passe aux Staïïïtes, et que les  Staïïïtes c’est mortel.
#5 parce que seul le tome 1 est dispo en français pour le moment, et qu’une fois accro tu vas commander les 2 autres tomes en anglais. Tu vas donc devenir bonne en anglais technique.
#4 parce que quand même, le fait que cette petite pintade innocente qui se paye un orgasme à chaque fois que ce type la touche, c’est fabuleux.
#3 parce qu’on a rien vu de si addictif depuis Harry Potter.
#2 parce que c’est un moyen gentillet de rendre un peu jaloux son chéri et quand quand tu le lis t’as l’impression d’être une vilaine fille (qui mérite une bonne fessée).
#1 parce que lire fifty shades of grey te booste tellement la libido que ça peut te transformer en bête de sexe inasouvie et ça, en période d’ovulation ça peut servir (si tes hormones ne le font pas pour toi) (ou si tu sors juste des urgences).
Voilà pour la propagande. Revenons un peu sur les #3, #2 et #1.
C’est si addictif que Madame Pimpin a remercié le dieu des livres de l’avoir livrée pendant des jours où elle ne travaillait pas. Et où, accessoirement elle était shootée à la codéine. Parce que le sommeil vient tout de même rapidement avec la codéine. Et que quand tu commences à rentrer dans le monde voluptueux de Mister Grey, le sommeil tu l’oublies. Totalement. Surtout si tu as collé le corps et la tête de Wentworth Miller sur le personnage de Mister Grey. Mais par contre, là où ce devient intéressant c’est que une fois le bouquin fermé, toute cette tension sexuelle se reporte sur ton voisin (assure toi que ce soit bien ton cher époux, pas ton voisin de palier) et avec cette lueur lubrique qui flamboie dans ton regard, impossible qu’il te fasse le coup de « ah non pas ce soir je suis siiii fatigué ». S’il essaie, passe lui les menottes.
Alors oui, il y a une polémique autour de cette histoire de « mummy-porn » mais d’une, ce n’est pas un « livre pornographique ». De deux, c’est un peu vrai, on est dans la chick lit (olé olé), voire de l’Harlequin remasterisé mais tu lis jamais que des prix Nobel toi ? Sur ce coup là, Madame Pimpin oublie d’être féministe et succombe totalement au charme de ce petit prétentieux de Christian Grey. Bref, elle recommande vivement ce roman (et n’omettra pas de te dire si les tomes 2 et 3 sont aussi bons).
Sur ce elle te laisse, beau-papa et belle-maman vont débarquer d’un instant à l’autre. Happy Sunday. Hein.