DPA.

Je ne peux pas me résoudre, Petite Chose, à laisser passer ce moment sans une attention envers ton souvenir. Avant que tu ne t’en ailles j’ai eu des mots très durs envers toi et je voulais te dire qu’aujourd’hui j’y pense encore. Je t’ai demandé de rester, puis je t’ai ordonné de partir, puis on t’a fait du mal, puis je voulais que tu restes… La peur et l’ignorance parlaient à ma place. Et puis tu es partie, et c’était très dur, et je m’en suis voulue que les choses se passent ainsi, je m’en suis voulue de ne pas t’avoir aimée je me suis dit, et si… et si je n’avais pas eu peur, et si je t’avais laissée faire, et si je t’avais aimée… Serais-tu encore là, serais-tu aujourd’hui en train d’ouvrir tes yeux pour la première fois sur le monde…

Et moi… Que serais-je aujourd’hui ? Une jeune maman heureuse, les plaies du cœur apaisées, cette deuxième année d’attente pèserait un poids moins lourd, serait un souvenir plus lointain ? Cette troisième année d’attente entamée n’existerait pas… Serais-je pareille à mes semblables, celles de l’autre monde, celles où la vie se donne facilement comme un cadeau du ciel ? Serait-il toujours si lourd en moi, le poids du temps perdu et des larmes versées ? Serais-je capable de mesurer ma chance, si j’ignorais celle que je suis aujourd’hui, neuf mois plus tard et un autre ange sur mon épaule ? Si j’ignorais mon existence actuelle ? Que saurais-je de ces sombres tourments d’aujourd’hui, si je ne les avais pas vécus ?

Aujourd’hui, tu devrais être là. Je regarde cette vie parallèle, je suis derrière la vitre de la maternité, et je me vois, je me vois te tenant dans mes bras. Je vois ce regard tendre, posé sur toi, celui d’une jeune mère qui décide de passer à autre chose, qui décide de puiser dans ton amour la force de tourner la page sur sa colère passée. Elle ne me voit pas, la jeune maman. Une mèche de ses cheveux tombe sur son visage, alors que penchée sur toi elle s’essaie à te nourrir pour la première fois. Elle relève le visage, m’a-t elle remarquée ? Non, c’est le jeune papa qui entre dans la pièce. Lui aussi, il est heureux Petite Chose, il est comblé, aucun autre terme ne pourrait convenir mieux. Le vide est comblé. Bientôt ils marcheront tous les deux sur le parking, et le papa portera ta nacelle, et ils t’installeront dans la voiture pour rentrer à la maison. Peut-être qu’il pleuvra, que la nuit tombera vite. Bientôt. Bientôt. Mais pas aujourd’hui. Et peut-être jamais. Alors une fois de plus je tourne les talons, m’éloigne de la vitre, je passe mon chemin et je m’enfonce à nouveau dans la nuit anonyme, je ne suis pas mère et tu n’existes plus.

Hélas Petite Chose, il faut chasser cette image. Tu n’es pas venue aujourd’hui, et je ne suis pas à la maternité. Ton père n’est pas comblé, le vide est toujours lourd, encore plus poisseux et persistant. Aujourd’hui ne sera pas le plus beau jour de notre vie, pas le premier jour de ta vie. C’est un jour comme un autre, un jour d’automne tirant sur l’hiver, des feuilles mortes sur le sol, ta chambre est toujours froide de n’être pas bien chauffée. Un jour qui passe inaperçu aux yeux de tous nos proches, un jour où je suis la seule à me souvenir de toi, mon espoir de bébé fabriqué la veille de la Saint Valentin, mon espoir d’amour, de paix, mon espoir abandonné.

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56 réflexions sur “DPA.

  1. « Un jour où je suis seule à me souvenir de toi »… j’ai été la seule aussi pour ma boule d’amour. C’est bouleversant. Il n’y a rien à faire… même si l’avenir est meilleur, on n’oublie pas. Mais je me dis que oui, l’avenir sera meilleur pour toi aussi. Que quelqu’en soit la raison, tu seras encore plus heureuse et que ta petite chose le savait … une grosse pensée pour toi et ta petite chose …

    • On ne peut pas savoir s’il sera meilleur mais j’espère qu’il n’y aura plus d’échéances comme celle-là parce que c’est dur dur… Merci pour les pensées, prends bien soin de toi petit Panda :)

  2. Ce soir j’allumerai une bougie et laisserai mes pensées s’envoler vers tous ces petits espoirs envolés bien trop tôt, et tout particulièrement vers Léa et vers « Petite Chose ». Grâce à toi, on sera beaucoup à penser avec tendresse à elle, c’est un joli présent que tu lui offres.

  3. Comme je te comprends…
    Ma DPA de fc était le 31 octobre… Petit espoir découvert le jour de la saint Valentin… Mon petit monstre d’halloween…… A la place j’ai eu droit aux enfants des autres en costume de citrouille.
    Cette journée a été encore pire que ce à quoi je m’attendais… J’ai eu l’impression de ressentir les mêmes douleurs qu’à la sortie de chez la Gyneco… Atroce…
    Et puis le lendemain, je me suis réveillée, j’ai vu mon ventre, plat (ou presque….), et la j’ai compris que c’était normal, que c’était normal qu’il n’y ai rien dedans, qu’il ne devrait plus être rond, qu’il devait être vide. C’était normal. Et franchement, ça fait du bien…
    Je te souhaite que demain cela te fasse pareil, et surtout de ne jamais plus vivre une DPA autre qu’à la maternité….

    • Demain ça ira mieux c’est sûr. Comme tu dis, le fait de « rejoindre » le moment où le vide du corps redevient normal, ça fait du bien. Bises Julie, et courage pour la suite, que le vide laisse à nouveau place à l’espoir, puis au bonheur.

  4. Je ne sais même pas quoi te dire… Ce « Un jour où je suis seule à me souvenir de toi »… celui de la pudeur des autres, des cris de ton coeur… Difficile de parler de ta « petite chose »… ça se sent… tu la protèges, toi celle qui l’a porté, trop peu de temps… Le à vif de la journée est « normal », j’espère que tout doucement ça va mieux aller… Des bises

  5. Ce soir, ma belle, ma douce, j’allumerais une bougie sur le rebord de ma fenêtre pour toi, pour vous deux et pour votre Petite Chose partie trop tôt.
    Je suis persuadée qu’il y a, là-haut, un endroit spécial pour les Anges qui n’ont jamais touchés Terre. Et que Petite Chose n’y est pas seule, votre amour drapé autour d’elle.
    Je t’embrasse <3

    • Merci Kaellie, je me dis aussi que quelque part ils se tiennent chaud, même si ce quelque part ne se trouve que dans nos têtes ou dans nos coeurs. C’est déjà ça. Des gros bisous <3 merci

  6. Tu décris tellement bien tes sentiments Madame Pimpin qu’on ne peut qu’être touchées en plein coeur. Je pense bien à toi en ce jour si spécial. <3

  7. Je pense que je pourrai écrire le même article au mois d’avril 2014. Oui, nous sommes les seules à y penser… Quel article émouvant. Merci madame Pimpin.

    • J’espère bien que non ma belle et que d’ici là un autre espoir sera niché au chaud au creux de toi. Le chagrin sera tout de même là mais il n’aura pas le même goût âcre. Je pense fort à toi, je t’embrasse.

  8. Bonsoir,
    Jusqu’ici je me contentais de te lire et je t’admirais secrètement de réussir à conjuguer humour et courage pour évoquer ton parcours difficile… En me reconnaissant en toi dans tant de domaines outre notre désir d’enfant contrarié (l’amour des chats, le piano –même si ça fait un bail que je n’ai pas rejoué–, la course à pied –qui m’aide à décompresser un peu depuis que j’ai « la rage »–, l’anglais, les chansons de notre génération (j’ai 31 ans))…
    Ce soir ton billet a une résonance particulière, car j’aurais dû moi aussi accueillir un bébé ces jours-ci… Le 14 novembre je crois… Moi aussi je me disais que c’était un bébé de la Saint-Valentin, et rien que pour ça, je n’aurais jamais cru qu’il lui arriverait malheur…
    Mon premier bébé que j’ai perdu vite, trop vite, à peine trois semaines après avoir découvert sa présence… Notre bébé que nous attendions depuis 1 an 1/2 et qui était la meilleure surprise depuis notre rencontre, mon mari et moi.
    Je ne suis ni la première ni la dernière –hélas– à te dire que je comprends, et que je suis de tout cœur avec toi, en espérant que ces paroles ne te semblent pas trop banales. Elles sont sincères en tout cas.
    Sache que lire ton blog, découvert si je me souviens bien avec les mots-clés « c’est dans la tête » ou quelque chose comme ça, m’est d’une grande aide. Enfin je lis les pensées personnelles de quelqu’un comme moi et qui en plus arrive à rire, même jaune, de tout ça. Chapeau.
    Bon courage pour cette semaine particulière et tous mes souhaits de réussite… Accroche-toi, je suis persuadée que tu aides de nombreuses lectrices qui te lisent comme moi dans l’ombre. Et pour ça, MERCI.

    • Oh non, ces paroles ne me semblent pas du tout banales au contraire, tu m’as beaucoup beaucoup émue, c’est réconfortant d’avoir aujourd’hui, alors que c’est difficile, une si belle preuve que je n’écris pas pour rien, et que le mal qui m’arrive n’est pas complètement vain puisqu’il peut contribuer à ce que d’autres se sentent un tout petit peu mieux. MERCI à toi de m’avoir écrit, et merci de me lire.
      On va y arriver… Cette rage qu’on met dans la course, cette émotion qu’on met dans la musique, j’espère de tout coeur qu’elles se transformeront un jour en amour pur pour des petits à nous. Alors belle réussite à toi aussi et encore merci, et bienvenue ici <3

  9. Moi aujourd’hui mon ange Hector aurait un an. Il aurait vécu, sans l’atroce erreur dont il a été la victime. Il est partout et je pense à lui et le pleure encore tous les jours. Difficile de vivre avec l’idée qu’il est passé tellement près de la vie. En laissant faire les choses, il aurait été là, il marcherait peut-être déjà, parlerait un peu. Horrible d’y penser et j’y pense tout le temps. Ce que tu écris me touche beaucoup. Je te souhaite du courage.

    • Des pensées pour ton petit Hector. C’est déjà tellement dur quand on perd ce qu’on a de plus cher à cause d’un caprice de la nature. Quand la main du médecin, supposée soigner, vient aggraver les choses, ça devient intolérable. Courage à toi, j’espère que ce gouffre se fera moins sentir avec le temps. Bises

  10. Tellement difficile cette journée, tellement difficile cette vie.
    Je pense bien à vous qui avez les bras lourds de vide aujourd’hui…
    Grosses bises

  11. Juste un petit mot pour te dire que je pense très fort à toi… que tes mots, que l’on ait vécu ou non la même chose, sont émouvants, sont si forts… MadamePimpin je te souhaite vraiment que tu sois très vite de l’autre côté du miroir….Pleins de pensées à ta petite chose…..

  12. Je suis touchée par ton message Madame Pimpin car je m’y retrouve. J’ai aussi été seule à penser à cet espoir envolé le jour qui aurait dû changer nos vies. Je t’embrasse.

  13. Je dois admettre que tu m’as cloué le bec… Merci Madame Pimpim pour toutes ces émotions que tu nous confies si merveilleusement… Ne m’étant jamais autorisé à y croire pleinement, je n’avais pas calculé ma DPA et c’est maintenant chose faite, grâce à toi… Plein de bises à vous 2 dans cette période douloureuse…

  14. Des mots très touchants, à la fois si tristes, mais beaux aussi, que d’émotion… Je pense fort à toi ma belle dans cette période difficile. Et à la Petite Chose aussi. Bises.

  15. Ton texte est si beau, digne et bouleversant que je n’ai pas envie de rajouter d’autres mots, qui ne seraient que bien moins réussis. Alors des pensées…

  16. Je suis désolée, hier j’ai lu, et je n’ai pas pu, pas su comment te réconforter… Je m’unis à tes pensées pour cette petite chose car pour toi, elle est, a été, si importante…

  17. Tu m’avais touchée en plein cœur lorsque j’ai lu ce billet… Depuis je le relis, et le relis sans cesse. Souvent les larmes coulent, des fois non. Ton texte est si fort, si proche de ce que j’aurai pu écrire..
    Je relis sans cesse ces mots, comme une façon de ne pas oublier…. Je tenais juste à te répéter, qu’à travers un simple écran tu as réussi à me toucher en plein cœur….

    • Je ne l’avais presque pas relu depuis… Aujourd’hui il me rend encore triste, mais curieusement il me donne de la force pour attendre, encore et toujours… Merci pour ce petit mot j’espère qu’un jour toi comme moi, à défaut d’oublier on pourra avancer…

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