Le temps.

Ce satané temps n’a pas le même débit suivant l’échelle qu’on observe. Quand on attend un bébé, au sens attendre qu’un bébé arrive, pas au sens être enceinte, cette diversité de mesure prend tout son sens.

Quand on attend le J1, le temps est interminable. Les jours passent, se ressemblent, on compte les DPO avec l’impression de stagner. Jusqu’à la dernière minute, celle où on scrute pendant soixante secondes une bandelette de carton en espérant qu’elle vire, le temps est suspendu, douloureux. Le temps se traîne jusqu’à la dernière seconde, où tout bascule, mettant fin à un cycle pour en recommencer un autre.

A l’échelle d’un cycle, le temps adopte un rythme variable. Le premier jour, l’enfer sur terre, on porte un poids écrasant à chaque heure qui passe, avec l’impression de devoir supporter cette tristesse et cette déception pour l’éternité. Et puis ça passe, toujours. Les deux premières semaines, les jours passent normalement. Puis c’est l’ovulation, ça ne dure pas, il faut optimiser ce peu de temps dont on dispose. Alors les jours nous filent entre les doigts, un matin Ovuview t’annonce que ta phase fertile est terminée et tu as l’impression que ça n’a duré qu’une journée. Et on commence à compter les DPO. Et le temps ralentit, pour mieux te faire profiter du paysage. Pour que tu aies le temps d’observer les signes, d’écouter ton corps. Jusqu’au J1 suivant.

A l’échelle de deux ou trois cycles, le temps est rapide. A peine le temps de te remettre d’un J1, tu dois déjà positiver pour le cycle qui vient. Et plus le temps passe, plus les cycles défilent, plus l’enchaînement est rapide. J1-ovulation-attente-déception / J1-ovulation-attente-déception / J1-ovulation-attente-déception / J1-ovulation-attente-déception /… Tu ne vis plus que la tête dans le guidon, calée sur des cycles qui te rendent folle petit à petit.

Au point que tu ne t’aperçois pas vraiment au final que ça fait déjà des mois et des mois que tu vis comme ça, que tu peux compter en années. Quand tu penses à tes projets de vie, ceux que tu as mis entre parenthèses au début des essais parce qu’ils ne sont pas compatibles avec une grossesse ou un enfant en bas-âge, c’est là que tu te prends de plein fouet tout ce temps accumulé, ces J1 mis bout à bout, toutes ces ovulations qui sont passées très vite, l’addition des phases lutéales. Tu te retrouves sur le bord du cadran, tes beaux projets sur les bras, à ne plus savoir qu’en faire. Les déposer là et continuer cette course folle ? Les endosser et tracer ta route ailleurs, en mettant de côté ton obsession ? Tout mener de front, et advienne que pourra ?

Forte de ce constat, normalement on devrait finir par lâcher prise. Ce fameux lâcher prise, qui arrangerait tout le monde, qui autoriserait ton entourage à de demander comment tu vas, sans arrière-pensée et sans craindre ta réponse. Ce lâcher prise qui redonnerait au temps sa dimension normalisée.

Madame Pimpin n’arrive pas à lâcher prise, et au fond elle n’en a pas envie. Ce serait comme autoriser la résignation à s’installer, baisser les armes, dire adieu à l’espoir. Et même si c’est usant d’espérer, même si ça fait mal à chaque fois, c’est ce putain d’espoir qui pousse à avancer, et sur lequel s’appuie la force de continuer les essais, les traitements, les examens.

C’est pour ça que Madame Pimpin dit FUCK (plus ou moins poliment suivant de qui ça vient) à ceux qui lui disent que c’est dans sa tête. Parce que le jour où elle arrêtera d’espérer, où elle arrêtera de vouloir, où elle n’essayera plus de remédier à cette infertilité de mes deux, il n’est pas prêt d’arriver. Et c’est pas ce jour là qu’arrivera enfin la bonne nouvelle. On joue pour gagner et on va y arriver.

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16 réflexions sur “Le temps.

  1. Très beau post, comme souvent. :)

    Moi, depuis le début des IAC, j’ai (un peu) lâché prise en ce qui concerne mes cycles. Puisque j’ai laissé tomber l’idée d’un bébé couette, donc plus la peine de se prendre la tête. On s’en remet à la médecin et advienne que pourra…

    C’est pas pour ça que je lâche prise, mais disons que je suis dans une période d’apaisement.

    Tu verras, ça fait du bien. Aussi.

    Bon courage madame Pimpin.

    • Merci pour le compliment :)
      Se reposer sur la médecine à 100%, il m’arrive d’en rêver. Je sais que ça peut paraître hérétique de dire un truc pareil. Mais le fait de savoir que mon corps l’a déjà fait et qu’il refuse de le refaire, ça me rend folle.
      J’espère qu’un jour je saurai me tenir tranquille… Se tenir tranquille sans lâcher prise pour autant, c’est le bon deal.

  2. « L’éternité, c’est long. Surtout vers la fin. » (c’est d’Allen) (Woody) (enfin je crois)
    Allez Madame Pimpin, on attend avec toi. On attend comme toi. Et je dis Fuck avec toi à tout ceux qui disent que c’est dans la tête. Ou qu’il faut laisser le temps faire les choses. Bandes de connards, va.

    • Elles sont lourdes ces armes mais je n’arrive pas encore à me résoudre à les lâcher… Le jour où le Docteur Colley m’y incitera je l’écouterai mais en attendant je fous la pression à mon corps… Et c’est pas l’idéal !

  3. « … tes projets de vie, ceux que tu as mis entre parenthèses… »
    C’est clair !… J’ai failli ne pas me réinscrire dans une salle de sport cette année, ben finalement je me suis inscrite et j’ai bien fait ! (malheureusement)
    Mais ya malheureusement aussi plein de choses bien plus importantes qu’on a pas faites, au cas où… Ou qu’on n’ose tout simplement pas envisager, qu’on ne se donne même pas la liberté d’envisager…
    Et en attendant les années passent…
    Des bisous

  4. Le pire d’en tout ça c’est qu’on a un peu l’impression qu’on ne pourra jamais sortir de cette attente. Malgré l’espoir, quand le J1 arrive, on se dit qu’on est trop bêtes d’y avoir cru, que cette joie n’est pas pour nous… Et qu’on vivra éternellement ce « J1-ovulation-attente-déception / J1-ovulation-attente-déception / J1-ovulation-attente-déception / J1-ovulation-attente-déception /… »…

      • Ça peut aller, j’en suis à J24 donc forcément ça commence à cogiter (mon dernier cycle était de 29 jours). 2ème mois de Clomid, comme je n’ai que 3 mois de traitement j’ai anticipé et j’ai pris RDV en PMA en février. Donc j’oscille entre espoir et pessimisme.

        En tout cas je te lis tous les jours, j’adore tes articles, ils me parlent vraiment.

  5. Comme je te comprends Mme Pimpin. J’aurais aimé trouver quelque chose d’intelligent à dire sur le sujet, mais tu as déjà tout dit…
    Bises.
    Lily.

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